Pourquoi tant de gens ne peuvent-ils pas satisfaire leur besoin fondamental de nourriture?

L'insécurité alimentaire n'est pas seulement une question d'approvisionnement. C'est aussi une question d'accès. Car il devrait y en avoir largement assez pour tout le monde.

Écrit par Mauro Flammini

le 14 août 2026

Essayez de donner un sens à ces chiffres:

Chaque jour, le monde produit suffisamment de nourriture pour nourrir tout le monde.

Et pourtant, près de 30 % de la population n’a pas accès quotidiennement à la nourriture, qui est pourtant un besoin fondamental.

Pourquoi?

Ce n’est pas la disponibilité qui pose problème. C’est l’accès

À l’échelle mondiale, on produit suffisamment de nourriture pour fournir à chaque personne les calories dont elle a besoin chaque jour. C’est relativement simple.

La faim est plutôt causée par des obstacles qui empêchent les aliments de passer des fermes et des marchés aux familles et, en fin de compte, à leur table:

La nourriture ne nourrit pas les gens simplement parce qu’elle existe. Elle doit être cultivée, transportée, emballée, vendue et préparée. Or, des obstacles se dressent à chaque étape de ce parcours.

Comprendre ces obstacles est essentiel pour saisir pourquoi des millions de personnes souffrent de la faim dans un monde qui produit suffisamment de nourriture pour tout le monde.

World Vision Canada : Causes de la pauvreté et moyens de subsistance

En Afghanistan, cette femme âgée accomplit chaque jour de nombreuses tâches, allant de la cuisson du pain pour d’autres à la lessive chez des voisins, tout cela pour subvenir aux besoins de sa famille. (Source de la photo : World Vision)

La pauvreté et le manque de pouvoir d’achat

La pauvreté et le pouvoir d’achat (ou son absence) sont liés, mais ce ne sont pas la même chose:

  • La pauvreté concerne la quantité d’argent qu’une personne possède ou ne possède pas.
  • Le pouvoir d’achat, quant à lui, correspond à ce que cet argent permet, ou ne permet pas, d’acheter concrètement.

Dans un cas, il s’agit d’ avoir moins. Dans l’autre, il s’agit de faire moins avec ce que l’on a.

La pauvreté: un obstacle à l’accès à la nourriture, un besoin fondamental

La pauvreté, c’est plus qu’un simple manque d’argent. C’est un dilemme qui oppose un choix à un autre:

  • Acheter de la nourriture ou payer le loyer?
  • Acheter des médicaments ou payer l’électricité?
  • Réparer l’auto ou réparer le toit?

Pour des millions de personnes, ce n’est pas un scénario hypothétique, mais une réalité quotidienne. Dans la province de l’Ontario (où est établie Vision Mondiale du Canada ), 60 % des locataires réduisent leurs dépenses alimentaires pour pouvoir payer leur loyer mensuel.

Il existe un terme pour décrire cette situation: « Le loyer passe en premier ».

Parce que les gens préfèrent souffrir de la faim plutôt que de risquer de se retrouver sans abri.

Ce n’est là qu’un exemple local. Partout dans le monde, des familles peuvent être forcées de choisir entre la nourriture et les frais de scolarité de leurs enfants. Ou entre la nourriture et l’eau potable. Ou encore entre la nourriture et le transport pour se rendre au travail.

Les choix peuvent varier, mais les conséquences sont universelles: près de 800 millions de personnes dans le monde souffrent de faim chronique.

Pouvoir d’achat: quand l’argent achète moins

Les Canadiens d’un certain âge se souviennent peut-être d’être allés à pied à la dépanne en n’ayant qu’une pièce de 25 cents en poche. Et d’en être ressortis avec un petit sac de bonbons.

À l’époque, chaque sou avait assez de pouvoir d’achat pour acheter quelque chose.

Aujourd’hui, les bonbons existent toujours. Le pouvoir d’achat de la pièce de 25 cents, lui, n’existe plus.

Le même principe s’applique à l’alimentation.

Imaginez que vous ayez 100 $ à dépenser en épicerie. Aujourd’hui, cela vous permet de remplir votre panier avec tous les produits de base dont votre famille a besoin:

  • Du pain
  • Lait
  • Fruits
  • Légumes
  • Viande
  • Et quelques produits de base pour le garde-manger, aussi

Le mois prochain, en raison de la hausse des prix, ces mêmes 100 $ ne permettront d’acheter que les trois quarts de ce qu’ils permettaient auparavant. Il faudra donc laisser certains produits sur les tablettes de l’épicerie.

Tout d’abord, ce sont les produits non essentiels comme les collations, les céréales pour le déjeuner et les desserts. Et à mesure que les prix continuent d’augmenter, vous devrez réduire la quantité de fruits et de légumes sains que vous achetez.

Vous n’avez pas perdu d’argent, mais vous êtes en fait devenu plus pauvre, car votre pouvoir d’achat a diminué.

L’inflation alimentaire mondiale est passée de 1,6 % en 2021 à un taux stupéfiant de 13 % en 2023. Et à l’heure actuelle, près de 3 milliards de personnes dans le monde n’ont pas les moyens de s’offrir une alimentation saine.

Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas d’argent. Cela signifie simplement que ce qu’elles ont ne suffit plus.

Car les aliments sont toujours sur les tablettes. Leur prix a simplement dépassé ce que des millions de personnes peuvent se permettre.

Une personne traverse un paysage aride et sablonneux, avec des ânes à proximité et, au loin, des arbres et des montagnes en arrière-plan. (Somalie, 2024)

L'une des conséquences des changements climatiques est l'apparition de vagues de chaleur extrêmes, qui peuvent entraîner des sécheresses et mettre des vies en danger en raison de la malnutrition et des coups de chaleur. (Source de la photo : Gwayi O. Patrick)

Changement climatique

Chaque jour, les agriculteurs du monde entier produisent environ 27 millions de tonnes de cultures primaires.

La culture des aliments ne représente toutefois qu’une partie du processus. Les cultures doivent survivre suffisamment longtemps pour être récoltées. Les aliments doivent être arrachés du sol — ou cueillis sur les arbres ou les vignes — avant de pouvoir être consommés.

Et pour des millions d’agriculteurs à travers le monde, le changement climatique rend cette tâche de plus en plus difficile, car:

  • Des sécheresses plus longues assèchent les champs avant que les cultures n’aient eu le temps d’arriver à maturité.
  • Des tempêtes plus violentes détruisent les récoltes quelques jours seulement avant la cueillette.
  • De violentes inondations emportent les sols fertiles.
  • Les changements dans les régimes pluviométriques font qu’il est plus difficile pour les agriculteurs de savoir quand semer.
  • La hausse des températures favorise la propagation des ravageurs et des maladies.

Les systèmes agroalimentaires emploient environ 1,23 milliard de personnes dans le monde. Et les petites fermes familiales produisent environ 80 % de la nourriture mondiale. Ceux qui dépendent de l’agriculture tant pour leur alimentation que pour leur revenu sont les plus exposés au risque de ne plus pouvoir satisfaire leur besoin fondamental de nourriture en raison des changements climatiques.

C’est un cycle sans fin. Une récolte ratée signifie moins de nourriture à manger, moins d’argent pour faire l’épicerie et moins de possibilités de se remettre sur pied avant la prochaine saison de culture.

Bien sûr, lorsque la nourriture se fait rare, ce qui est disponible prend plus de valeur. Et devient plus cher. Selon les estimations, en raison des changements climatiques, les prix des denrées alimentaires pourraient augmenter de 4,3 points de pourcentage par année d’ici 2060.

En prenant comme référence une facture d’épicerie hebdomadaire de 250 $, voici comment cela se répartit:

  • Dépenses hebdomadaires: 250 $
  • Hausse des prix (4,3 points de pourcentage) due au changement climatique: 10,75 $
  • Nouveau montant hebdomadaire: 260,75 $

Une hausse de 10,75 $ peut sembler insignifiante. Mais si vous faites l’épicerie une fois par semaine, cela représente 43 $ de plus par mois et 559 $ par année.

Les plus démunis de la planète peuvent-ils se le permettre? Et vous?

Photo illustrant l'article

World Vision forme des agriculteurs à la restauration des terres selon la méthode de régénération naturelle gérée par les agriculteurs. (Source de la photo : Christabel Mundike)

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Conflits et vie dans des contextes fragiles

Pensez à votre épicerie du coin. Les tablettes sont bien garnies. Les allées regorgent de produits frais. Tout ce dont votre famille a besoin se trouve à quelques minutes de chez vous.

Mais vous ne pouvez pas vous y rendre en toute sécurité parce que:

  • Les routes sont bloquées.
  • Les ponts ont été détruits.
  • Les camions de livraison ont été détournés.
  • Les banques ne fonctionnent plus.
  • Votre famille a été forcée de fuir avec seulement ce qu’elle pouvait emporter.

L’épicerie du quartier — un endroit où vous pensiez pouvoir vous rendre les yeux fermés — est désormais une destination dangereuse.

Le conflit perturbe chaque étape du parcours de la nourriture, de la ferme à la table. Dans le cadre de la crise au Soudan, le conflit a contraint environ 40 % des agriculteurs à abandonner leurs champs avant la récolte, laissant les cultures sur pied.

Pendant ce temps, en Ukraine, 7 % des terres cultivables du pays (plus de deux millions d’hectares) ont été abandonnées. De nombreux agriculteurs ne peuvent pas cultiver leurs champs en toute sécurité, car ceux-ci sont contaminés par des mines terrestres, des produits chimiques ou des munitions non explosées.

Les routes, les ponts et les ports deviennent trop dangereux pour le transport des denrées alimentaires. Les marchés ferment ou sont pris d’assaut. Au Moyen-Orient, la guerre a entraîné le blocage d’environ 154 millions de livres de denrées alimentaires en raison d’une rupture de la chaîne d’approvisionnement.

Au total, plus de 147 millions de personnes ne peuvent pas satisfaire leur besoin fondamental de nourriture en raison de l’insécurité alimentaire provoquée par les conflits.

En Éthiopie, des femmes portant des foulards aux couleurs vives font la file pour recevoir une aide financière. Elles brandissent leurs cartes d’identité.

En Éthiopie, des femmes portant des foulards aux couleurs vives font la file pour recevoir une aide financière. Elles brandissent leurs cartes d’identité. (Source de la photo : World Vision)

Inégalité

Imaginez que les réserves alimentaires mondiales soient un immense magasin d’alimentation.

Les tablettes sont bien remplies. Il y a plus qu’assez de nourriture pour tout le monde.

Mais tout le monde ne part pas du même endroit pour se rendre à l’épicerie…

  • Certaines personnes habitent juste au bout de la rue. D’autres se trouvent à des centaines de kilomètres de là.
  • Certaines disposent d’un moyen de transport fiable. D’autres doivent marcher.
  • Certaines ont les moyens de remplir un chariot à fond. D’autres ne peuvent remplir qu’un petit sac contenant uniquement le strict nécessaire.
  • Certaines personnes ont un emploi stable et un salaire décent. D’autres gagnent trop peu pour se permettre ce dont elles ont besoin, ou font face à des obstacles qui les empêchent tout simplement de travailler.

… et certaines ne peuvent tout simplement pas se rendre à l’épicerie.

C’est ça, l’inégalité.

L’inégalité ne se résume pas à savoir qui a le plus d’argent.

Elle concerne ceux qui ont l’accès nécessaire pour gagner cet argent. Puis, ceux qui ont l’accès nécessaire pour dépenser cet argent. Et enfin, ceux qui ont l’accès nécessaire pour dépenser cet argent afin de se procurer suffisamment de nourriture.

La nourriture est un besoin fondamental. Mais tout le monde n’y a pas accès. Changeons cela!

Si tout le monde avait accès à la nourriture:

  • La pauvreté diminuerait.
  • La faim disparaîtrait.
  • La santé mondiale s’améliorerait.
  • Le bonheur monterait en flèche.

Cela semble idéal. Et ensemble, nous pouvons y arriver. Une personne à la fois.

Apportez votre aide là où le besoin se fait le plus sentir: assurez-vous que les enfants reçoivent l’essentiel, comme la nourriture, les soins de santé et l’éducation.

Parrainez un enfant: Aidez un enfant à sortir de la pauvreté en lui offrant une éducation, des soins de santé et de l’espoir.

Soutenez les familles au Soudan: aidez à fournir de la nourriture d’urgence aux familles touchées par la crise actuelle au Soudan.

BRISER le cycle de la pauvreté: Nourrir ceux qui ont faim, fournir de l’eau potable et mettre fin à l’injustice.