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Qu’est-ce que « El Niño » et quel est son impact sur le monde?

El Niño est un phénomène climatique susceptible d’aggraver le réchauffement de la planète. Conjugué au changement climatique, il a des conséquences dévastatrices pour les populations les plus démunies du monde.

Écrit par Deborah Wolfe

le 7 février 2024

El Niño est un phénomène climatique naturel capable de faire grimper la température mondiale. Il se produit tous les deux à sept ans et dure environ 12 mois. Les scientifiques estiment qu’il se manifeste ainsi depuis des millénaires.

Mais les épisodes d’El Niño d’aujourd’hui s’inscrivent dans le contexte des changements climatiques. L’été de 2023 a été le plus chaud⁣ jamais enregistré sur Terre⁣ depuis le début des relevés mondiaux en 1880. Au Canada seulement, la population a connu la pire saison de feux de forêt jamais enregistrée.

En octobre 2023, un important affluent du fleuve Amazone, autrefois puissant, a atteint son niveau le plus bas depuis plus d’un siècle. Les familles vivant le long des cours d’eau du bassin amazonien, y compris des milliers de communautés autochtones, ont été exposées à de graves risques. Sans cours d’eau en bonne santé, elles ont perdu leurs sources de nourriture, leurs moyens de subsistance et leur accès aux soins de santé.

Dans cet article, nous expliquerons comment se manifeste El Niño. Nous examinerons son impact dans des régions déjà à la merci du réchauffement climatique. Nous décrirons le « super El Niño » que certains prévoient pour 2024. Et nous vous expliquerons comment vous pouvez aider.

El Niño en mouvement

Le phénomène El Niño s’inscrit dans le cadre d’une oscillation plus large, aux côtés de son phénomène climatique opposé, La Niña. El Niño se caractérise par des températures de la mer anormalement chaudes dans le Pacifique équatorial. La Niña, quant à elle, se caractérise par des températures plus fraîches.

El Niño a le pouvoir d’influencer la planète entière. Il déplace les alizés et les eaux de surface de l’océan vers l’est, en direction de l’Amérique du Sud. Il poursuit ensuite sa route vers l’Australie et l’Indonésie. Il se propage jusqu’en Amérique du Nord et en Afrique par le biais du courant-jet, haut dans l’atmosphère.

Le « super El Niño » d’aujourd’hui

El Niño tire son nom des pêcheurs de la côte péruvienne au XVIIe siècle. Les vents, vers la période de Noël, étaient exceptionnellement chauds. Ils ont baptisé ce phénomène climatique « le petit garçon » en espagnol… « l’Enfant Jésus » lorsqu’on l’écrit avec une majuscule.

Mais l’El Niño moderne n’a rien de docile ni de modéré. Lorsque les scientifiques ont annoncé en 2023 que le phénomène réapparaissait, ils ont averti qu’il pourrait être particulièrement violent. Certains ont utilisé le terme « super El Niño ».

La hausse des températures dans la région équatoriale du Pacifique engendre des épisodes d’El Niño plus intenses, ont-ils expliqué. Cela pourrait entraîner de graves crises climatiques en 2024.

Non seulement un « super El Niño » serait alimenté par une planète plus chaude, mais il pourrait également faire grimper encore davantage les températures mondiales. El Niño libère de la chaleur dans l’atmosphère. Plus le phénomène est intense, plus la quantité de chaleur libérée est importante. Et plus les catastrophes climatiques sont graves.

Une carte du monde illustre la progression du phénomène El Niño.

Carte : Wikimedia Commons.

Les crises climatiques liées à El Niño

Lorsque El Niño a fait son apparition à l’été 2023, les populations du monde entier ont commencé à ressentir sa puissance dévastatrice.

En août 2023, les rivières débordaient en Équateur et au Pérou, mettant de nombreuses personnes en danger. Ce phénomène était attribuable à une augmentation des précipitations, causée par la convection au-dessus des eaux océaniques chaudes.

En septembre 2023, la sécheresse et les feux de forêt menaçaient des collectivités en Australie, en Indonésie et ailleurs. Dans certaines villes australiennes, la température dépassait de 29 degrés la normale. Les autorités ont qualifié la situation des feux de « catastrophique ».

En octobre 2023, 150 dauphins d’eau douce ont été retrouvés morts dans le bassin amazonien. À près de 40 degrés Celsius, l’eau était trop chaude pour qu’ils puissent survivre. Les populations de toute la région subissaient une sécheresse record, dont El Niño était l’un des principaux facteurs.

En novembre 2023, les populations de certaines régions de la Somalie, du Kenya et de l’Éthiopie ont été submergées par des pluies torrentielles et des inondations meurtrières. Quelques mois plus tôt à peine, elles fuyaient une grave sécheresse, à la recherche de nourriture et d’aide.

Augmentation des problèmes de santé Partout où il frappe, El Niño aggrave toute ⁣ une série de problèmes de santé⁣ — notamment le stress thermique, les maladies respiratoires liées aux feux de forêt, les épidémies et la malnutrition lorsque les cultures sont détruites. Les risques sanitaires liés aux inondations vont de la noyade et de l’hypothermie à des maladies infectieuses comme la dengue ou le choléra.

El Niño et la faim El Niño peut détruire les sources de nourriture, en faisant dépérir les cultures et les potagers ou en les emportant. Dans le Pacifique tropical, les populations de poissons diminuent en raison des changements océaniques. Cela nuit à son tour aux moyens de subsistance, privant les familles de revenus nécessaires pour acheter de la nourriture à leurs enfants souffrant de malnutrition.

Selon le Programme alimentaire mondial, voici les régions les plus susceptibles de souffrir de la faim et de la malnutrition en raison des difficultés agricoles liées à El Niño:

La pêche menacée par El Niño El Niño modifie les eaux océaniques du Pacifique, réduisant la quantité de phytoplancton, dont dépendent les autres formes de vie marine. La montée du niveau de l’eau peut inonder les zones côtières de production de crevettes.

La pêche est la principale industrie au Chili, en Équateur et au Pérou, où les gens comptent sur l’anchois, le merlu, le maquereau, la sardine, la crevette et le thon pour nourrir leurs enfants et gagner leur vie. Avec la baisse des stocks, on prévoit des pénuries, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle mondiale.

Un homme marche sur un sol asséché, une bouteille d'eau sur l'épaule.

La maison de cette famille ne peut plus flotter sur cet affluent asséché du fleuve Amazone. El Niño est l’un des principaux facteurs à l’origine de cette sécheresse dévastatrice. Photo : Edmar Barros/AP

Les répercussions d’El Niño à l’échelle mondiale

Ce sont les familles les plus pauvres du monde qui subissent les effets les plus cruels d’El Niño, en particulier celles vivant dans des régions rurales ou isolées, où la survie dépend directement du climat. Mais ses répercussions dans des pays comme le Brésil, la Somalie, l’Inde et l’Indonésie se font sentir partout dans le monde.

En voici quelques exemples:

  • Un phénomène El Niño qui débuterait en 2023 pourrait coûter à l’économie mondiale jusqu’à 3,4 billions de dollars américains au cours des cinq années suivantes, selon les estimations d’une étude du Dartmouth College aux États-Unis.
  • El Niño est un facteur majeur de la hausse des prix des denrées alimentaires à l’échelle mondiale, les pays limitant leurs exportations afin de préserver leurs propres réserves essentielles.
  • La sécheresse et les feux liés à El Niño en 2015-2016 ont causé la mort de 2,5 milliards d’arbres sur à peine 1 % du biome de la forêt amazonienne. Dans une région surnommée « les poumons de la Terre » pour sa capacité à absorber le dioxyde de carbone, 495 millions de tonnes de ce gaz ont été émisesl’équivalent de la combustion de plus de quatre milliards de barils de pétrole.
  • Le phénomène El Niño de 2024 pourrait faire franchir au monde le seuil de 1,5 °C de réchauffement (par rapport aux niveaux préindustriels). Selon les scientifiques, cela pourrait déclencher une cascade de points de basculement qui altéreraient⁣ de façon irréversible le système climatique mondial⁣ — et aggraveraient encore davantage le réchauffement climatique.

El Niño et les familles les plus vulnérables au monde

Les équipes de Vision Mondiale travaillent auprès des communautés qui subissent les effets combinés d’El Niño et du réchauffement climatique. Nous:

  • Fournissons de l’eau d’urgence et mettons en place des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement.
  • distribuons de l’aide alimentaire d’urgence aux familles confrontées à la sécheresse, aux inondations et aux feux de forêt
  • renforçons les systèmes de santé afin que les gens reçoivent l’aide dont ils ont besoin pour lutter contre la malnutrition, les maladies et les affections respiratoires
  • protégeons les enfants face aux dangers et au chaos des catastrophes naturelles, ou lorsque les familles migrent à la recherche de nourriture
  • maintenons l’éducation en place dans nos espaces adaptés aux enfants et dans les camps destinés aux personnes déplacées par des catastrophes naturelles
  • Préparer et outiller les collectivités afin qu’elles puissent intervenir en cas de catastrophe à l’avenir.
  • Faire pression auprès du gouvernement canadien pour obtenir des fonds destinés à aider les personnes les plus durement touchées par les changements climatiques.

Notre travail dans le bassin amazonien

Alors qu’El Niño aggrave la sécheresse extrême en Amazonie, les niveaux des rivières ont atteint des creux historiques. Des milliers de familles se retrouvent ainsi isolées. Plus de 200 000 enfants sont en danger.

Les familles de l’Amazonie comptent sur les rivières pour la pêche, l’approvisionnement en eau et leur subsistance, ainsi que pour se déplacer par bateau afin d’accéder aux fournitures d’urgence, aux services de santé et à l’éducation. Aujourd’hui, les eaux chaudes déciment les populations de poissons. Les déplacements par voie fluviale sont difficiles et, dans certains cas, impossibles.

En novembre 2023, les équipes d’intervention d’urgence de World Vision:

  • coordonnaient leurs efforts avec les gouvernements locaux et les autorités de protection civile pour cerner les besoins humanitaires, notamment afin de garantir l’accès des enfants à la nourriture, à l’eau, à l’éducation et aux services de santé;
  • mobilisaient des ressources et collaboraient avec les donateurs pour fournir de l’eau et de la nourriture aux familles touchées par la sécheresse;
  • prépositionnaient des fournitures dans la région afin de pouvoir intensifier l’intervention en fonction des besoins de chaque territoire touché;
  • établissaient des réseaux dans la région par l’intermédiaire des églises, d’autres organismes et des communautés afin de localiser les enfants les plus vulnérables et leurs familles, et d’aller à leur rencontre.

Pour aider les familles touchées par El Niño et les changements climatiques, consultez notre page « Intervention d’urgence ».

En Afrique, un groupe de personnes est assis dans un petit bateau bondé, flottant au milieu des eaux de crue.

Des Somaliens fuyant la montée des eaux montent à bord de bateaux de sauvetage. Des pluies torrentielles, aggravées par le phénomène El Niño, ont conduit à la déclaration de l’état d’urgence en octobre 2023. Photo : Muhadin Abdullahi

Au Swaziland, un adolescent et un homme se tiennent au milieu d’un champ asséché. Leur vache émaciée est couchée à leurs côtés.

En 2016, El Niño a plongé 60 millions de personnes à travers le monde dans la faim et la malnutrition. À mesure que les récoltes périssaient, le bétail, essentiel à l’alimentation et aux moyens de subsistance des familles, dépérissait lui aussi. Photo : Kalebbo Geoffrey Denye

À marée basse, au large des côtes de l'Équateur, les pêcheurs chargent leurs prises dans leur petite embarcation.

Au Chili, en Équateur et au Pérou, les familles de pêcheurs comptent sur les années « normales » pour assurer leur subsistance. Lors des épisodes d’El Niño, les populations de poissons chutent systématiquement dans le Pacifique équatorial. Photo : Chris Huber

En Somalie, une femme est assise au bord d’un trou creusé dans le lit asséché d’une rivière. Ses pieds s’enfoncent dans la boue au fond du trou.

En Somalie, les gens vont chercher de l’eau dans des trous creusés dans le lit asséché de la rivière Dawaa. Les changements climatiques et la multiplication des sécheresses rendent l’eau de plus en plus inaccessible. Photo : Gwayi Patrick

Un membre de l'équipe de World Vision remet un sac de provisions à une femme en Équateur. Sept enfants se tiennent à proximité.

En Équateur, les réserves alimentaires diminuent à chaque fois qu’El Niño frappe. Dans ce pays et dans d’autres touchés par ce phénomène, World Vision intervient en fournissant de l’aide alimentaire d’urgence. Photo : Chris Huber