Tirer parti de la technologie pour faire progresser les solutions à la violence fondée sur le genre
Donner aux communautés éthiopiennes les moyens de signaler les cas de violence fondée sur le genre et d’y faire face, mettre les survivantes en contact avec des services de soutien et sensibiliser la population afin de bâtir un avenir plus sûr et plus résilient.
Écrit par Oluseyi Adegbulugbe
le 1 décembre 2025
La technologie a transformé notre façon de vivre, d’interagir, de travailler, de militer et d’influencer les décisions; mais en matière de violence fondée sur le genre (VG), elle constitue une arme à double tranchant. Le thème des 16 jours d’action de cette année, « UNiTE pour mettre fin à la violence numérique envers toutes les femmes et les filles », nous appelle à agir contre les menaces numériques en constante évolution qui pèsent sur les femmes et les filles.
La technologie peut être un outil puissant pour la prévention et la lutte contre la VGB: elle permet de mettre en relation et d’autonomiser les survivantes, de faciliter le signalement confidentiel et d’amplifier les campagnes de sensibilisation. D’un autre côté, son utilisation abusive peut alimenter le cyberharcèlement, les atteintes à la vie privée, l’usurpation d’identité et de nouvelles formes d’abus.
Cet article donne un aperçu de la manière dont le projet RESILIENT-WE utilise la technologie pour lutter contre la violence sexiste grâce à une plateforme innovante de signalement et de gestion des cas sur cellulaire, intitulée « Technologies de l’information et de la communication pour l’égalité des sexes » (TIC4GE).
Une réalité que nous ne pouvions ignorer
Le projet RESILIENT-WE, financé par Affaires mondiales Canada, est mis en œuvre en Éthiopie, un pays aux prises avec les pressions cumulées du changement climatique, de l’inégalité entre les sexes, de la dégradation de l’environnement et de l’instabilité socio-économique. Bien que ces défis soient généralisés, leurs répercussions pèsent de manière disproportionnée sur les populations historiquement marginalisées, en particulier les femmes et les filles.
Selon une méta-analyse de 2025, une femme sur deux en Éthiopie a subi une forme quelconque de violence sexiste au cours de sa vie. Plus alarmant encore, ces chiffres sont probablement sous-estimés, en raison de la honte, de la crainte de représailles et des normes culturelles qui imposent le silence, traitant la violence sexiste comme une affaire privée plutôt que comme une crise publique.
Une intervenante spécialisée dans les cas de violence liée au genre informe les femmes sur les outils de signalement et d’intervention proposés par ICT4GE. (Crédit photo : World Vision Éthiopie)
Tirer parti de la technologie pour avoir un impact
En collaboration avec le Réseau des associations de femmes éthiopiennes (NEWA) et d’autres partenaires locaux, des membres de la collectivité jouissant de la confiance de leur entourage ont été repérés et formés dans toute la région du projet pour devenir des gestionnaires de cas bénévoles spécialisés dans la violence sexiste.
La formation portait sur la gestion de cas axée sur les survivantes, les soins tenant compte des traumatismes, la communication éthique et la coordination des ressources afin d’assurer une orientation rapide vers les services juridiques, médicaux et psychosociaux, ainsi que sur l’utilisation normalisée de l’outil mobile ICT4GE.
Afin de renforcer leur rôle, les gestionnaires de cas ont été équipés de téléphones cellulaires et de numéros locaux dédiés, créant ainsi un lien essentiel entre les survivantes et les systèmes de soutien indispensables, tout en assurant une communication rapide et fiable pour une intervention efficace.
Marufa, une intervenante spécialisée dans les cas de violence sexiste, explique à des adolescentes comment signaler les cas de violence sexiste. (Crédit photo : World Vision Éthiopie)
Pourquoi est-ce important?
Dans toutes les collectivités, la culture du silence et de la stigmatisation est en train d’être démantelée, et les survivantes trouvent le courage de s’exprimer et d’accéder à un soutien pour leur rétablissement. Sur une période de six mois, plus de 80 cas de violence sexiste ont été signalés par l’entremise de la plateforme mobile, ce qui représente une augmentation par rapport aux mois précédents et souligne son rôle dans l’amélioration de l’accès au signalement et le renforcement de la confiance des survivantes.
Au-delà de l’amélioration du signalement et de la gestion des cas, les données agrégées de la plateforme sont exploitées par des gestionnaires de cas formés en matière de violence sexiste et par des partenaires locaux pour concevoir des campagnes de sensibilisation ciblées sur la prévention de la violence sexiste et les services d’intervention au sein des communautés participantes au projet.
Pour les survivantes, savoir qu’une aide existe est tout aussi essentiel que d’y avoir accès. C’est pourquoi le projet RESILIENT-WE combine le renforcement continu des capacités des gestionnaires bénévoles chargés des cas de VBG avec des actions de sensibilisation ciblées, en utilisant la technologie mobile pour créer des systèmes durables qui brisent la culture du silence entourant la VBG. Grâce à la plateforme ICT4GE, les survivantes sont autonomisées et mises en relation avec des services rapides et efficaces qui favorisent leur bien-être global.
Une intervenante spécialisée dans la lutte contre la violence sexiste anime une séance de sensibilisation. (Crédit photo : World Vision Éthiopie)
« Lorsque j’ai été victime de violence, la responsable de dossier m’a accompagnée; elle m’a montré que ma souffrance comptait et que j’avais des droits », témoigne une survivante soutenue par RESILIENT-WE.
Même dans les contextes où l’accès au réseau est limité, le projet vise à s’assurer que personne ne soit laissé pour compte, tout en poursuivant ses efforts pour renforcer la résilience des femmes et des filles dans les zones ciblées de la région d’Oromia.
Le projet RESILIENT-WE continue de tirer parti de la technologie pour étendre sa portée dans les régions mal desservies et éloignées, en autonomisant et en protégeant les survivantes tout en veillant à ce que la sécurité numérique et l’utilisation éthique des données demeurent au cœur de nos programmes.
En accord avec le thème des 16 jours d’activisme de cette année, « UNiTE pour mettre fin à la violence numérique contre toutes les femmes et les filles », nous réaffirmons notre engagement à créer des espaces numériques sécuritaires qui amplifient les voix, préservent la dignité et favorisent un changement transformateur.
Pour en savoir plus sur RESILIENT-WE: