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Faire face à la violence, retrouver l'espoir en Haïti

Alors que la violence et les déplacements de population s’intensifient partout en Haïti, les femmes, les filles et les enfants trouvent protection, soutien en matière de santé mentale et un regain d’espoir grâce à des programmes humanitaires communautaires.

Écrit par Adeyinka Onabolu

le 1 juin 2026

Les rues de Port-au-Prince ne semblent plus « normales » depuis longtemps.

Pour des millions de familles à travers Haïti, la vie quotidienne est marquée par l’instabilité, la peur et une incertitude constante. Pourtant, même au milieu de profondes pertes et de bouleversements, l’espoir renaît.

En février 2026:

  • On estime à 6,4 millions le nombre de personnes ayant besoin d’aide humanitaire.
  • Parmi elles, on compte 2,8 millions d’enfants.
  • Plus de 1,45 million de personnes ont été déplacées de leur domicile en raison de l’escalade de la violence.

Pour les femmes, les filles et les enfants, les risques ne disparaissent pas une fois qu’ils ont atteint un lieu relativement sûr.

Lorsque le déplacement aggrave la vulnérabilité

Dans les collectivités d’accueil et les sites d’hébergement, la protection demeure une préoccupation majeure.

La violence sexuelle et fondée sur le genre (VSFG) a connu une forte augmentation. Pour la seule année 2025, on estime que 1,5 million de femmes et de filles avaient besoin de services d’urgence liés à la VSFG. Pourtant, les mécanismes de signalement et l’aide vitale restent dangereusement limités.

La plupart des survivantes vivent dans des sites d’accueil où l’intimité est rare et où les mesures de sécurité sont insuffisantes. La surpeuplement, le mauvais éclairage et l’accès limité aux toilettes accentuent le risque de violence, en particulier pour les femmes et les filles.

La violence sexuelle, la détresse psychologique et la peur chronique font désormais partie du quotidien.

Seul un petit nombre de sites ont accès à des services de prise en charge des VSB, et peu de survivantes peuvent recevoir des soins médicaux dans le délai critique de 72 heures suivant une agression. La pénurie de fournitures médicales et de personnel qualifié restreint encore davantage l’accès à l’aide, obligeant de nombreuses survivantes à faire face à leur situation en silence.

L’espoir semble souvent hors de portée.

Des séquelles invisibles pour les enfants

Pour les enfants, la violence laisse des séquelles qui ne sont pas toujours visibles. La crise a laissé 1,3 million d’enfants ayant besoin d’une aide en matière de protection de l’enfance.

Beaucoup ont été témoins ou ont subi:

  • Une violence extrême
  • La perte d’êtres chers
  • Des déplacements répétés.

Les enfants sont également confrontés à:

  • La séparation familiale
  • Des risques croissants de traite et de recrutement au sein de gangs armés

Les aidants, eux-mêmes soumis à un stress immense, peinent à protéger et à soutenir leurs enfants tout en faisant face à leur propre traumatisme.

La fermeture des écoles a perturbé l’apprentissage de milliers d’élèves. Sans espaces d’apprentissage sécuritaires, les enfants sont exposés à des risques accrus de négligence, d’exploitation et de maltraitance.

Une lueur d’espoir

Une fillette haïtienne est debout et écrit au tableau dans sa classe. Elle était victime de travail des enfants, mais elle est de retour à l'école.

Une fillette haïtienne est debout et écrit au tableau dans sa salle de classe. Elle était victime de travail des enfants, mais elle est de retour à l'école.

Pour les survivantes de la violence, demander de l’aide et retrouver l’espoir signifie souvent devoir faire face à la stigmatisation, à la peur et au silence.

Le Projet sur la crise liée à la violence et aux déplacements en Haïti*, financé par le gouvernement du Canada, travaille aux côtés de partenaires locaux pour changer cette réalité en renforçant les systèmes de protection et en améliorant l’accès à un soutien axé sur les survivantes pour les femmes, les filles et les enfants.

En janvier 2026, 990 personnes déplacées à Port-au-Prince et à La Gonâve avaient reçu un soutien en santé mentale et un accompagnement psychosocial dans le cadre de séances individuelles et de groupe animées par des psychologues et des bénévoles formés.

Les enfants ont appris à reconnaître et à exprimer leurs émotions. Les adultes ont trouvé un espace sécuritaire pour parler de leurs expériences. Les familles déplacées d’Archaïe, l’une des régions les plus durement touchées par la violence, ont commencé à entrevoir peu à peu ce à quoi pourraient ressembler l’espoir et la guérison.

« Un poids m’a été enlevé des épaules »

Marie**, une mère de cinq enfants âgée de 45 ans, vit désormais dans un camp de déplacés après avoir survécu à de brutales violences sexuelles. Son mari a été tué le jour même où elle a été agressée.

Rendue veuve et déplacée du jour au lendemain, elle portait seule le fardeau de son traumatisme et était incapable d’envoyer ses enfants à l’école. Grâce à World Vision Haïti, Marie a bénéficié d’un accompagnement psychosocial individuel.

  • « La façon dont le conseiller m’a parlé pendant la séance a déclenché une sorte de changement en moi », a-t-elle déclaré. « Et le fait de mettre les choses à plat m’a aussi beaucoup aidée. Je ne pouvais pas me résoudre à parler de ces problèmes avec n’importe qui. À présent, j’ai l’impression que le poids qui pesait sur mes épaules s’est allégé. Je me sens soulagée. J’ai vraiment apprécié ce travail thérapeutique. »

Pour Marie, l’espoir n’est pas venu d’un seul coup. Tout a commencé par le fait d’être écoutée, crue et soutenue.

Restaurer la dignité, renforcer les communautés

En Haïti, une jeune fille est assise dans une salle de classe, avec une camarade derrière elle.

En Haïti, une jeune fille est assise dans une salle de classe, avec une camarade derrière elle.

Le projet a également distribué 150 trousses de dignité à des femmes et des filles dans les sites d’accueil et les collectivités d’accueil. Chaque trousse, qui contient des articles d’hygiène essentiels et des moyens de contraception d’urgence, est un geste de bienveillance, de dignité et de reconnaissance.

Dans les écoles:

  • 152 enseignants ont été formés à reconnaître les signes de traumatisme et à y répondre avec compassion et assurance.
  • Plus de 110 élèves ont reçu un soutien psychosocial dans des espaces adaptés aux enfants, ce qui les a aidés à retrouver un sentiment de normalité et de sécurité.

Des campagnes de sensibilisation communautaire ont touché plus de 3 500 leaders et membres, faisant la promotion d’une parentalité positive, de la protection de l’enfance et du signalement sécuritaire des cas de violence. Des groupes locaux de protection de l’enfance ont reçu une formation visant à renforcer les systèmes d’aiguillage communautaires, garantissant ainsi que le soutien reste accessible même à mesure que les besoins augmentent.

Afin de renforcer le réseau de protection au sens large, 55 intervenants de première ligne en Haïti ont reçu une formation sur les lignes directrices internationales actualisées en matière de prise en charge des survivants, ce qui contribue à mettre en place une intervention mieux coordonnée et plus efficace.

Ces efforts rétablissent la confiance et insufflent de l’espoir au sein des communautés, ravivant la conviction que la protection et la dignité sont possibles même en période de crise.

« Ils ne m’enlèveront pas mon âme »

Mickaëlle**, une survivante de 24 ans ayant subi des violences sexuelles liées aux gangs, milite désormais publiquement contre la violence sexiste. Grâce au soutien psychosocial et à la solidarité d’autres survivantes, elle a commencé à reconstruire sa vie et à encourager d’autres personnes à demander de l’aide.

  • « Ils m’ont pris mon corps », dit-elle. « Mais ils ne me prendront pas mon âme. »

Dans un pays en proie à un conflit prolongé et à des déplacements répétés, des survivantes comme Marie, Mickaëlle et d’innombrables autres retrouvent l’espoir en Haïti.

Grâce à la protection, à la solidarité et à l’accompagnement, la guérison et la dignité peuvent prévaloir au milieu d’une violence persistante.

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*Le projet « Crise liée à la violence et aux déplacements en Haïti » est mis en œuvre par World Vision Haïti et World Vision Canada , grâce à un financement du gouvernement du Canada par l’intermédiaire d’Affaires mondiales Canada. Il est mis en œuvre dans la région métropolitaine de Port-au-Prince (Delmas, Pétion-Ville, Tabarre, Carrefour-Feuilles, Croix-des-Bouquets) ainsi que sur l’île de La Gonâve et dans le Plateau central (Boucan Carré, Hinche et Thomonde), en Haïti. Durée du projet: janvier 2025 – mars 2027.

** Les noms ont été modifiés afin de protéger l’identité des participants.