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La génération perdue : les enfants face à la crise au Soudan

Quel est l’impact de la crise au Soudan sur l’enfance de millions de garçons et de filles? Et quel sera cet impact lorsque les enfants touchés par la crise au Soudan deviendront adultes?

Écrit par Mauro Flammini

le 29 avril 2026

  • « J’aimerais pouvoir retourner dans mon village, revoir mes amis et me rappeler ce que ça faisait de me sentir en sécurité. » — Hadeel, 10 ans

Qu’est-ce qui définit l’enfance?

Aller à l’école? Certainement. Jouer avec ses amis? Absolument. Laisser libre cours à son imagination? Se sentir en sécurité à la maison? Célébrer les anniversaires et les fêtes? Être en famille?

Impossible d’imaginer l’enfance sans tout cela.

Ces expériences formatrices de l’enfance contribuent également à façonner la vie d’adulte. Elles nous apprennent à communiquer les uns avec les autres. À travailler ensemble. À mener une vie épanouie, heureuse et en santé.

Voilà à quoi ressemble l’enfance typique pour la plupart des enfants. Voici à quoi ressemble l’enfance typique pour les enfants touchés par la crise au Soudan:

  • Séparation familiale: Plus de 42 000 enfants ont été séparés de leurs parents, de leurs frères et sœurs ou d’autres membres de leur famille.
  • Manque de soins de santé: Plus de huit millions d’enfants de moins de cinq ans n’ont pas accès aux services de santé essentiels.

En raison de la crise au Soudan, l’enfance n’est plus insouciante. Elle est entourée de violence, de fusils et d’armes. Elle est marquée par l’incertitude. Elle fait peur. Elle est définie par la faim et des « souffrances inimaginables ».

Il y a une différence entre vivre un conflit et y survivre. Lorsque le conflit au Soudan prendra enfin fin, les armes se tairont peut-être. Les écoles rouvriront peut-être. Les familles et les amis se retrouveront et célébreront.

Pourtant, l’impact de la crise sur les enfants du Soudan ne sera pas immédiatement visible ni perceptible. Mais il finira par se manifester. Et les conséquences seront durables.

Que se passe-t-il lorsqu’une génération entière ne peut pas fréquenter l’école?

Trois enfants marchent sur un chemin de terre au Soudan du Sud. Deux d’entre eux portent des tout-petits sur la hanche.

Le conflit au Soudan a contraint de nombreux enfants à abandonner l'école. (Crédit photo : World Vision)

  • « Les écoles ont été fermées à cause du conflit, et mes camarades de classe et mes enseignants me manquent. » — Renad, 14 ans.

Qu’est-ce que l’éducation?

C’est apprendre pourquoi on ne peut pas diviser par zéro. Ou ce que signifie l’évapotranspiration. C’est inventer des jeux et jouer jusqu’à la fin de la récréation. C’est acquérir de bonnes habitudes. Découvrir ses valeurs personnelles. Nouer des amitiés pour la vie.

Ce sont des années d’apprentissage. De découvertes. D’essais, d’échecs et de réussites.

Et c’est ce dont sont privés les enfants au Soudan. Jour après jour.

Des jours perdus. Une éducation perdue. Des occasions manquées

Au Soudan, l’année scolaire s’étend de septembre à juin (tout comme en Ontario, où World Vision Canada a son siège). Cela représente environ 180 jours d’école par année.

Le conflit au Soudan a débuté il y a trois ans, en avril 2023. Cela signifie que les élèves soudanais auraient dû fréquenter l’école pendant 540 jours au cours de cette période. Or:

De plus:

Les chiffres montrent que des millions d’enfants au Soudan manquent au moins 90 % de leur scolarité. Trois années d’apprentissage se sont transformées en trois années d’absence. La curiosité naturelle des enfants a été ignorée. Les connaissances n’ont pas été acquises. Les compétences ne se sont pas développées. L’enfance elle-même a été mise en suspens.

Dans quelques années, ces enfants deviendront des adultes. Ils devront travailler et gagner leur vie. Ils voudront contribuer à la vie de leur communauté.

Et c’est là que l’impact éducatif de la crise que vivent les enfants au Soudan se fera sentir:

Perte de capacité de gain

  • Selon les estimations, l’économie soudanaise pourrait subir une perte de 26 milliards de dollars américains. Pour huit millions d’enfants, cela représente environ 3 250 $ de revenus perdus au cours de leur vie. Le salaire moyen au Soudan est d’environ 1 600 $, ce qui signifie la perte de deux années complètes de revenus avant même d’atteindre l’âge adulte.

L’analphabétisme générationnel

Inégalité entre les sexes

Faible capital humain

  • Combien de médecins, d’enseignants, d’ingénieurs et de leaders potentiels seront perdus à cause de la crise au Soudan? Il s’agit peut-être d’une statistique impossible à mesurer, mais l’impact sera profond et durable.

Impuissantes à jouer

Soudan - Faim - jumeaux - malnutrition - Tahina

Une femme portant un foulard est assise par terre avec deux tout-petits, l’un sur ses genoux et l’autre debout à côté d’elle.

  • « J’ai les jambes lourdes et j’ai toujours mal au ventre. Je suis tellement fatigué. Je n’ai pas envie de jouer. Je veux que cette faim s’arrête. » — Omer, 9 ans

Qu’est-ce que le jeu?

Le jeu est à la fois un répit par rapport à l’apprentissage sérieux et l’apprentissage sérieux lui-même. Il permet aux enfants d’explorer leur environnement. Il favorise l’expérimentation et la créativité. Il brouille les frontières entre l’imaginaire et la réalité. On l’a défini comme « l’honnêteté ultime ».

C’est aussi une source de plaisir immense. Et le plus beau dans le jeu, c’est qu’il peut se pratiquer n’importe où. À la maison. À l’école. Au parc. Le jeu est sans limites et sans frontières.

Mais il nécessite deux choses: de l’énergie et la sécurité. Et à l’heure actuelle, pour les enfants du Soudan, ces deux éléments font cruellement défaut.

Sans abri et affamés

En plus des enfants soudanais qui ne vont pas à l’école, environ sept millions d’enfants ont été déplacés depuis le début de la crise au Soudan. Pour mettre cela en perspective, un enfant toutes les 10 secondes est forcé de fuir son foyer à cause de la violence et des conflits.

Ils se rendent dans des camps de réfugiés ou traversent la frontière pour se réfugier dans les pays voisins. Avoir un endroit sécuritaire où jouer passe au second plan face à la survie.

Et puis, il y a la faim:

  • Plus de 4 millions d’enfants souffrent de malnutrition grave.
  • Des millions d’enfants ne mangent qu’un repas par jour, voire moins. Certaines familles mangent des feuilles ou de la nourriture pour animaux simplement pour survivre.
  • Les prix des denrées alimentaires ont grimpé en flèche, ce qui rend difficile pour les enfants de se nourrir d’aliments de base comme le pain, le riz et le lait.

Sans nourriture ni endroit sécuritaire où jouer, un élément essentiel de l’enfance — le jeu — est en train d’être enlevé aux enfants du Soudan.

Mais le jeu n’est pas seulement un moyen de passer le temps. C’est ainsi que les enfants s’adaptent, grandissent et donnent un sens au monde qui les entoure. Sans le pouvoir du jeu, les répercussions sont plus profondes qu’il n’y paraît:

Répercussions émotionnelles

  • Le jeu aide les enfants à gérer des émotions normales comme la peur, le stress et les traumatismes. Lorsqu’on les prive de jeu, les enfants disposent de moins de moyens pour gérer ces émotions. Ils les refoulent alors, ce qui entraîne de l’anxiété, de la dépression et un repli sur soi.

Retard du développement cognitif

  • Grâce au jeu, les enfants acquièrent des compétences en résolution de problèmes, en communication et en créativité. Lorsque le jeu disparaît, ce sont aussi des occasions cruciales de développement qui s’évanouissent. Ces premières expériences jettent les bases de l’apprentissage futur.

Perte de liens sociaux

  • C’est par le jeu que les enfants nouent des amitiés, développent la confiance et acquièrent un sentiment d’appartenance. Pour les enfants déplacés au Soudan, l’absence de jeu peut aggraver leur isolement et perturber leur développement social.

Les enfants touchés par la crise au Soudan ont besoin de votre aide

Plusieurs jeunes enfants au Soudan du Sud font la file pour recevoir de l'aide.

Les enfants touchés par la crise au Soudan ont un besoin urgent d’aide, notamment d’aide alimentaire d’urgence. (Source de l’image : World Vision)

Voici des citations directes d’enfants qui vivent le conflit au Soudan:

  • « Le ciel était noir de fumée, et j’ai vu des gens couverts de sang. On a couru jusqu’à en perdre le souffle… Avant, j’avais des livres et un lit. Maintenant, on dort à même le sol dans un abri de fortune, et j’attends de la nourriture qui n’arrive jamais. »Ibrahim, 11 ans
  • « Je veux dormir et ne plus entendre les bombes. » — Aisha, 11 ans

Voilà ce qu’est devenue l’enfance au Soudan.

Les enfants du Soudan ne demandent pas plus. Ils veulent que les bombes cessent de tomber. Ils veulent un lit pour dormir. Ils veulent la paix, le bonheur et la sécurité.

Au lieu de cela, ils vivent dans la violence et le traumatisme. Dans l’incertitude totale. Si les enfants ont besoin de quelque chose, c’est bien de prévisibilité et de fiabilité. À l’heure actuelle, rien au Soudan n’est prévisible ni fiable. Mais vous pouvez aider.

Comment aider les enfants touchés par la crise au Soudan

Soudan - Faim - jumeaux - malnutrition

Les garçons ont le sourire aux lèvres après s’être remis d’une malnutrition grave dans une clinique de traitement au Tchad.

Soutenez les familles au Soudan

  • Aidez à fournir de la nourriture d’urgence aux familles au Soudan. Grâce aux dons du Programme alimentaire mondial, la valeur de votre don est multipliée par sept pour aider à nourrir les enfants et les familles vulnérables.

Faites entendre votre voix

  • Composez le 1-877-25-RESPOND pour découvrir d’autres témoignages de personnes vivant au Soudan. Vous pouvez également partager vos messages d’espoir, qui seront transmis à tous les députés de la Chambre des communes.

Derrière chaque statistique se cache un enfant qui a perdu sa maison, son école et sa sécurité. Grâce à votre soutien, nous pouvons redonner un peu d’enfance à des millions d’enfants au Soudan.

Un petit bout qui n’aurait jamais dû leur être enlevé.