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De la marginalité à la table des négociations : le rôle des organisations de femmes dans la consolidation de la paix et la justice transitionnelle

Que se passe-t-il lorsque des femmes s’organisent pour réclamer justice, non seulement en tant que victimes de violence sexuelle, mais aussi en tant que leaders communautaires et militantes politiques?

Écrit par Ruth Fisseha & Sophia Papastavrou

le 18 mars 2026

Une justice qui ignore les réalités de la vie des femmes est incomplète.

Depuis des décennies, les processus de justice transitionnelle ont recensé les violations et proposé des réformes, tout en traitant trop souvent les femmes principalement comme des victimes de violence sexuelle plutôt que comme des leaders et des actrices politiques.

Lorsque les femmes sont exclues:

  • Les préjudices restent invisibles
  • Les inégalités structurelles persistent.
  • La paix repose sur des bases fragiles.

La justice transitionnelle désigne l’ensemble des mesures judiciaires et non judiciaires auxquelles les sociétés ont recours pour faire face à des violations à grande échelle, notamment les poursuites judiciaires, les initiatives de recherche de la vérité, les réparations et les réformes institutionnelles.

Une approche tenant compte des questions de genre place les droits des femmes et l’égalité des sexes au cœur du processus, de la conception à la mise en œuvre.

Elle reconnaît les relations de pouvoir inégales, s’attaque aux structures patriarcales qui ont permis ces violations et veille à ce que la justice ne rétablisse pas un statu quo d’avant le conflit qui était déjà injuste pour les femmes et les filles.

Contributions distinctes des associations de femmes

Une rangée de femmes vêtues de robes aux couleurs vives et portant des foulards se tient face à la caméra. L’une d’entre elles tient un mégaphone.

« Mettons fin aux coups et aux mauvais traitements », lancent ces femmes du Soudan du Sud. Des femmes et des filles, qu’elles vivent dans de petites collectivités ou qu’elles évoluent dans les couloirs du pouvoir mondial, s’élèvent contre la pratique du féminicide. Photo : Christopher Lete

Les associations de femmes apportent leur expérience vécue, leur légitimité sociale et leur sens des responsabilités aux processus de justice transitionnelle.

  • Elles comprennent comment la violence sexuelle liée aux conflits est étroitement liée au déplacement, aux pertes économiques, à la stigmatisation et aux traumatismes.
  • Elles constatent comment le veuvage affecte les droits fonciers, comment la détention perturbe les systèmes de prise en charge et comment l’insécurité redéfinit les normes de genre.

Ce savoir issu de l’expérience élargit la définition du préjudice et redéfinit ce que doivent aborder les réparations, la recherche de la vérité et la réforme institutionnelle.

Mme Fowsia Abdulkadir, commissaire adjointe à la Commission de vérité et de réconciliation de la Somalie, estime que le principal avantage de la participation des femmes aux consultations est d’assurer la viabilité de la politique de justice transitionnelle.

« Il est essentiel que les femmes s’impliquent afin de pouvoir ancrer cette politique aux niveaux communautaire et institutionnel. » – Fowsia Abdulkadir

Elles jouissent d’une légitimité sociale. Dans les contextes fragiles où la confiance envers les institutions est limitée, les groupes de femmes sont profondément ancrés dans les communautés.

Les survivantes se confient souvent à elles avant de s’adresser aux mécanismes officiels. Leur crédibilité aide à concevoir des voies de participation plus sécuritaires et des systèmes de plainte plus adaptés.

Elles renforcent également la responsabilisation. Les organisations de femmes insistent pour que les réparations remédient à l’exclusion économique et que des mesures de protection soient mises en place afin que les survivantes puissent participer en toute sécurité.

Elles poussent les processus de justice transitionnelle à s’attaquer aux causes profondes de l’inégalité plutôt que de se contenter de reconnaître les violations.

Façonner la justice transitionnelle et pérenniser la paix

Un groupe de femmes appartenant à un groupe d'épargne est assis en cercle autour d'un coffret de sécurité.

Les groupes d'épargne dirigés par des femmes, comme ceux-ci à Tenmiya, en Mauritanie, aident leurs membres à se lancer dans l'entrepreneuriat et à améliorer leurs moyens de subsistance. Photo : Sidina Ould Isselmou

Les associations de femmes influencent l’élaboration des politiques nationales en plaidant en faveur d’une recherche de la vérité centrée sur les survivantes et de poursuites judiciaires tenant compte des questions de genre:

  • Elles créent des espaces de dialogue sécuritaires qui réduisent la stigmatisation et favorisent la guérison. Elles surveillent la mise en œuvre pour s’assurer que les engagements se traduisent en actions concrètes.
  • Elles font le lien entre les cadres nationaux et les réalités communautaires, rendant ainsi la justice accessible et ancrée localement. La paix se maintient non seulement grâce à des ententes, mais aussi grâce à la légitimité.

Lorsque les communautés voient leur réalité reflétée dans les processus judiciaires, la confiance s’accroît et le risque de reprise de la violence diminue.

L’approche de Vision Mondiale dans les contextes fragiles

Des mères de la République centrafricaine font la file pour recevoir des articles de secours; certaines portent leurs bébés attachés dans le dos à l’aide d’une écharpe.

Des mères de la République centrafricaine font la file pour recevoir des articles de secours; certaines portent leurs bébés attachés dans le dos à l’aide d’une écharpe.

Le rapport annuel 2024 de World Vision met en évidence une orientation stratégique vers les contextes fragiles, où 61 % des investissements ont été consacrés aux pays les plus fragiles.

Il s’agit d’environnements marqués par une instabilité chronique, des conflits et la faiblesse des institutions, où les femmes et les filles sont exposées à des risques accrus de violence et d’exclusion.

Dans le cadre de 338 programmes menés dans 59 pays, World Vision et World Vision Canada ont aidé plus de 7,6 millions de personnes en 2024, en intégrant l’égalité des sexes et l’inclusion sociale comme priorités transversales.

Grâce à son approche en matière d’égalité des sexes et d’inclusion sociale, World Vision œuvre en faveur de dynamiques de pouvoir plus équitables et d’une participation significative des femmes et des filles aux processus décisionnels.

Dans les contextes de consolidation de la paix et de justice transitionnelle, cet engagement se traduit par le renforcement de la société civile dirigée par des femmes, le soutien à des consultations communautaires qui tiennent compte de la voix des femmes, et la mise à disposition des communautés d’outils de responsabilisation sociale tels que « Citizen Voice and Action ».

En combinant intervention humanitaire, développement et consolidation de la paix grâce à son approche de programmation dans les contextes fragiles, World Vision vise un impact durable et à long terme qui s’attaque aux causes profondes des inégalités.

L’expérience de l’Éthiopie

En Éthiopie, le Réseau des associations de femmes éthiopiennes a joué un rôle central dans la promotion de l’intégration de la dimension de genre au sein de la politique émergente en matière de justice transitionnelle.

En faisant le lien entre les réalités au niveau communautaire et le dialogue national, les associations de femmes contribuent à l’élaboration de politiques inclusives et favorisent l’appropriation locale. Leur engagement garantit que les mécanismes de justice tiennent compte de la voix des femmes, non pas comme un élément secondaire, mais comme un principe fondamental.

La justice transitionnelle devient source de transformation lorsque les organisations de femmes passent de la marge aux instances décisionnelles.

Leur leadership élargit la portée de la justice, s’attaque aux inégalités profondément enracinées et renforce les fondements d’une paix durable.