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Les femmes, les conflits et la pauvreté

Les inégalités entre les sexes font de la pauvreté une réalité, mais le changement est possible

Écrit par Samson Okalow

le 10 mars 2025

Les conflits et la guerre ne profitent jamais à personne. Mais pour les filles et les femmes en particulier, ces situations d’urgence ont des conséquences qui durent toute une vie. Elles se retrouvent souvent prises au piège dans un cycle de pauvreté qui les oblige, elles et leurs enfants, à lutter pour survivre bien après avoir échappé au danger physique immédiat.

Selon les Nations Unies, pour diverses raisons, plus de 340 millions de filles et de femmes vivront dans la pauvreté d’ici 2030. L’une de ces causes est le conflit. Dans les zones de conflit, les femmes sont 7,7 fois plus susceptibles de vivre dans l’extrême pauvreté.

Les conflits poussent les filles et les femmes vers la pauvreté de quatre façons principales. Certains de ces liens peuvent ne pas être évidents à première vue, mais ils ont des répercussions qui entraînent une aggravation de la pauvreté.

  1. Les inégalités de revenu liées aux restrictions imposées par les rôles de genre font que les filles et les femmes deviennent économiquement dépendantes de leur partenaire.

L’impact de l’inégalité entre les sexes devient manifeste lorsque des hommes sont blessés, tués ou portés disparus à la suite d’un conflit, laissant les familles avec peu ou pas de revenu. À l’échelle mondiale, les femmes qui travaillent à l’extérieur de la maison ne gagnent que 77 cents pour chaque dollar gagné par un homme; la perte du revenu de leur partenaire les rapproche donc davantage de la pauvreté. Parallèlement, la plupart des tâches ménagères, dont la grande majorité est effectuée par des femmes, ne sont pas rémunérées.

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Les jardins communautaires comme celui-ci, au Soudan du Sud, apportent un sentiment de sécurité et de réconfort psychologique en offrant aux femmes un moyen concret de subvenir aux besoins de leurs enfants.

Dans les pays en développement, les femmes possèdent également une part bien moindre des terres qu’elles cultivent pour subvenir aux besoins de leur famille. En moyenne, elles possèdent 10 % des terres, alors qu’elles assurent entre 60 % et 80 % de la production alimentaire.

Il est important de noter que les conflits et l’absence de soutiens de famille masculins peuvent parfois entraîner un élargissement des rôles des femmes, voire une amélioration de leurs moyens de subsistance, mais les recherches indiquent que ces gains sont temporaires. Dans de nombreux pays, une fois le conflit terminé, les femmes ont tendance à perdre ces emplois et subissent des pressions pour revenir à nouveau aux rôles traditionnels liés au genre.

  1. L’accès limité ou inégal à l’éducation en raison des conflits réduit la capacité des femmes à trouver du travail.

L’éducation est généralement perturbée, voire complètement interrompue, dans les zones de conflit, mais là encore, ce sont les filles et les femmes qui en souffrent de manière disproportionnée. Les filles renoncent à fréquenter l’école dans les zones de conflit en raison du risque d’attaques et de violence sexuelle. Cela s’ajoute aux préjugés préexistants à l’égard des filles et des femmes, qui limitent souvent le niveau d’éducation qu’elles peuvent atteindre (et, dans certains endroits, celui-ci est pratiquement nul). Selon l’UNESCO, les filles et les jeunes femmes sont trois fois plus susceptibles que les hommes d’être sans emploi ou de ne pas fréquenter l’école.

Les répercussions des conflits garantissent pratiquement des résultats moins favorables pour les filles et les femmes. Sans éducation, il est beaucoup plus difficile de se préparer à occuper un emploi susceptible de sortir une personne ou une famille de la pauvreté.

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En Éthiopie, des femmes comme Enat (à droite) tirent profit de leur participation à un groupe d’épargne qui l’aide à diversifier ses sources de revenus et à cultiver des aliments nutritifs pour son fils, Ararsa.

  1. L’insécurité alimentaire engendrée par les conflits affecte de manière disproportionnée la capacité des femmes à subvenir à leurs besoins.

Les conflits constituent la principale cause de la faim dans les régions confrontées à des crises alimentaires et sont à l’origine de l’ insécurité alimentaire touchant 135 millions de personnes dans 20 pays en 2023. Les conflits ont pour effet immédiat de réduire la production alimentaire et l’accès à la nourriture en général. Cependant, les femmes souffrent davantage de cette situation, car les inégalités entre les sexes font qu’elles ont moins accès à la nourriture disponible. Près de 60 % des 343 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde sont des femmes et des filles.

Outre de graves répercussions sur la santé, telles que la malnutrition et l’anémie, la faim chronique nuit au développement cognitif et rend les femmes plus vulnérables aux maladies, ce qui compromet à son tour leurs perspectives futures de participation économique. Sans ces possibilités de gagner un meilleur salaire, par exemple, le risque de pauvreté est accru.

  1. Les conflits réduisent la disponibilité et la qualité des services de santé essentiels dont les femmes ont besoin pour rester sur le marché du travail.

Pour contribuer à assurer leur subsistance et celle de leur famille, les femmes doivent être en bonne santé. Or, la principale conséquence des conflits est le détournement des ressources vers les dépenses militaires ( qui passent d’une moyenne de 2,8 % du PIB à 5 % ), au détriment des dépenses consacrées aux infrastructures et à la santé. De même, les conflits détruisent tout simplement les infrastructures de soins de santé. Tout comme dans le cas de l’insécurité alimentaire, le manque d’accès à des soins de santé adéquats entraîne des taux plus élevés de maladies chroniques chez les filles et les femmes.

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Mayra (à gauche), âgée de 12 ans et originaire de l’Équateur, grandit dans un monde bien différent de celui où l’on s’attendait à ce qu’elle se marie très jeune. Aujourd’hui, elle découvre ses droits et comprend l’importance de l’éducation pour l’aider à réaliser pleinement son potentiel.

Lorsque l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est perturbé, les femmes et les filles courent un risque accru de grossesse non désirée, de mariage précoce, de mortalité et de morbidité maternelles, ainsi que de traumatismes physiques et émotionnels liés à la violence sexuelle. Leurs possibilités de subvenir à leurs besoins de façon autonome étant réduites, voire supprimées, les femmes et les filles deviennent dépendantes de leur partenaire ou doivent composer avec la stigmatisation sociale et la maladie, deux facteurs qui peuvent les plonger dans la pauvreté.

Comment World Vision vient en aide aux filles et aux femmes confrontées aux conflits et à la pauvreté

World Vision utilise diverses approches, tant pratiques que culturelles, pour aider les filles et les femmes à briser le cycle de la pauvreté.

  • Nous appuyons la création de groupes d’épargne et de crédit — une forme de prêt à petite échelle mutuellement avantageuse — qui offrent aux femmes des occasions d’acquérir une autonomie financière.
  • Nous soutenons la formation inclusive sur le plan du genre destinée aux agriculteurs grâce à des approches telles que la régénération naturelle gérée par les agriculteurs, une forme d’agriculture durable qui ne nécessite aucun équipement spécialisé. La formation à ces pratiques agricoles peut aider les femmes à mieux subvenir aux besoins de leur famille et à augmenter le revenu du ménage.
  • Nous soutenons l’amélioration de l’accès à l’éducation pour les filles, non seulement comme moyen de créer des perspectives d’avenir, mais aussi pour atténuer les répercussions de la violence et des déplacements de population.

La pauvreté ne doit pas nécessairement être une condamnation à perpétuité. Si l’on agit, il n’est pas inévitable qu’en 2030, 340 millions de filles et de femmes vivent dans la misère.

Une voie à suivre moins visible, mais non moins importante, consiste à faire participer les femmes à la résolution des conflits. Les réformes post-conflit constituent une occasion de modifier les structures et les normes afin de consacrer les droits des femmes. Les recherches indiquent que les résultats en matière de consolidation de la paix et de renforcement de la confiance sont meilleurs lorsque les femmes participent ou prennent les rênes. La paix est la première étape vers l’élimination de la pauvreté. Mettons-nous au travail.