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Que se passe-t-il en Afghanistan – et pourquoi?

Au début de l’année 2022, plus de la moitié de la population afghane – soit 24,4 millions de personnes au total – se trouvait dans une situation d’extrême détresse. Quatre-vingt-quinze pour cent des Afghans n’avaient pas assez à manger.

Écrit par Deborah Wolfe

le 6 avril 2022

La catastrophe humanitaire qui frappe l’Afghanistan est stupéfiante tant par son ampleur que par son échelle. Au début de 2022, plus de la moitié de la population du pays – soit 24,4 millions de personnes au total – se trouvait dans une situation d’extrême détresse. Quatre-vingt-quinze pour cent des Afghans ne disposaient pas de suffisamment de nourriture, les femmes et les enfants étant les plus durement touchés.

Qu’est-ce qui se passe en Afghanistan pour en arriver là?

La situation s’est encore compliquée après que les talibans se sont imposés comme l’autorité de facto en Afghanistan en août 2021. Une part importante de l’aide occidentale à l’Afghanistan a brusquement cessé.

En l’espace de quelques mois, plus de la moitié des enfants afghans de moins de cinq ans se sont retrouvés confrontés à une malnutrition aiguë. Au moins un million d’entre eux ont ainsi été menacés de mort. « La crise humanitaire actuelle pourrait causer bien plus de décès parmi la population afghane que les 20 dernières années de guerre », a déclaré David Miliband, président de l’International Rescue Committee, en février 2022.

Dans cet article, nous analyserons la crise en Afghanistan. Nous examinerons les conséquences pour la population du pays si l’aide n’arrive pas le plus rapidement possible. Et nous vous expliquerons pourquoi les Canadiens ne sont pas encore en mesure d’apporter leur aide.

Photo recadrée d’un jeune enfant, ne montrant que ses yeux et ses cheveux.

Un jeune enfant reçoit des vaccins et des soins contre la malnutrition dans une clinique mobile de World Vision, en novembre 2021. Photo : World Vision Afghanistan. Veuillez noter que, pour la sécurité des civils afghans et de notre personnel, nous ne montrerons pas de visages entiers dans ce

Afghanistan: l’espoir face à la faim

Jusqu’à 97 % de la population afghane n’a pas assez à manger. En 2022, le pays occupait le premier rang mondial pour le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire d’urgence – une hausse de 35 % en un an.

Au Canada, les nouvelles en provenance de l’Afghanistan sont déchirantes et profondément troublantes. L’alimentation est la priorité absolue pour chaque Afghan. Chaque mois, de plus en plus d’enfants souffrent de la faim avant de sombrer dans l’apathie causée par la malnutrition aiguë grave.

Aujourd’hui, les systèmes économiques et bancaires sont au bord de l’effondrement. Des millions d’Afghans ont perdu leurs moyens de subsistance. Et à l’extérieur des grandes villes, les services essentiels sont souvent tout simplement inexistants.

Les besoins de l’Afghanistan ont pris des proportions dévastatrices. Il en va de même pour la souffrance des Afghans, a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’un point de presse sur l’Afghanistan en janvier 2022.

« Des bébés vendus pour nourrir leurs frères et sœurs », a-t-il déclaré, évoquant de très jeunes filles contraintes de conclure des contrats de mariage. « Des établissements de santé gelés, débordant d’enfants souffrant de malnutrition. Des gens qui brûlent leurs biens pour se réchauffer. »

Les signes d’une crise humanitaire imminente se sont accentués de jour en jour, à partir de septembre 2021. Le pays venait de passer sous l’autorité de facto des talibans après des décennies de soutien financier de la part des donateurs internationaux.

« Après des décennies de guerre, de souffrances et d’insécurité, [la population afghane] fait peut-être face à l’heure la plus périlleuse de son histoire », a rapporté l’Organisation des Nations Unies ce mois-là. À cette époque déjà, un Afghan sur trois ne savait pas où il trouverait son prochain repas.

Et, alors que le chaos s’intensifiait dans le pays, l’hiver approchait à grands pas. « J’ai très peur… cet hiver sera encore pire que ce que nous pouvons imaginer », a déclaré une Afghane de 40 ans au New York Times.

Tant dans les régions rurales qu’urbaines, des millions de personnes devaient faire face à la réalité que leurs enfants pourraient ne pas survivre aux mois d’hiver.

Photo recadrée montrant une file d’hommes debout qui font la queue pour recevoir leurs rations alimentaires.

Photo : Personnel de World Vision en Afghanistan

Le mythe du « choix » en Afghanistan

En janvier 2022, en plein cœur de l’hiver, des millions de familles afghanes devaient choisir entre se nourrir et se réchauffer. Pour les parents et les aidants, ces choix déchirants ne faisaient que commencer.

« Nos équipes nous ont rapporté que des familles vendaient leurs plus jeunes filles en vue d’un futur mariage en échange d’un paiement d’avance », a déclaré Michael Messenger, président de Vision Mondiale du Canada. Il s’adressait au Comité spécial de la Chambre des communes sur l’Afghanistan en janvier 2022.

En réalité, il ne s’agit ni de choix ni de décisions – du moins pas au sens où de nombreux Canadiens les conçoivent. Ce sont des stratégies d’adaptation extrêmes. Les familles afghanes tentent de maintenir en vie le plus grand nombre d’enfants possible pendant le plus longtemps possible.

Gros plan sur les pieds d’un enfant debout dans la neige, ne portant rien d’autre que des sandales.

Alors que l’hiver rigoureux s’installait en Afghanistan, de nombreuses familles devaient faire un choix impossible : choisir entre se nourrir et se réchauffer. Photo : Ralph Baydoun

Quelles sont les causes de la crise humanitaire en Afghanistan?

La population afghane est confrontée à de nombreuses situations d’urgence simultanées, comme le souligne un rapport de 2022 du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.

Ensemble, ces menaces ont provoqué une véritable catastrophe humanitaire, à la fois d’origine naturelle et d’origine humaine. L’Afghanistan est confronté à:

  • La pire sécheresse depuis 27 ans (la deuxième en seulement quatre ans), qui menace les moyens de subsistance de millions de personnes dans 25 des 34 provinces du pays.
  • Les répercussions d’un système de santé déjà surchargé, qui peine à faire face à des chocs tels que la COVID-19, les pics de maladies d’origine hydrique et les souches persistantes de poliomyélite.
  • L’ effondrement soudain des financements prévisibles (provenant des donateurs internationaux) qui permettaient de maintenir à flot l’infrastructure sanitaire nationale.
  • Une situation désastreuse pour les femmes et les filles, qui se heurtent à des obstacles pour accéder aux soins de santé et à l’éducation. Plusieurs mesures restreignent la liberté de mouvement, d’expression et d’association des femmes. Beaucoup sont privées de la possibilité de gagner un revenu.
  • Une crise économique qui a fait monter les prix en flèche, tout en réduisant le pouvoir d’achat de la population.
  • Un désespoir grandissant, alors que les familles s’accablent de dettes insurmontables et recourent à des mesures de survie dangereuses (p. ex., le travail des enfants et le mariage des enfants).
Un tout petit enfant est assis sur les genoux d’une femme (on ne voit le visage d’aucun des deux).

L’Afghanistan était déjà l’un des endroits les plus dangereux pour les enfants. Mais en février 2022, l’ampleur des souffrances avait atteint un niveau pratiquement sans précédent. Photo : Équipe de World Vision Afghanistan

L’enfance en péril en Afghanistan

Depuis de nombreuses années, les taux de mortalité infantile et maternelle en Afghanistan comptent parmi les plus élevés au monde. Aujourd’hui, le pays doit faire face à une sécheresse dévastatrice ainsi qu’à un effondrement économique catastrophique.

Les bébés, les plus jeunes victimes

Quelques mois à peine après le changement de régime en Afghanistan, les salles d’hôpital se sont remplies de bébés prématurés en danger de mort. À cette époque déjà, le personnel (et d’autres fonctionnaires) n’était pas rémunéré. Les stocks de médicaments et de fournitures étaient dangereusement bas.

Lorsque les systèmes de santé s’effondrent, les enfants sont les premières victimes. Plus l’enfant est jeune, plus il est vulnérable à la maladie, à la malnutrition, à la négligence et à la violence. Les nouveau-nés sont les plus exposés, bon nombre d’entre eux souffrant déjà de malnutrition avant même leur naissance.

Mendier pour survivre

Les enfants afghans plus âgés (bien que certains n’aient que l’âge de la maternelle) sont contraints d’effectuer diverses formes de travail. Effrayés, affamés et transis de froid, les enfants des villes travaillent de longues heures, essayant de vendre des objets trouvés comme des sacs de plastique. Découvrez un reportage photo dans The Guardian .

« Maintenant, mon père n’a plus de travail pour ramener de la nourriture à la maison », a déclaré une fillette de 12 ans au Guardian. « Un jour, on a à manger, et le lendemain, on n’a plus rien. »

Un tout-petit ou un jeune enfant est allongé, apathique, sur un lit, tandis que sa mère est assise à ses côtés.

Cette photo a été prise en novembre 2021, dans une clinique accueillant des enfants atteints de maladies graves. Partout au pays, les stocks de fournitures médicales, comme les antibiotiques en pochettes pour perfusion, s’épuisent. Photo : World Vision Afghanistan