Avertissement : vos produits d'épicerie pourraient provenir du travail des enfants
Écrit par Brett Tarver
le 3 février 2021
L’année dernière, le Canada a importé pour plus de 3,7 milliards de dollars de produits alimentaires qui pourraient avoir été fabriqués par des enfants. Cela représente environ 264 dollars de produits alimentaires à risque par ménage canadien chaque année.
La plupart de ces produits proviennent du Mexique qui, malgré les progrès réalisés, continue de faire face à un taux élevé de travail des enfants, particulièrement dans le secteur agricole. Du café aux melons en passant par le sucre, le Mexique fournit à nos épiceries et à nos restaurants près d’un milliard de dollars de produits alimentaires à bas prix et à risque.
Malgré certains progrès visant à réduire l’exploitation par le travail, plus de trois millions d’enfants doivent encore travailler pour subvenir aux besoins de leur famille.
Regardez cette vidéo et écoutez les témoignages d’Oscar, d’Elijah et de Fernando*, des enfants victimes de travail forcé, qui s’expriment avec leurs propres mots.
Les importations canadiennes de produits à risque, comme le café et le sucre, continuent d’augmenter. Selon une étude de World Vision, plus de huit millions d’enfants ont déjà été contraints de travailler en raison de la pandémie de COVID-19, ce qui a réduit à néant 20 ans de progrès.
Oscar, 11 ans, en train de cueillir du café au Mexique. Photo : Juan Cuevas
Découvrez-en davantage sur Oscar, Elijah et Fernando à travers leurs propres mots.
Oscar, 11 ans, travailleur du café
Depuis l’âge de huit ans, je coupe le café. Maintenant, je cueille les baies mûres et je les mets dans un « tenate » (panier).
Ma mère se lève vers 5 h du matin, prépare des tacos et on part. Parfois, on mange avant de commencer la cueillette, ou alors on commence par cueillir et on mange après.
Je n’aime pas ça parce qu’il y a des serpents, des scorpions, des punaises de lit et je ne me souviens plus du nom des autres insectes. Parfois, quand je cueille le café, les fourmis me piquent.
Parfois, on laisse le café par terre et c’est le propriétaire qui embauche ma mère qui viendra le ramasser. En bas de la colline vit un homme qui s’appelle… enfin, tout le monde l’appelle « Don Genaro »; les gens laissent le café là-bas pour le dépulpage.
Je coupe le café parce que parfois, on me laisse seul à la maison. Je ne veux pas rester ici tout seul. Je ne veux pas de carrière. Parce que je me suis davantage habitué à ça ici. À couper le café.
Elijah, 13 ans, « récolte le café » depuis l’âge de sept ans. Photo : Juan Cuevas
Elena, 38 ans, la mère d’Oscar
Quand je vais couper le café, j’emmène mes enfants. Ils coupent la partie inférieure et moi, je tire la partie supérieure. On amène nos enfants pour gagner un peu plus d’argent, parce que si une personne y va seule, elle en récolte très peu et ne gagne pas assez.
Je n’ai pas de champ de café, je me contente d’aller couper le café des autres. On dit toujours que le café ne vaut plus rien, qu’il est très bon marché, et on ne peut rien dire parce qu’on a besoin de ce travail, alors on continue de le couper.
Travailler dans les buissons de café épais peut parfois être dangereux. On peut se faire piquer par des « borreguillos » (chenilles venimeuses) qui s’accrochent aux branches, ou par un « chinahuate ». Il y a souvent des araignées emmêlées dans le café qui rejettent cette substance visqueuse jaune.
*Remarque: Les « borreguillos » et les « chinahuate » sont des vers velus (chenilles). Certains d’entre eux peuvent être venimeux (peste).
Elijah, 13 ans, travailleur du café
On me dit de couper le café. Je me souviens que quand j’étais petit, vers sept ans, j’ai appris à couper. Je coupe l’herbe basse avec une machette pour que la montagne ne pousse pas trop. Je coupe aussi le caféier et je le ramasse quand il tombe par terre; si mon « tenate » (panier) est plein, je le mets dans un sac. On me paie au kilo pour ce que je coupe. On me paie 2,50 $ par kilo (0,16 $ CA); parfois, je coupe 40 kilos là où il y a du café.
J’aimerais devenir enseignant. Parce que c’est agréable d’être enseignant.
Fernando, 14 ans, avec sa mère Ana. Photo : Juan Cuevas
Rosita, 38 ans, mère d’Elijah: « Nous avons appris à nos enfants à s’occuper du café quand ils ont eu six ans. À onze ans, Elijah a commencé à m’aider à couper l’herbe basse autour des caféiers et à cueillir le café.
Avec ce qu’on le paie pour son travail, on achète du sucre, du maïs, des haricots et d’autres choses dont on a besoin à la maison.
Fernando, 14 ans, travailleur dans les champs de canne à sucre
Je travaille à la coupe de la canne à sucre, comme la plupart des gens du village. Ça fait environ un an que je travaille, depuis que j’ai 13 ou 12 ans, je ne m’en souviens pas exactement.
Il y a des garçons d’environ huit ans, d’autres de 15 ou de 10 ans; l’âge varie. À l’école primaire, j’ai accompagné mon père quelques jours et, à partir de ce moment-là, j’ai travaillé de plus en plus longtemps. Je n’étais qu’un petit garçon qui apprenait petit à petit. Mon père m’a appris à me servir de la machette. On peut se couper, se frapper avec la machette.
On abat les cannes, puis on coupe ce qui dépasse, comme quelques feuilles; on les coupe et on les empile par paquets de plusieurs cannes pour que le ramasseur vienne les chercher. Ça se vend à des entreprises qui ont besoin de sucre pour fabriquer leurs produits.
C’est difficile, c’est très fatigant parce qu’on est sous le soleil.
Quand je serai grand, je n’aimerais pas continuer à travailler dans les champs de canne à sucre; j’aime beaucoup le sport et j’aimerais jouer dans une équipe.
Ce matin-là, votre « tasse de café » pourrait s’avérer plus risquée que vous ne le pensiez. Photo : Oliver Guhr