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À la découverte de l’héritage d’Arie Kamp

L’histoire d’Arie Kamp, donateur de longue date de World Vision, et sa décision de faire un don par testament au profit des communautés d’agriculteurs en Angola.

Écrit par Katie Hackett

le 18 juillet 2023

Des talents cachés: l’histoire de l’héritage extraordinaire d’Arie Kamp

« Les gens doivent comprendre que presque toutes les personnes qui nous entourent possèdent des talents sous bien des formes, si seulement on prend la peine de bien chercher. »

Cet article s’inspire d’une entrevue avec Tom McCauley et Sandra Cruickshanks, co-exécuteurs testamentaires et amis proches d’Arie.

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Arie dans un club d'échecs, en 2013.

C’est dans un moment de recueillement que Sandra Cruickshanks et Tom McCauley, co-exécuteurs testamentaires et amis, rendent hommage à Arie Kamp, qui a fait un don déterminant en faveur des projets de Vision Mondiale du Canada et du Programme alimentaire mondial visant à améliorer les moyens de subsistance et l’accès à l’eau potable en Angola.

Arie — homme de lettres, jardinier guérillero et bien plus encore — avait 95 ans lorsqu’il est décédé en janvier 2022.

Bien que son dernier legs ait consisté à tenter de faciliter la vie de communautés situées à l’autre bout du monde, Arie a poussé ses amis et ses voisins à creuser un peu pour découvrir le don qui était en lui. Il avait ses excentricités, mais toutes étaient ancrées dans un souci profond et sincère du bien-être d’autrui.

Il passait presque toutes ses journées à la Bibliothèque publique de Toronto et, le soir venu, il ramenait à la maison neuf ou dix autres livres pour continuer à étudier. C’est ainsi qu’il en apprenait davantage sur le monde et sur les injustices qu’il voulait combattre. Au printemps, il s’installait dans les parcs communautaires pour planter des amaryllis rouges, des cosmos violets et des marguerites jaunes, parfois en enfreignant les règles.

Le plus grand parc de la ville, High Park, lui a même interdit l’accès pour cette raison; il s’est donc rabattu sur le parc Dufferin Grove. Il ne cherchait pas à causer des problèmes — il voulait simplement embellir Toronto. Il a par la suite été officiellement reconnu comme l’un des « héros méconnus » du parc Dufferin Grove par la 26e lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Hilary Weston.

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En 1997, l’engagement communautaire d’Arie et son dévouement à l’embellissement de la ville ont donné lieu à cette cérémonie rendant hommage à Arie en tant que « héros méconnu » du parc Dufferin Grove.

Arie avait des opinions bien arrêtées sur toutes sortes de sujets, mais il restait modeste quand il s’agissait de lui-même. « Il se considérait comme un paysan jusqu’à la fin », explique Tom McCauley à propos de la vision qu’avait Arie de sa vie et du quartier de Dufferin Grove, au cœur de Toronto, où il avait élu domicile. Parmi ses voisins, on comptait un professeur d’université, une actrice et un directeur d’école à la retraite; leur amitié l’amenait à se demander pourquoi ils « voulaient bien avoir quoi que ce soit à faire avec moi ».

Mais c’est pourtant ce qu’ils faisaient.

Il ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfants, bien qu’il soit devenu le parrain de fait de l’enfant adopté d’un voisin. Lorsque ceux-ci ont donné naissance à un fils, Sam, Arie a eu l’honneur d’être la première personne, après les parents, à le tenir dans ses bras. Ce moment est immortalisé sur une photo où l’on voit Arie, regardant à travers ses grosses lunettes, tenir Sam délicatement dans ses bras.

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Arie (à droite) prend un verre avec Sandra (à gauche) et Tom (au milieu), en juin 2012

Ainsi, même si Arie ne parlait pas ouvertement d’enfants, sa vision des choses était façonnée par sa propre enfance. Sandra explique qu’il ne voulait pas que les enfants grandissent comme lui. Il avait travaillé dans une famille d’agriculteurs aux Pays-Bas, dans la pauvreté et souvent le ventre vide, surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans sa famille, il y avait six garçons à nourrir, à vêtir et à loger. Son père était un homme dur et Sandra raconte qu’Arie était troublé par le sentiment que sa mère « était lésée ». Il voulait que tout cela change, mais il ne savait pas vraiment comment s’y prendre, du moins pas à l’époque.

Au début de la vingtaine, il a été enrôlé de force dans les Marines royaux néerlandais et envoyé en Indonésie pour protéger les intérêts financiers et politiques des Pays-Bas. Il était farouchement opposé au colonialisme et cette expérience a renforcé sa conviction en matière de justice sociale. Par la suite, ses causes de cœur ont notamment inclus l’itinérance, le sort des travailleurs agricoles et la faim.

La nouvelle vie d’Arie au Canada a commencé le jour de son 25e anniversaire, en 1951, lorsqu’il a posé le pied sur le quai du célèbre Pier 21 d’Halifax. Vingt-sept ans plus tard, à l’âge de 52 ans, il a pris sa retraite après avoir travaillé comme ouvrier agricole et passé quelques décennies comme ouvrier dans une aciérie. Sa dernière demeure l’appelait déjà.

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Arie au cimetière de guerre canadien de Groesbeek, aux Pays-Bas

Le réseau des bibliothèques publiques de Toronto a été un véritable chant de sirène.

C’est ce qui a attiré Arie dans la plus grande ville du Canada, où il a loué une chambre — dans son style austère caractéristique — au YMCA du West End. Vêtu d’une cravate et d’un chandail à boutons, il passait ses journées (et ses nuits) aux bibliothèques Toronto Reference et Bloor-Gladstone. Comme si cela ne suffisait pas, il s’est inscrit au réseau de bibliothèques de l’Université de Toronto (U of T). Après avoir lu tous les livres qui l’intéressaient à la bibliothèque Robarts de l’U of T, il a, au cours des années suivantes, visité les bibliothèques de tous les collèges affiliés et lu tout ce qui l’intéressait.

Il a pris des notes qui témoignaient de son dévouement à l’apprentissage, laissant derrière lui deux boîtes remplies de journaux intimes et de cahiers. Ces pages étaient remplies jusqu’aux marges de 60 ans de poésie mélancolique écrite par divers auteurs et de réflexions sur d’innombrables sujets, le tout rédigé d’une écriture impeccable.

C’est ainsi que, des décennies après avoir quitté son village de Klundert, aux Pays-Bas, où il était le fils aîné d’un ouvrier agricole vivant de la culture de subsistance, il en est venu à comprendre ce qu’il voulait changer et comment s’y prendre.

Bien qu’il n’ait pas suivi d’études formelles au-delà de la 6e année, il a appris l’anglais, le français et l’allemand par lui-même. La lecture et le savoir étaient « à sa portée, alors il s’en est simplement imprégné », explique Sandra. « Parce que je soupçonne qu’il lui a fallu un certain temps pour comprendre ce qui s’était réellement passé au cours des 20 ou 25 premières années de sa vie et comment les choses en étaient arrivées là. Et je pense que plus il apprenait, plus il s’immergeait dans toute une série de sujets. »

Il s’y plongeait en enfonçant ses mains dans la terre, comme il l’avait fait autrefois sous un soleil brûlant et des hivers rigoureux. À 80 ans, il travaillait d’arrache-pied dans la cour arrière d’un voisin sans autre rémunération que son dessert préféré: le gâteau au citron, en arrachant le chénopode blanc et en transformant le jardin en un panorama de fleurs.

Il s’est investi en étudiant et en débattant des enjeux de justice sociale qui le touchaient. Il a laissé derrière lui 66 carnets, dont le premier date de 1963, où il tenait un registre méticuleux d’articles de presse et d’essais traitant de l’actualité.

Il s’est investi en prônant la simplicité de vie, même dans la mort. Concernant les dispositions funéraires, Tom se souvient qu’Arie avait demandé qu’il n’y ait qu’un cercueil en pin. Pas d’embaumement, pas de pasteur, quelle que soit la cérémonie qui pourrait avoir lieu. Le souhait d’Arie: « N’organisez même pas de cérémonie ».

« Ce que, bien sûr, nous avons ignoré », dit Tom en riant. Tom savait déjà que le quartier qui considérait Arie comme un ami ne le laisserait jamais partir aussi facilement.

Arie avait pris soin de prendre des dispositions pour faire un don à Vision Mondiale et à l’Armée du Salut — des organismes capables de poursuivre le changement qu’il souhaitait voir s’opérer. En fait, il était un fidèle donateur annuel de Vision Mondiale Canada depuis 2004, mais son plus grand don était encore à venir.

Ce qui n’a pas changé, c’est qu’Arie aimait à sa manière et qu’il était aimé. Ses racines imprégnaient chacun de ses souffles et, lorsque la maladie et l’isolement écrasant de la pandémie de la COVID-19 se sont combinés pour le lui enlever, il était prêt.

Le dernier cadeau d’Arie à ses collègues agriculteurs

Ce que peu de gens savaient, c’est qu’Arie — qui menait une vie frugale, ne possédait pas de voiture et se contentait d’un petit studio — était millionnaire.

C’est ainsi que ses années d’investissements discrets dans l’or et l’argent avaient porté leurs fruits. Il avait pris des dispositions dans son testament pour désigner Vision Mondiale du Canada comme bénéficiaire résiduel de sa succession. En fin de compte, ce généreux don de plus de 500 000 $ servirait à aider le genre de personnes qu’Arie connaissait le mieux.

Des gens comme lui. Des agriculteurs.

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D’un agriculteur à tant d’autres, le don d’Arie profitera aux communautés agricoles de l’Angola pour les générations à venir