Comprendre la programmation « Nexus » : une approche novatrice en Éthiopie
World Vision Canada adopte l’approche du « triple lien » pour la mise en œuvre de ses programmes dans les contextes fragiles. Découvrez-en davantage sur ce cadre, les contextes dans lesquels il est appliqué et la manière dont nous l’utilisons.
Écrit par World Vision Canada
le 23 mars 2025
Par Vongaishe Changamire, spécialiste technique en éducation, et Mirette Bahgat Hannallah, gestionnaire des subventions, World Vision Canada
Le nord de l’Éthiopie est ravagé par les conflits et la violence depuis le début de la guerre au Tigré en novembre 2020 entre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) et le gouvernement fédéral éthiopien. Pendant deux ans, le Tigré et les régions voisines d’Afar et d’Amhara ont été complètement coupées du reste du pays. Des milliers de personnes ont perdu la vie, et plus de cinq millions de personnes ont été forcées de quitter leur foyer et se sont retrouvées déplacées dans d’autres régions de l’Éthiopie.
Lors d’une récente visite menée par World Vision Canada au Tigré, un groupe de résidents déplacés à l’intérieur du pays et de participants à un projet humanitaire de World Vision a évoqué les horreurs de la guerre qui les ont privés de leur foyer, de leurs moyens de subsistance et de leur sentiment de sécurité. De nombreuses femmes et filles ont été victimes de violence sexuelle. Des parents ont donné leurs filles en mariage précoce pour les protéger de la conscription obligatoire. Le personnel local a raconté comment il a survécu grâce à l’aide alimentaire pendant la guerre, ayant perdu tout accès aux ressources.
Pourtant, un consensus s’est dégagé: après la fin de la guerre en novembre 2022, les gens souhaitaient retourner chez eux et reconstruire ce qui avait été détruit. Le besoin immédiat d’accès à la nourriture et à un abri coexistait avec la nécessité de relancer l’enseignement, de remettre en état les infrastructures et de remettre la région sur pied, tout en s’attaquant aux conflits ethniques et politiques sous-jacents par le biais d’initiatives de consolidation de la paix.
Répondre à ces priorités à plusieurs niveaux dans un contexte de crise complexe comme celui du nord de l’Éthiopie a nécessité la mise en œuvre d’une approche de programmation fondée sur le « triple lien » entre aide humanitaire, développement et paix (HDP), qui offrait la souplesse nécessaire pour changer de cap et s’adapter à la nature cyclique du conflit et de la fragilité. Cette approche s’est éloignée de la dichotomie traditionnelle entre développement et aide humanitaire qui caractérisait jusqu’alors la programmation de l’aide internationale. Elle a plutôt répondu au besoin croissant d’assurer un accès immédiat aux besoins urgents, tels que l’eau potable, la nourriture et le logement, tout en reconstruisant les infrastructures et en renforçant la résilience des populations et des systèmes.
Grâce au programme Nexus en Éthiopie, des élèves comme Mekedes, dont la scolarité a été interrompue en raison du conflit, peuvent participer à des programmes d’apprentissage accéléré. (Crédit photo : World Vision Éthiopie)
Analyse du cadre « nexus »
La programmation « Nexus » marque un tournant dynamique dans les efforts humanitaires et de développement, visant à répondre aux crises immédiates et à long terme avec davantage de souplesse et en tenant compte du contexte. Contrairement aux programmes traditionnels, qui suivent souvent des approches linéaires et séquentielles, la programmation « Nexus » intègre divers secteurs afin d’optimiser l’affectation des ressources et de favoriser la résilience des communautés touchées. Cette approche reconnaît l’interdépendance entre l’aide humanitaire, le développement et les efforts de consolidation de la paix, offrant ainsi des solutions plus holistiques aux crises complexes. Bien que ce concept se heurte à des défis tels que des obstacles institutionnels et financiers, son importance est soulignée par sa capacité à favoriser des interventions plus adaptatives et intégrées. En fin de compte, le succès de la programmation « nexus » dépend des connaissances pratiques et des actions des acteurs locaux, qui doivent s’adapter aux priorités et aux discours changeants des gouvernements afin de faire face efficacement à des crises en constante évolution.
Grâce au programme Nexus en Éthiopie, des femmes comme Lemlem ont bénéficié d’un soutien visant à améliorer leurs moyens de subsistance, ce qui leur a permis de générer un revenu et de renforcer leur résilience. (Crédit photo : World Vision Éthiopie)
La nécessité de l’agilité
En réfléchissant à ses expériences, l’équipe « nexus » de World Vision Éthiopie a acquis une compréhension approfondie de l’importance de la souplesse et de la disponibilité du financement. Elle a souligné le rôle essentiel d’une structure de financement souple et pluriannuelle pour permettre une meilleure adaptation aux circonstances en constante évolution des contextes fragiles et humanitaires. Cette souplesse favorise des liens programmatiques significatifs avec d’autres organisations et services et facilite une consultation plus large des parties prenantes.
Cependant, l’équipe s’est heurtée à des défis découlant de la répartition rigide des fonds entre les secteurs, ce qui entrave la réactivité indispensable à la réussite des programmes « nexus ». Un exemple flagrant réside dans la répartition des fonds entre les secteurs humanitaire et du développement, où des pourcentages fixes doivent s’adapter à des besoins changeants. L’approche linéaire adoptée pour répondre à ces besoins, qui prévoit une mise en œuvre séquentielle des activités humanitaires et de développement, met en évidence l’insuffisance des modèles traditionnels de financement sectoriels face à la nature dynamique des conflits et aux changements contextuels. Une approche agile et globale est cruciale pour une programmation efficace axée sur le « nexus » dans le conflit du nord de l’Éthiopie, où les secteurs s’articulent de manière fluide entre les domaines humanitaire et du développement.
La voie à suivre
Plusieurs recommandations clés ont été formulées pour faire progresser efficacement la mise en œuvre de l’approche « nexus ». Tout d’abord, il est urgent d’explorer des structures de financement adaptatives avec les donateurs. Cela implique d’accorder aux partenaires de mise en œuvre l’autonomie nécessaire pour prendre des décisions rapides en réponse aux changements contextuels, en contournant les processus d’approbation hiérarchiques lourds. De plus, l’adoption de calendriers pluriannuels pour le financement du « nexus » permet une analyse contextuelle approfondie, un apprentissage itératif et une mise en œuvre exhaustive des volets de relèvement, de développement et de consolidation de la paix. La collaboration entre les donateurs et les partenaires de mise en œuvre est essentielle pour atténuer les obstacles liés aux approches descendantes. La co-création de politiques ou de cadres qui harmonisent les secteurs de l’aide humanitaire et du développement est essentielle pour résoudre les conflits de priorités et de méthodes opérationnelles. Le passage à des systèmes de suivi des données flexibles et non binaires permet un apprentissage et une adaptation continus, facilitant ainsi une mise en œuvre efficace du « nexus ».
Plaider en faveur d’un financement qui favorise l’intégration multisectorielle plutôt que des fonds cloisonnés permet des interventions plus polyvalentes, adaptées à des enjeux et à des besoins à multiples facettes. Sur le plan programmatique, l’affectation de ressources à une phase de conception solide garantit l’harmonisation des concepts du « nexus » entre toutes les parties prenantes. Il est impératif de collaborer activement avec les représentants gouvernementaux, les leaders communautaires et les participants, et d’intégrer leurs points de vue dans les cadres des projets. Des plateformes souples au sein des systèmes de suivi, d’évaluation, de reddition de comptes et d’apprentissage favorisent une adaptation continue. Enfin, l’intégration de composantes liées à la consolidation de la paix et à la cohésion communautaire dans les futurs projets liés au « nexus », en particulier dans les régions touchées par un conflit, contribue à des résultats durables.
Nous encourageons vivement les parties prenantes à adopter une approche coordonnée et inclusive en matière de programmation du « nexus ». En favorisant la collaboration et l’adaptabilité entre les secteurs, nous pouvons mieux relever les défis complexes auxquels font face les communautés en situation de crise. Cette approche inclusive garantit que des points de vue diversifiés sont pris en compte et intégrés aux efforts de programmation, ce qui conduit à des résultats plus efficaces et durables.
Pour approfondir le sujet, nous vous invitons à consulter le rapport détaillé sur le « nexus » , qui fournit des informations précieuses et des données supplémentaires.