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Des toilettes pour tous : les merveilleux avantages de l’assainissement

Que se passe-t-il lorsque tout le monde dispose d’un endroit sécuritaire où aller — et qu’il l’utilise? Abordons cette question à l’occasion de la Journée mondiale des toilettes.

Écrit par Katie Hackett

le 19 novembre 2025

« C’était très difficile quand on avait besoin d’aller aux toilettes — on devait courir dans la forêt voisine », raconte Chanh. « C’était encore plus dur quand la saison des pluies arrivait. »

Chanh, 29 ans, élève cinq enfants dans une région très rurale du nord du Laos. Ses enfants ont entre 18 mois et 11 ans. Chaque fois que ses enfants allaient dans la brousse pour faire leurs besoins, elle s’inquiétait.

« J’avais peur qu’un insecte ou un serpent ne les pique pendant la nuit », explique-t-elle.

La plupart des familles de la région de Chanh vivaient ainsi. La pratique de la « défécation à l’air libre » — c’est-à-dire dans les buissons, les champs ou au bord des routes — était la seule qu’elles aient jamais connue. Elles n’avaient ni toilettes ni latrines à la maison et ignoraient comment l’hygiène et l’assainissement (ou leur absence) pouvaient affecter leur santé.

Au Laos, une mère et un père se tiennent devant une maison en parpaings avec leurs deux jeunes enfants.

Chanh et son mari Bounkham posent avec deux de leurs plus jeunes enfants devant leur maison familiale, dans le district de Pak Ou, au Laos. (Photo : Ammala Thomisith et Yeng Lee/World Vision)

Ils utilisaient l’eau de la rivière pour boire et laver la vaisselle, sans savoir qu’elle était contaminée par les eaux de ruissellement. Chanh s’inquiétait auparavant des insectes et des serpents, mais il y a quelques années, la tragédie a pris une autre forme.

« Done, mon fils de trois ans, souffrait de diarrhée, et nous n’avons pas pu le soigner parce que nous n’avions pas les moyens de l’emmener à l’hôpital », raconte-t-elle. « Après quelques jours, il est décédé. Ce fut une période atroce pour notre famille. »

Le petit Done n’était certainement pas le seul enfant de la région à mourir d’une maladie d’origine hydrique. Le taux élevé de défécation à l’air libre — combiné aux difficultés financières et aux connaissances limitées en matière d’hygiène — touchait également d’autres familles.

Il était temps de lancer une campagne communautaire en faveur de l’assainissement à grande échelle.

Qu’est-ce que l’assainissement et pourquoi est-ce important?

L’assainissement, c’est disposer des installations et des services nécessaires pour éliminer l’urine et les matières fécales humaines de façon sécuritaire. Un bon assainissement aide à prévenir les maladies transmises par les déchets humains.

L’accès à l’assainissement est un droit humain fondamental, essentiel à la dignité, à la sécurité et à la santé des personnes. Mais il nous reste encore du chemin à parcourir pour atteindre nos objectifs mondiaux. Selon l’ Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF, près de la moitié de la population mondiale (3,4 milliards de personnes) n’a pas accès à un assainissement géré de manière sécuritaire. Cela inclut 354 millions de personnes qui pratiquent encore la défécation à l’air libre.

Les toilettes et les latrines sont indispensables à la santé des familles et à la vitalité des collectivités. Ce déficit considérable engendre des cycles de mauvaise santé, de pertes déchirantes et de pauvreté, en particulier dans les collectivités rurales défavorisées du monde entier.

Dans le sud du Mozambique, deux femmes vêtues d’une tenue de travail bleue et portant des casques de chantier orange transportent un seau de ciment.

Dans le district de Mabalane, au Mozambique, Gilda et Lúcia bousculent les stéréotypes de genre et construisent des latrines au sein de leur communauté. « Quand j’ai commencé, on me disait que ce n’était pas un travail de femme. Aujourd’hui, c’est moi qui apprends aux hommes à construire des latrines », explique Gilda

Que se passe-t-il lorsqu’une collectivité ne dispose ni de toilettes ni de latrines salubres?

1. Les sources d’eau sont contaminées.

Sans toilettes, les déchets humains se retrouvent dans les champs, les rivières, les étangs et le sol. Lorsqu’il pleut, le ruissellement transporte les matières fécales vers les sources d’eau, contaminant ainsi l’eau dont dépendent les familles.

Philip Makutsa est le spécialiste de World Vision Canada en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène (ces trois éléments étant regroupés sous l’acronyme WASH). « La plupart du temps, lorsque l’assainissement est déficient, l’accès à l’eau salubre devient un défi », explique-t-il. « Ces deux problèmes, lorsqu’ils se combinent, mettent en danger la santé de la communauté. »

2. Les maladies se propagent rapidement, touchant surtout les enfants.

L’exposition aux agents pathogènes fécaux propagés par les mouches ou les eaux de ruissellement entraîne l’apparition de parasites et d’autres maladies évitables, comme la diarrhée — qui demeure la troisième cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans.

3. La malnutrition s’aggrave.

Le manque d’assainissement contribue à la malnutrition chronique et au retard de croissance chez les enfants. « C’est parce qu’ils peuvent manger », explique Philip, « mais ils ne peuvent pas assimiler les nutriments. »

4. Les femmes et les enfants sont moins en sécurité.

En l’absence d’installations privées à proximité, les gens doivent parcourir de plus longues distances, se rendre dans la brousse ou attendre la tombée de la nuit pour faire leurs besoins. Cela expose particulièrement les femmes et les enfants au harcèlement, aux agressions sexuelles et à la violence. L’absence d’installations sanitaires sécuritaires porte atteinte à la dignité et accroît le stress quotidien.

5. Les enfants manquent l’école — surtout les filles.

Les écoles dépourvues de latrines et de toilettes affichent des taux de scolarisation et d’assiduité plus faibles. Les filles, en particulier, restent à la maison pendant leurs règles ou abandonnent complètement leurs études une fois la puberté atteinte. Le manque d’assainissement rend les enfants malades, ce qui les empêche d’aller en classe et réduit leur capacité d’apprentissage.

En Ouganda, trois adolescentes vêtues d’uniformes scolaires verts marchent côte à côte.

Cissy (à gauche) avait l’habitude de manquer l’école pendant ses règles. « L’accès à l’eau et la construction de latrines nous ont beaucoup aidées », explique-t-elle. « Cela a rendu l’école plus confortable et plus sécuritaire pour les filles comme moi. » (Photo : Matthew Kisa/World Vision)

6. La pauvreté s’aggrave dans toute la collectivité.

Lorsque les familles sont constamment aux prises avec la maladie, les soins médicaux accaparent leur temps et leurs revenus. Les parents — en particulier les mères — consacrent plus de temps à s’occuper de leurs enfants malades et moins de temps à gagner leur vie ou à participer à la vie communautaire. Le manque d’assainissement nuit au développement transformateur, piégeant les familles dans un cercle vicieux de pauvreté.

Comment World Vision aide-t-elle les communautés à s’attaquer aux problèmes d’assainissement comme la défécation en plein air?

Heureusement, il existe une approche qui fait des merveilles pour améliorer l’assainissement d’une communauté — une approche peu coûteuse, prise en charge par la communauté et durable à long terme: l’assainissement total mené par la communauté.

Grâce à ce processus, les communautés sont habilitées à évaluer leurs défis en matière d’assainissement et à les relever ensemble. Le résultat? Les habitudes changent en ce qui concerne l’utilisation des toilettes et l’hygiène, et les communautés tracent leur propre chemin vers l’obtention de la certification « sans défécation à l’air libre ». Les résultats sont transformateurs.

Au cours des six dernières années, 1 228 communautés ont obtenu la certification « sans défécation à l’air libre » grâce aux programmes de Vision Mondiale du Canada — soit, en moyenne, une communauté certifiée tous les deux jours.

Comment fonctionne la « certification « sans défécation à l’air libre » »?

Nous commençons sans porter de jugement

« La plupart des régions où nous travaillons — en particulier dans les pays en développement — ne connaissent pas le concept d’élimination sécuritaire des matières fécales », explique Philip. « Elles ne comprennent pas tout à fait le lien entre la santé et l’assainissement. »

Le personnel de World Vision aborde ce sujet avec tact et respect. On ne peut pas reprocher aux gens de ne pas disposer d’informations qu’ils n’ont jamais reçues, mais les équipes restent honnêtes et claires quant aux dangers.

En République démocratique du Congo, cinq enfants sourient en montrant du doigt une nouvelle latrine en briques.

En République démocratique du Congo, Jacques (à gauche), un enfant parrainé, et ses frères et sœurs montrent fièrement leurs nouvelles latrines, construites par leur père grâce à la formation dispensée par World Vision. « Nos nouvelles latrines sont propres, sans odeurs, et ont considérablement amélioré notre… »

La demande augmente grâce à l’éducation

Le travail commence par la formation des leaders locaux et des intervenants en santé communautaire, qui jouent ensuite un rôle déterminant pour favoriser le changement et démanteler les croyances erronées. Ils animent des séances d’information et organisent des tournées dans la communauté, aidant ainsi à recenser les endroits où l’assainissement pose problème. Ils visitent les foyers et diffusent de l’information sur les dangers de la défécation à l’air libre et sur l’importance d’une bonne hygiène. À mesure que les familles prennent conscience de la réalité, leur préoccupation s’accroît et la demande pour de meilleurs services d’assainissement augmente.

La collectivité mène les efforts

Des groupes d’action pour l’assainissement, des comités WASH et/ou des clubs de santé communautaires sont mis sur pied. Ces groupes mènent le processus visant à améliorer la couverture en latrines ou en toilettes et à éliminer la défécation à l’air libre.

« Ils peuvent se fixer un échéancier », explique Philip. « Par exemple: “Au cours des six prochains mois, nous veillerons à ce que cela soit fait, puis nous ferons rapport à la communauté.” »

Ces groupes mènent des activités de sensibilisation, inspectent les latrines et les stations de lavage des mains, suivent et rapportent les progrès réalisés, et identifient les familles particulièrement vulnérables qui ont besoin d’un soutien supplémentaire.

Des démonstrations pratiques renforcent les compétences locales

On repère et on forme des constructeurs compétents pour bâtir des latrines sécuritaires, tout en tenant compte de leurs préoccupations.

Philip explique: « Ils pourraient vous dire: “Oh, on ne peut pas installer de latrines parce que le sol s’effondre, c’est pour ça qu’on ne creuse pas. Si on creuse, on ne creuse pas profondément.” »

Les démonstrations enseignent des méthodes telles que:

  • L’empilement de briques emboîtées pour empêcher le sol de s’effondrer vers l’intérieur
  • Des plateformes en béton pour assurer la propreté et la sécurité
  • L’installation de tuyaux de ventilation qui contrôlent les odeurs et éliminent les mouches
  • La construction de murs d’intimité

Les formations sont organisées de manière stratégique là où les besoins sont les plus grands, notamment dans les écoles et les ménages dirigés par des enfants ou comptant des membres ayant une invalidité.

Une éducation globale à l’eau et à l’hygiène soutient ce processus

Parallèlement à la formation en assainissement, les familles reçoivent une éducation en matière d’hygiène. Elles apprennent l’importance de se laver les mains — en particulier après avoir utilisé les latrines, et avant de manger ou de préparer des aliments — ainsi que d’autres mesures d’hygiène comme l’utilisation d’étendoirs à vaisselle. Ces habitudes contribuent à instaurer une culture de l’assainissement à mesure que les comportements et les attitudes commencent à changer.

En Ouganda, un adolescent se lave les mains à l'aide d'un bidon d'eau jaune suspendu à une souche d'arbre.

En Ouganda, Chris, âgé de 12 ans, et son père ont appris à construire un « tippy tap » à côté de leurs latrines pour se laver les mains. (Photo : Brian Jakisa Mungu/World Vision)