La stigmatisation du divorce
Divorcée à l’âge de 14 ans, Farah passe chaque jour à lutter contre la stigmatisation, à militer pour le changement dans son pays et à se réapproprier ses rêves.
Écrit par Melanie Ramos
le 24 janvier 2025
Avertissement: L’histoire qui suit traite du mariage d’enfants, un sujet qui pourrait être perturbant pour certains lecteurs. Nous partageons ce récit car il véhicule un message important contre la pratique du mariage d’enfants, mais nous vous invitons à faire preuve de discernement avant de poursuivre votre lecture. Nous avons changé le nom de l’enfant et masqué son visage afin de protéger sa vie privée.
Une réalité impuissante
Farah avait 14 ans lorsque ses parents lui ont annoncé qu’elle allait se marier. Ils avaient déjà du mal à subvenir aux besoins de Farah, de sa petite sœur et de son petit frère lorsque la COVID a frappé. Le père de Farah était le seul soutien de famille, et son travail de livreur de marchandises s’est tari. Personne ne savait combien de temps la pandémie allait durer, ni combien de temps il faudrait pour que le travail reprenne. Leur situation devenait de plus en plus désespérée de jour en jour. Les parents de Farah ont décidé que la meilleure option pour la famille était d’avoir une bouche de moins à nourrir.
Farah, qui rêvait de devenir infirmière un jour, a été anéantie par cette nouvelle. Cela signifiait qu’elle devrait quitter l’école et aller vivre avec un mari et sa famille, à 40 km de là. En quelques semaines, c’était devenu sa réalité.
Le mariage était à peine terminé que les mauvais traitements de la part de son nouveau mari et de sa belle-famille ont commencé: insultes, humiliations et menaces. Elle a appelé ses parents, désespérée, mais ceux-ci lui ont dit de faire contre mauvaise fortune bon cœur — ils avaient investi leurs maigres économies pour payer sa dot. Mais Farah n’en devenait que de plus en plus malheureuse. Un mois et de nombreux appels plus tard, la mère de Farah est venue la ramener à la maison.
Farah était soulagée d’être de retour à la maison et de pouvoir retourner à l’école. Mais tout le monde ne lui a pas réservé un accueil chaleureux: bon nombre de ses voisins se moquaient d’elle ou lui disaient qu’elle devrait avoir honte. Le chemin a été difficile et Farah est toujours en train de reconstruire sa vie.
Farah (à gauche) a été mariée alors qu’elle n’avait que 14 ans. Elle a divorcé un mois plus tard.
La force d’agir
Elle est en 10e année et travaille fort pour terminer ses études afin de pouvoir poursuivre sa carrière. L’autonomie financière est d’autant plus importante maintenant que, étant divorcée et n’étant plus « pure », ses parents devraient verser une dot beaucoup plus élevée si elle devait se remarier selon le système traditionnel.
Mais elle travaille également avec le forum des jeunes, mis sur pied grâce au soutien des parrains et marraines de World Vision, pour aider à empêcher que d’autres filles de sa communauté ne soient contraintes à un mariage précoce. Elle prend la parole lors des réunions du comité de développement du village et s’adresse aux parents dès qu’elle le peut, expliquant son expérience, les méfaits du mariage précoce sur les filles, ainsi que la manière dont la loi du Bangladesh protège les droits des enfants et interdit le mariage précoce.
L’impact du parrainage
Le parrainage d’enfants contribue à relever les défis auxquels font face les filles de Wazirpur, au Bangladesh, grâce à une approche à plusieurs volets. Nous travaillons avec les parents, les chefs religieux (dont 30 prêtres hindous qui ont reçu une formation en protection de l’enfance), les leaders communautaires par l’intermédiaire des comités de développement villageois soutenus par World Vision, ainsi qu’avec les enfants, afin de les sensibiliser aux droits des enfants et aux méfaits du mariage précoce, non seulement pour les filles, mais aussi pour l’ensemble de leur famille.
Nous contribuons également à remédier à la précarité financière qui pousse les parents à marier leurs filles précocement, grâce à des programmes visant à aider les gens à produire davantage de nourriture, à adopter une alimentation plus nutritive, à avoir accès à de l’eau potable, à augmenter leurs revenus et à bien gérer l’argent qu’ils gagnent. Plus de 500 familles ont reçu des canards au cours des deux dernières années, ce qui leur permet d’obtenir des œufs pour leur consommation personnelle et pour la vente, afin de compléter leurs autres revenus. Des groupes d’épargne ont également été créés pour donner aux femmes la possibilité d’épargner en vue de leur avenir et de contribuer à la situation financière de leur famille.
À l’heure actuelle, 1 000 filles comme Farah ont besoin de votre aide. Parrainez une fille dès aujourd’hui.
Farah, debout face à une rivière, a repris ses études et est déterminée à devenir financièrement indépendante afin de pouvoir vivre librement la vie qu’elle souhaite.
Farah est assise sur son lit. Malgré la stigmatisation dont elle est victime, elle garde espoir en l’avenir.
« J’étais tellement déçue. J’aurais tant voulu poursuivre mes études. J’avais tellement peur. Mais mes parents avaient pris leur décision. Je ne pouvais pas m’y opposer. »