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Le vote des jeunes Canadiens : ce n’est pas l’apathie qui pose problème, mais bien l’accessibilité

Au Canada, les jeunes de 18 à 25 ans s’expriment beaucoup sur le plan politique, mais ce sont ceux qui votent le moins. S’ils sont si passionnés, pourquoi ne se rendent-ils pas aux urnes?

Écrit par World Vision Canada

le 11 août 2022

Par Ashlyn Nguyen et Negin Amini, Conseil national de la jeunesse de World Vision Canada

L’« action civique » ne se limite pas au vote: elle englobe le militantisme et les occasions qui aident les jeunes à prendre des mesures plus audacieuses pour apporter un changement positif au sein de leur société.

À l’approche de la Journée internationale de la jeunesse des Nations Unies, certaines statistiques nous donnent à réfléchir. Au Canada, les jeunes âgés de 18 à 24 ans affichent systématiquement le taux de participation électorale le plus bas par rapport aux autres groupes d’âge, comme le montrent les données des quatre dernières élections fédérales. Lors de la plus récente élection de 2025, seulement 47 % des jeunes de ce groupe d’âge ont voté, comparativement à un taux de participation global de 69 %. Cet écart persistant souligne le besoin urgent de réengager les jeunes Canadiens dans le processus démocratique.

Cependant, attribuer la faible participation électorale des jeunes à leur apathie et à leur désintérêt pour la politique est une piètre excuse qui risque en fait de marginaliser davantage les jeunes citoyens et de les éloigner encore plus des systèmes politiques. Nous estimons plutôt que le problème réside dans l’accès à des occasions variées et équitables permettant aux jeunes Canadiens de dialoguer avec les décideurs.

Nous posons une question cruciale pour garantir que les générations futures s’engagent de manière significative et substantielle dans notre système politique: comment pouvons-nous offrir un accès suffisant aux ressources nécessaires pour aider les jeunes à concrétiser leurs points de vue et à contribuer à un Canada meilleur?

En réalité, les jeunes constituent le groupe démographique le plus actif sur le plan politique au Canada.

Au lieu d’exercer leur pouvoir par le biais du bulletin de vote une fois tous les quatre ans, les jeunes s’ engagent politiquement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, par l’entremise des médias sociaux — sans doute l’outil le plus puissant d’aujourd’hui pour la défense des causes et la sensibilisation. En effet, près de la moitié des jeunes Canadiens âgés de 15 à 30 ans ont signé une pétition en ligne au cours de la dernière année, et près d’un sur quatre a partagé ses opinions sur des enjeux politiques ou sociaux par l’entremise de forums en ligne ou de sites d’actualités. Bien que les jeunes de 18 à 24 ans aient affiché le taux de participation le plus faible lors des élections fédérales de 2025, avec seulement 47 %, ils demeurent le groupe d’âge le plus actif politiquement en ligne, utilisant les plateformes numériques pour influencer le changement au-delà des urnes.

Cela soulève donc une autre question: si nous sommes si passionnés, pourquoi ne faisons-nous pas entendre notre voix aux urnes?

D’après notre expérience en tant que jeunes nouvellement exposés à la politique, nous avons remarqué que, bien que les jeunes s’expriment haut et fort et fassent preuve de passion, ils ne considèrent pas le vote comme un moyen efficace de faire valoir leurs préoccupations. Les partis politiques ne parviennent pas à proposer des programmes qui interpellent les jeunes. Ces derniers ont des préoccupations spécifiques, mais celles-ci sont souvent absentes des programmes des partis. Par conséquent, les jeunes se détournent du processus électoral et l’apathie des électeurs s’installe.

Vous pourriez alors poser la question suivante aux jeunes: pourquoi ne s’adressent-ils pas directement aux politiciens pour leur faire part de leurs préoccupations?

Afin de réduire les obstacles entre les jeunes et la politique, nous préconisons des investissements accrus pour promouvoir la participation civique des jeunes, notamment par les recommandations suivantes:

Il faut mettre à disposition davantage de ressources de plaidoyer adaptées aux jeunes afin de stimuler leur engagement politique. Notre équipe, le Conseil des jeunes de Vision Mondiale du Canada, mène des actions de plaidoyer en établissant des liens entre les grands enjeux mondiaux et les sujets qui tiennent à cœur aux jeunes Canadiens.

Au cours de notre travail, nous avons constaté un manque de ressources pour guider les jeunes qui souhaitent militer et entrer en contact avec des représentants du gouvernement afin de susciter des changements concrets. C’est pourquoi nous avons élaboré le Cadre de mobilisation politique des jeunes: un guide interactif qui présente les bases permettant aux jeunes de s’engager dans l’activisme social, la participation politique et les processus décisionnels.

Il propose un guide étape par étape expliquant comment tirer parti des atouts des jeunes pour influencer la législation, comment fonctionne le plaidoyer dans le système parlementaire canadien et comment rencontrer un député.

Le cadre propose également une trousse d’outils pour soutenir les jeunes dans leur action. Notre gouvernement doit accroître ses investissements dans des ressources comme le Cadre de mobilisation politique des jeunes afin de stimuler l’engagement civique des jeunes.

L’éducation est essentielle pour encourager les jeunes à s’impliquer davantage dans le discours politique. De plus, l’apprentissage des droits, des obligations et des responsabilités civiques par le biais d’un engagement actif est fondamental pour le développement des jeunes et leur transition vers l’âge adulte.

Les gouvernements et les organismes sans but lucratif peuvent collaborer à l’élaboration de ressources et de matériel éducatif afin de contribuer à réduire les obstacles à l’engagement et à déstigmatiser la présence politique des jeunes.

Par exemple, le programme pour les jeunes lancé en 2018 par le gouvernement canadien constitue un bon point de départ et contribue à encourager les jeunes à faire valoir leur point de vue et à adopter des politiques qui serviront mieux les intérêts des Canadiens. Nous aimerions voir encore plus de ressources et d’occasions pour apporter un véritable changement sur cette question.

Des efforts sont nécessaires pour démystifier les idées fausses concernant le désengagement des jeunes en politique. Il est temps de remettre en question l’idée fausse selon laquelle les jeunes sont désengagés de la politique. Bien que le taux de participation électorale chez les jeunes de 18 à 24 ans n’ait été que de 47 % lors des élections fédérales de 2025 — le plus bas de tous les groupes d’âge —, cela ne reflète pas un manque d’intérêt pour la politique.

En fait, les jeunes Canadiens sont très actifs dans les activités politiques non électorales:

  • 67 % ont cherché de l’information sur des causes politiques.
  • Près de 50 % ont signé des pétitions en ligne.
  • Environ 25 % ont exprimé leurs opinions sur des forums ou des sites d’actualités.
  • Beaucoup ont participé à des marches et à des manifestations.

Ces chiffres montrent que les jeunes sont engagés politiquement — mais pas toujours par le biais des canaux de vote traditionnels. Le gouvernement canadien a reconnu cette évolution et a souligné la nécessité de trouver de nouvelles voies permettant aux jeunes de s’intégrer plus profondément dans la défense des causes politiques et la prise de décision.

S’il est vrai que la participation des jeunes aux institutions politiques officielles est nettement inférieure à celle de la population plus âgée, ce sont pourtant les jeunes qui sont confrontés à la majeure partie des défis sociétaux: les changements climatiques, l’accès à un logement abordable, le financement de l’éducation, l’engagement du Canada dans le développement international pour contribuer à bâtir un monde pacifique, et bien d’autres encore.

À l’occasion de cette Journée internationale de la jeunesse, nous demandons au gouvernement de s’engager encore davantage auprès de notre génération. Nous accordons de l’importance aux ressources, à l’éducation, à la transparence des processus politiques et à l’accès au dialogue pour participer au changement. Nous avons profondément à cœur le Canada et nous voulons être une force autonome, informée et outillée pour apporter un changement positif dans le monde.

Jeunes Canadiens et décideurs, êtes-vous avec nous?