placeholder

Les propos d’une sage-femme en Syrie

Sura n’oubliera jamais le jour où elle a vu une femme en plein travail, souffrant le martyre et sans personne pour l’aider, dans un camp de personnes déplacées en Syrie. C’est ce jour-là qu’elle a décidé de devenir sage-femme.

Écrit par Katie Hackett

le 5 mai 2025

« Je la voyais souffrir et je savais que je devais l’aider. Notre situation financière était désastreuse, et les déplacements constants empêchaient mon mari de trouver un emploi stable. Mais la douleur de cette femme est devenue ma source de motivation. »

Ce sont les mots de Sura*, mère de six enfants dans le nord-ouest de la Syrie. Au cours des dernières années — malgré les bombardements, les déplacements forcés et les tensions familiales —, elle s’est forgé une nouvelle vocation en tant que sage-femme.

Les sages-femmes: un rôle essentiel dans toutes les crises

Le 5 mai, à l’occasion de la Journée internationale des sages-femmes, nous rendons hommage à des femmes comme Sura. Pour d’innombrables familles à travers le monde, les sages-femmes sont des figures irremplaçables, qui aident les bébés à venir au monde et accompagnent les mères pendant certains des moments les plus fragiles de notre existence. Le métier de sage-femme est unique et exceptionnel.

Le thème de 2025, « Les sages-femmes: un rôle essentiel dans toutes les crises », met en lumière celles qui travaillent dans les conditions les plus difficiles — au milieu des catastrophes naturelles, des conflits et dans les régions dévastées par les changements climatiques.

Deux femmes vêtues d’un niqab noir — dont l’une porte une blouse médicale blanche — tiennent un nourrisson entre elles.

Sura apporte son soutien à une mère qui vient d'accoucher au centre de santé.

Le parcours de Sura vers la profession de sage-femme

C’est au milieu du chaos du conflit qui ravage la Syrie que Sura a ressenti l’appel à la profession de sage-femme.

« Notre village était autrefois un lieu de vie », se souvient Sura, « mais les bombardements répétés l’ont transformé en un lieu de terreur. Le jour où nous sommes finalement partis, un obus a atterri juste devant notre maison, faisant trembler le sol sous nos pieds. Nous n’avions d’autre choix que de fuir. »

Accompagnée de son mari et de ses enfants, Sura s’est installée dans un camp pour personnes déplacées. Parfois, lorsque la situation semblait plus sûre, ils retournaient chez eux, pour devoir fuir à nouveau lorsque les bombardements reprenaient inévitablement. « La sécurité n’était jamais garantie. »

Une fois qu’ils eurent retrouvé une certaine stabilité à Idlib, à environ 60 kilomètres d’Alep, Sura s’est inscrite à un institut de formation de sages-femmes.

« Malgré tout, j’ai obtenu mon diplôme », raconte Sura. Cela n’a pas été facile. Des membres de la famille déplacés étaient venus s’installer chez eux, et Sura était submergée de responsabilités de toutes parts. Mais à travers tout cela, un souvenir de son séjour au camp hantait Sura et la poussait à aller de l’avant.

« Une femme a commencé à accoucher, et il n’y avait aucune sage-femme dans les parages. Elle a souffert pendant des heures jusqu’à ce que quelqu’un trouve enfin un véhicule pour l’emmener à l’hôpital », se souvient-elle. « La souffrance de cette femme est devenue ma force motrice. »

Un nouveau-né endormi est bercé par un professionnel de la santé portant des gants.

Ce que Sura préfère dans son travail, c’est le moment où elle remet un nouveau-né dans les bras de sa mère.

Persévérer pour exercer un métier qu’elle aime

Après avoir obtenu son diplôme, Sura a trouvé un emploi dans un centre de santé soutenu par l’intervention de World Vision en Syrie, par l’intermédiaire de notre partenaire, l’organisation Shafak. Le projet vient en aide à plus de 20 000 personnes, notamment des femmes et des enfants, en leur offrant des consultations médicales, des services d’accouchement, des séances d’éducation en santé, des suppléments de micronutriments et des dépistages de la malnutrition.

Sura adore ça.

« Le meilleur moment, c’est quand je remets un nouveau-né à sa mère. Pendant cette brève seconde, tout le poids de la situation s’estompe — la fatigue, les difficultés — tout disparaît. »

Garder espoir — pour les autres femmes et pour elle-même

« À toutes les filles et toutes les femmes qui entendent mon histoire, dit Sura, je vous exhorte à ne jamais cesser d’apprendre, quelles que soient les difficultés auxquelles vous faites face. »

Sura recommande le métier de sage-femme, qu’elle décrit comme un métier qui a du sens, épanouissant et où les femmes peuvent s’épanouir.

« Mon plus grand espoir est que toutes les femmes restent en sécurité et en bonne santé », dit Sura. « Mais mon souhait personnel, celui qui me tient le plus à cœur, c’est de rentrer chez moi, dans le village où j’ai grandi. J’ai très envie de revoir les endroits où se trouvent mes plus beaux souvenirs. Peut-être qu’un jour, nous y retournerons. »

*Le nom a été modifié pour protéger l’identité de la personne.

« Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le moment où je remets un nouveau-né à sa mère. Pendant cette brève seconde, tout le poids de la situation s’estompe — la fatigue, les difficultés — tout disparaît. »