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Jouer, gagner et faire une différence : le sport au service du changement social

Le sport peut-il favoriser la paix? Découvrez des récits tirés des Jeux olympiques de l'Antiquité, de la Première Guerre mondiale et de la diplomatie moderne à travers le sport.

Écrit par Mauro Flammini

le 2 juin 2026

Voici une expérience.

Prenez 10 personnes, toutes d’horizons, d’expériences, de croyances et de langues différents. Placez-les ensemble dans un champ, sans instructions, sans traduction et sans indications.

Il y a fort à parier qu’il ne se passera pas grand-chose.

Maintenant, donnez-leur un ballon de soccer. Ou placez-les sur la ligne de départ d’une course. Ou donnez-leur des raquettes, un filet et un volant. Tout à coup, ils se comprennent:

  • Je te passe le ballon, et tu me le renvoies.
  • Courons pour voir qui est le plus rapide.
  • Tu te tiens d’un côté du filet, je me tiens de l’autre, et on va se renvoyer le volant.

Dix personnes dont le seul point commun est peut-être « tu n’es pas comme moi » travaillent désormais ensemble. Elles jouent ensemble. Elles s’amusent ensemble. Elles s’encouragent, célèbrent leurs succès et se félicitent mutuellement.

Puis, un changement subtil s’opère.

Ce ne sont plus des étrangers. Ils ne sont plus définis avant tout par leurs différences.

Au contraire, elles deviennent des personnes qui:

  • ont fait une passe parfaite au soccer;
  • ont couru à tes côtés aussi vite que leurs jambes le leur permettaient;
  • ont envoyé le volant avec fougue dans le filet et en ont ri.

Le sport n’efface pas les différences. Mais à son meilleur, il crée un cadre où les différences peuvent exister sans crainte.

Cette structure, soit dit en passant, porte un autre nom:

la paix.

Le sport peut-il favoriser la paix?

Au Sri Lanka, une adolescente manie une batte de cricket de fortune tandis que d’autres jeunes l’observent depuis le bord du terrain.

Au Sri Lanka, le cricket est un sport populaire auprès de toutes les générations. Les communautés se rassemblent autour des résultats de l’équipe nationale — et des progrès réalisés par leurs propres enfants à mesure qu’ils apprennent à jouer. (Photo : World Vision)

En fait, l’idée d’utiliser le sport pour promouvoir la paix n’est pas nouvelle.

Avant que les Jeux olympiques ne soient commandités par une marque, présentés par une autre et accompagnés de considérations promotionnelles d’une troisième, tout a commencé avec l’ Ekecheiria.

Une trêve. Un armistice.

Annoncée par des messagers appelés spondophoroi, l’ Ekecheiria était un appel lancé aux cités-États belligérantes pour qu’elles déposent les armes et permettent le passage en toute sécurité des athlètes et des artistes, des partisans et des spectateurs vers Olympie.

Les frontières s’ouvraient. Les combats cessaient. Les rivaux s’asseyaient côte à côte dans un stade dont les ruines sont encore visibles aujourd’hui pour acclamer:

  • Le plus rapide.
  • Le plus haut.
  • Le plus fort.
  • Le plus lointain.

Il y a des milliers d’années, Sparte combattait Athènes, et Corinthe combattait Thèbes, pour le pouvoir, le territoire, les ressources et l’influence.

Mais les hérauts de l’ Ekecheiria rappelaient aux Spartiates, aux Athéniens, aux Corinthiens et aux Thébains qu’ils partageaient tous quelque chose de plus grand que leurs divisions: une identité grecque commune qui s’exprimait à travers le sport.

Même dans un monde divisé et marqué par les conflits, le sport a créé des moments exceptionnels où les gens pouvaient se rassembler pacifiquement autour d’une expérience partagée.

Et aujourd’hui, des milliers d’années plus tard, le sport a toujours le pouvoir de transcender les frontières, les langues et les idéologies.

Quand le sport rassemble les gens: une lettre envoyée de la ligne de front vers la patrie

Photo illustrant l'article

Lors de la trêve de Noël de 1914, des soldats ennemis ont déposé les armes et disputé un match amical de soccer, ou de football, dans le no man’s land. La sculpture *All Together Now* d’Andy Edwards illustre cet événement historique (Source de la photo : banque d’images).

Ce qui suit est le récit fictif d’un soldat fictif sur la trêve de Noël de 1914 .

Le 25 décembre 1914: quelque part près d’Ypres, en Belgique

À maman et papa,

Je vous écris en ce jour de Noël. Mais un événement extraordinaire s’est produit hier.

À mon réveil hier, les Allemands étaient encore nos ennemis. Pourtant, tout ce que nous faisions, c’était rester assis dans des tranchées glaciales à nous regarder les uns les autres depuis le no man’s land, tout en échangeant des salves de tirs incessantes.

Pouvez-vous imaginer une telle chose? La veille de Noël, rien de moins!

Quand les tirs se sont calmés, on a d’abord entendu des chants. Vraiment! Ça ne faisait aucun doute. Thomas, qui se tenait à côté de moi, m’a chuchoté: « Ils chantent des chants de Noël. Tu les reconnais? »

Oui.

Douce nuit. O Come All Ye Faithful. Je reconnaissais chaque mélodie et connaissais chaque mot. Nous avons chanté les uns pour les autres par-delà le no man’s land, et une pensée m’a traversé l’esprit: en quoi sommes-nous si différents si nous chantons tous les mêmes chants de Noël?

Je n’ai toujours pas de réponse.

Puis, des âmes courageuses sont sorties des tranchées. L’une après l’autre.

J’ai fait de même, puis j’ai marché prudemment jusqu’au milieu. Je sens encore le sol gelé et les obus d’artillerie brisés sous mes bottes. Nous avons ri. Nous nous sommes serré la main. Nous avons échangé des cigarettes. Quelqu’un m’a tendu du chocolat allemand qui, je n’ai désormais plus aucune honte à l’admettre, est plus riche et plus sucré que tout ce que j’ai goûté chez moi.

Puis, enfin, d’une manière ou d’une autre, un ballon de soccer est apparu.

Oui, un ballon de soccer. Tiens!

Qui l’a sorti ou qui l’a frappé en premier, je ne saurais le dire. Mais à sa vue, aucun d’entre nous n’avait besoin d’instructions. Ni d’ordres. Ni de permission. On se comprenait tout simplement… et on savait quoi faire.

Un terrain de fortune a été tracé dans la boue. Des poteaux de but ont été bricolés à partir de morceaux de bois. Et les hommes qui avaient passé des semaines à se tirer dessus avec des fusils – et je me compte parmi eux – se sont répartis en équipes et ont commencé à crier pour se passer le ballon.

Au début, c’était les Allemands contre les Anglais.

Puis, nous avons joué côte à côte. Allemands et Anglais. En tant que coéquipiers!

On riait des coups de pied ratés. On glissait dans la boue. On applaudissait les bonnes passes, peu importe qui les faisait. À un moment donné, j’ai fait une sacrée chute. Un soldat allemand nommé Franz m’a remis sur pied d’une poigne ferme et d’un sourire si chaleureux qu’il aurait pu faire fondre la neige elle-même.

Maman et papa, je dois vous dire que, pendant un court moment du moins, la guerre a disparu.

Pas complètement. Pas tout à fait. Elle planait comme un spectre sous la forme de nos fusils posés sur la neige. Ou de l’artillerie qui se profilait au-delà du brouillard.

Et ça me fait mal de penser qu’hier encore, on riait ensemble autour d’un ballon de soccer usé et boueux. Et qu’aujourd’hui, on pourrait bien recevoir l’ordre de tirer les uns sur les autres.

J’aimerais pouvoir comprendre pourquoi. Pourquoi devons-nous être ennemis alors que nous pourrions être, et que nous sommes, tant plus ensemble?

Je craignais que le jour de Noël n’arrive sans son esprit.

Mais d’une manière ou d’une autre, il nous a quand même trouvés — sous la forme d’un ballon de soccer usé et d’un terrain boueux.

Sincèrement, ton fils, George

Le sport ne met pas fin aux conflits…

Ébauche sans titre - 6

Ébauche sans titre - 6

L’équipement sportif ne peut pas éliminer la pauvreté ni inverser les effets des changements climatiques. Une course de relais ne peut pas mettre fin à la faim qui sévit depuis des générations ni fournir de l’eau potable. À eux seuls, les ballons de sport ne garantissent ni l’égalité entre les sexes ni la justice sociale.

Ce que le sport peut faire, cependant, c’est humaniser et égaliser. Rappelez-vous:

  • L’ Ekecheiria rappelait aux Spartiates, aux Athéniens, aux Corinthiens et aux Thébains qu’ils partageaient une identité grecque commune.
  • Un vieux ballon de soccer usé par les intempéries, pendant la trêve de Noël, a brièvement transformé des soldats ennemis en coéquipiers rieurs.

« Tu n’es pas comme moi » devient « Je suis exactement comme toi ». Même si ce n’était que temporaire.

... mais le sport peut favoriser la paix

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Deux enfants en uniforme scolaire jouent au basket-ball dehors.

Aujourd’hui, bon nombre des contextes les plus fragiles au monde ne sont pas uniquement le résultat d’un manque de ressources. Ils sont également le fruit de relations fracturées ou mal comprises entre les gens.

Entre les communautés.

Entre les nations.

Le sport ne peut remplacer la diplomatie, la justice ou les efforts de consolidation de la paix. Mais il peut créer des moments de confiance mutuelle. Et parfois, ces moments prennent une ampleur bien plus grande:

  • En 1995, un an après la fin de l’apartheid, une Afrique du Sud divisée s’est unie derrière l’équipe nationale de rugby lors de la Coupe du monde de rugby. Lorsque l’équipe a remporté le tournoi, des millions de Sud-Africains, noirs et blancs, ont célébré cette victoire et une vision commune de l’avenir du pays.
  • En 2018, des athlètes olympiques de la Corée du Nord et de la Corée du Sud ont défilé sous un drapeau unifié et ont formé une équipe conjointe de hockey féminin. Les Jeux n’ont pas unifié la péninsule coréenne, mais ils ont créé un moment de rapprochement entre des rivaux politiques et idéologiques acharnés.

C’est peut-être pour cela que Nelson Mandela a dit un jour:

  • « Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’inspirer, le pouvoir d’unir les gens comme peu d’autres choses le font. Il s’adresse aux jeunes dans un langage qu’ils comprennent. Le sport peut faire naître l’espoir là où il n’y avait autrefois que le désespoir. Il est plus puissant que les gouvernements pour briser les barrières raciales. Il se moque de toutes les formes de discrimination. Le sport est le jeu des amoureux. »

Non pas parce que le sport efface les différences.

Mais parce que, dans sa forme la plus pure, il nous rappelle que notre humanité commune peut encore être plus grande qu’elles.