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Six ans dans l'incertitude, et ce n'est pas fini

Une grave sécheresse a contraint Udugow et sa famille à quitter leur foyer, dans le sud-ouest de la Somalie. Si la situation ne change pas, ils n’ont pas l’intention d’y retourner.

Écrit par Katie Hackett

le 8 mars 2024

Quand on lui demande ce qui la rend heureuse, Udugow répond comme toutes les matriarches que j’ai connues.

« Quand mes enfants sont heureux, ça me rend heureuse. Leur bonheur, c’est mon bonheur. »

Et qu’est-ce qui lui fait peur? « Le contraire: quand je ne peux pas subvenir aux besoins de ma famille. »

Elle dit cela en berçant son petit-fils, Sadak, dans ses bras, assise sur un tabouret de bois bas dans son abri de fortune au campement d’Awal Barwaago pour personnes déplacées à l’intérieur du pays. À l’approche de la Journée internationale des femmes, ce sont des femmes comme Udugow auxquelles je pense. Des femmes qui se mobilisent pour relever des défis qu’elles n’auraient jamais souhaités.

Chassées de chez elles par la sécheresse

« Si je me souviens bien, quand j’étais petite, les saisons de sécheresse n’étaient pas aussi fréquentes et les puits ne s’asséchaient pas », explique Udugow.

C’est une journée chaude, sèche et venteuse — typique d’un mois de janvier à Baidoa, en Somalie. Depuis six ans, Udugow, âgée de 45 ans, et sa famille vivent dans ce camp. Une grave sécheresse les a chassés de leur foyer dans le district de Wajid, situé à environ 90 kilomètres de là.

« Au moment où nous avons décidé de partir, les puits étaient à sec, les champs étaient desséchés et il n’y avait plus aucune récolte », explique-t-elle. « Nous n’avions plus rien à manger. »

Se construire une nouvelle vie dans l’incertitude

Udugow et son mari Ibrahim ont deux filles adultes, âgées de 20 et 18 ans, ainsi qu’un fils de cinq ans. Ibrahim gagne de l’argent comme il peut, généralement en tant que transporteur à dos d’âne. Udugow ramasse et vend du bois de chauffage une fois par semaine, parcourant deux heures à pied jusqu’à la périphérie de Baidoa.

« Ce n’est pas grand-chose, ce que je gagne après tous ces efforts », admet-elle, « mais c’est ce sur quoi je compte pour l’instant pour mettre de la nourriture sur la table. »

Udugow a une autre préoccupation particulière qui lui pèse sur le cœur: sa fille, Faduma. Depuis que le mari de Faduma l’a abandonnée, elle et ses enfants vivent désormais avec Udugow et Ibrahim.

« Vous voyez que j’ai des petits-enfants. Ils sont jeunes. Ils ont beaucoup de besoins », explique Udugow. « En tant que mère, je ne supporte pas de voir ma fille traverser cette épreuve toute seule. »

Le fardeau de prendre soin de ses enfants et de ses petits-enfants pèse lourdement sur les épaules d’Udugow, et les conditions de vie difficiles ne font qu’aggraver la situation: « Vous pouvez également constater la situation en matière de logement ici et comprendre par vous-même que les choses sont difficiles. »

Malgré ces lourds fardeaux, Mme Udugow préfère cette vie à celle qu’ils ont laissée derrière eux.

« La vie ici est meilleure », affirme-t-elle avec conviction, « même si nous sommes loin de chez nous et que ma maison me manque, au moins ici, on reçoit de l’aide. »

Le soutien de Vision Mondiale et d’Affaires mondiales Canada

Mme Udugow se souvient de son arrivée au camp il y a six ans. World Vision a été la première organisation qu’elle a rencontrée. Elle se rappelle avoir reçu à l’époque de la nourriture, des médicaments et de l’eau.

Un point de collecte d’eau situé à 100 mètres de chez elle, financé par Affaires mondiales Canada, assure un approvisionnement constant en eau depuis qu’ils vivent ici. Udugow explique qu’elle remplit chaque jour six contenants de 20 litres.

Ses deux petits-enfants fréquentent un espace adapté aux enfants, également soutenu par Affaires mondiales Canada, où ils apprennent, jouent et reçoivent des collations. (Selon l’animateur de World Vision, cela pourrait être la seule nourriture que certains enfants reçoivent de toute la journée.)

Dans le cadre d’un projet de Vision Mondiale, la fille d’Udugow, Faduma, a également suivi une formation professionnelle où elle a appris les techniques de teinture par nouage et l’application de maquillage au henné. Elle espère que cela lui procurera une autre source de revenu à l’avenir.

Motivée par sa famille et sa foi

Mme Udugow considère sa foi comme une source majeure de force. Chaque fois qu’elle a peur ou qu’elle fait face à des difficultés, elle prie.

« La vie n’a pas été facile pour nous, mais je trouve encore de l’espoir et de l’inspiration quand je regarde mes enfants et mes petits-enfants », dit-elle.

Retourneront-ils un jour chez eux? Udugow n’en est pas certaine.

« Les problèmes qui nous ont poussés à partir au départ sont toujours là », dit-elle. « Peut-être qu’un jour, je pourrai envisager de rentrer si tout cela disparaît. »