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Le pouvoir intérieur : les filles peuvent être à l’origine d’une transformation communautaire

Partout au Mozambique, les filles participant au projet « Every Girl Can » démontrent que l’égalité entre les sexes n’est pas un objectif lointain, mais qu’elle est déjà une réalité. Leur leadership remet en question les normes de genre néfastes et favorise la transformation de leur communauté.

Écrit par World Vision Canada

le 9 octobre 2025

Par Francesca Olusola, gestionnaire des subventions chez World Vision Canada, et Adeyinka Onabolu, spécialiste technique en protection, égalité des sexes et inclusion chez World Vision Canada

Ludmila s’élève contre la violence fondée sur le genre

À 15 ans, Ludmila a refusé de fermer les yeux sur la douloureuse réalité des taux élevés de violence sexuelle et sexiste dans sa communauté. Elle savait qu’elle voulait s’exprimer, mais elle avait d’abord besoin des connaissances et des outils nécessaires pour que sa voix soit entendue.

Cette détermination a conduit Ludmila à se joindre au Comité directeur des adolescentes (ASC) du projet Every Girl Can (EGC), où elle a reçu une formation, a pris confiance en elle et a compris comment mettre en pratique ses nouvelles connaissances.

Depuis, Ludmila est devenue un moteur de changement. Elle raconte que l’une de ses expériences les plus enrichissantes a été d’aider une jeune fille qui avait abandonné l’école en raison d’une grossesse précoce. Elle l’a aidée à reprendre ses études. Ce moment a renforcé la détermination de Ludmila à continuer de militer contre la violence fondée sur le genre. Aujourd’hui, Ludmilla contribue à réduire la violence, les mariages précoces et les grossesses chez les adolescentes au sein de sa communauté.

Ludmila devient membre du comité directeur des adolescents de l’initiative « Every Girl Can »

Ludmila, 15 ans, se voit remettre un certificat de participation pour son rôle au sein du comité directeur des adolescents. (Crédit photo : World Vision Mozambique)

Surmonter les obstacles à l’égalité entre les sexes

Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, les filles comme celles de la communauté de Ludmila font face à de graves défis, notamment le mariage précoce, les pratiques sexuelles à risque, la violence fondée sur le genre, l’exploitation et le manque de possibilités. Des normes culturelles et sociales profondément enracinées réduisent souvent les adolescentes et les jeunes femmes au silence, les empêchant de participer aux décisions qui touchent leur propre vie, même si leurs droits sont protégés par les lois internationales, régionales et nationales.

Les normes de genre néfastes sous-estiment les capacités et les droits des filles et des femmes, limitant ainsi leurs choix, leurs possibilités, leur autonomie, leur mobilité et leur accès à l’information et aux services. Pourtant, nous savons que lorsque les adolescentes renforcent leur autonomie, leur voix et leur pouvoir, elles acquièrent la confiance nécessaire pour remettre en question ces normes et défendre leurs droits ainsi que l’égalité entre les sexes.

Lorsque les filles prennent les devants, les communautés changent

Dans le cadre du projet EGC, le fait que les filles mènent le changement n’est pas une simple aspiration; c’est une intention délibérée. Le projet reconnaît les filles et les jeunes femmes comme une formidable force de changement et veille donc à ce qu’elles soient soutenues et entendues. L’une des façons dont le projet y parvient est par l’intermédiaire de son comité directeur des adolescents (ASC), composé de 16 filles et de neuf garçons âgés de 12 à 19 ans, dont une fille ayant un handicap.

Loin d’être purement symbolique, le CPD veille à ce que les voix et les intérêts des adolescentes et des jeunes femmes éclairent et façonnent les interventions de l’EGC. Les filles membres du CPD sont également devenues des porte-parole de l’égalité des sexes au sein de leurs communautés.

Comité directeur des adolescents

Un membre du comité directeur des adolescents anime une activité de sensibilisation communautaire avec ses pairs. (Crédit photo : World Vision Mozambique)

Le leadership des jeunes filles en action: exiger la reddition de comptes

En collaboration avec le personnel du programme, les organisations de défense des droits des femmes (ODDF), les ministères et les dirigeants locaux, les jeunes filles membres de l’ASC ont animé 498 séances de dialogue communautaire au sein de leurs collectivités.

Ces séances abordent des sujets délicats comme le mariage précoce, les rites d’initiation et la santé reproductive des adolescentes, et orientent les participantes vers divers services de soutien.

En plus de s’attaquer aux aspects néfastes des rites d’initiation liés à la violence sexuelle, au mariage précoce et aux mutilations génitales féminines, les jeunes filles exigent que des comptes soient rendus dans les cas de violence et de harcèlement sexuels en milieu scolaire. En mettant ces enjeux en lumière, elles militent pour des systèmes plus solides et plus réactifs qui les protègent, elles et leurs pairs.

Bâtir des communautés résilientes face aux changements climatiques

Le leadership dont font preuve les membres de l’ASC va au-delà de la promotion de l’égalité des sexes: il s’étend à la collaboration avec les dirigeants locaux en vue de leur inclusion dans la prise de décision communautaire et la résilience face aux changements climatiques.

En collaboration avec les dirigeants locaux et les représentants du gouvernement, les membres de l’ASC ont élaboré conjointement 74 plans de préparation aux situations d’urgence qui contribuent à atténuer l’impact des catastrophes naturelles.

Ces plans prévoient notamment la cartographie d’itinéraires d’évacuation alternatifs, la formation des membres aux mesures de contrôle et d’atténuation des risques, ainsi que la coordination avec les autorités de district afin d’assurer une intervention rapide et organisée face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

L’ASC veille à ce que les collectivités soient plus sécuritaires, plus résilientes et mieux préparées aux situations d’urgence. Lors du dernier cyclone au Mozambique, ces plans ont servi de points de référence pour les interventions d’urgence, preuve que lorsque les filles prennent les devants, tout le monde en profite.

L’égalité des sexes, c’est ici et maintenant

La promotion du leadership des filles n’est pas sans défis. L’ASC a dû faire face à la résistance et aux hésitations des dirigeants communautaires. Cependant, grâce à la persévérance et à un dialogue continu, un changement s’est opéré, accompagné d’un nombre croissant de plateformes communautaires de soutien qui favorisent le leadership et l’autonomisation des filles.

Des groupes comme l’EGC ASC illustrent parfaitement le thème de la Journée internationale de la fillette de cette année: lorsque les filles se voient offrir la tribune, les outils et la confiance nécessaires pour diriger, elles transforment non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leur communauté.

Leurs réalisations nous rappellent que l’égalité entre les sexes n’est pas un rêve lointain; elle est déjà une réalité.

« Every Girl Can » est un projet quinquennal (2021-2026) mené au Mozambique. Il vise à aider les filles et les jeunes femmes, âgées de 8 à 24 ans, à vivre à l’abri de la violence et de la discrimination fondées sur le genre. Le projet fait la promotion de l’égalité des sexes et des droits des femmes en travaillant en étroite collaboration avec les communautés locales, le gouvernement et la société civile. Il est financé par Affaires mondiales Canada et mis en œuvre avec des partenaires tels qu’ActionAid et HOPEM.