Les six conseils de ma famille pour réduire le gaspillage alimentaire
Katie Hackett, rédactrice chez World Vision Canada et mère de deux enfants, partage les six conseils de sa famille pour réduire le gaspillage alimentaire alors que la crise alimentaire mondiale s’aggrave.
Écrit par Katie Hackett
le 7 octobre 2024
Je baisse les yeux vers le contenant en plastique violet que je tiens dans mes mains. Mes épaules se crispent. La colère monte déjà.
Encore une fois.
Les fraises, qui étaient fermes et juteuses ce matin, se sont transformées en une bouillie rouge au fond de la boîte à lunch de ma fille.
« Pourquoi tu ne les as pas mangées? », lui demandé-je avec une exaspération qui s’accumule depuis des semaines, voire des mois.
« C’est gluant! »
« Elles ne l’étaient pas ce matin », dis-je d’un ton sec. Puis j’ajoute: « Dans cette famille, on ne jette pas la nourriture. »
Ma chère petite fille, insaisissable et impénitente, est déjà en train de s’enfuir, mais le « J’ai droit à une gâterie? » qu’elle me lance avec un clin d’œil par-dessus son épaule, c’en est trop pour moi.
Le sermon que je lui sers est tout à fait banal, perfectionné par une génération de parents qui m’ont précédée, à tout le moins. « Tu sais qu’il y a des enfants qui meurent — vraiment, qui meurent — parce qu’ils n’ont pas assez à manger? »
Et ça continue encore un bon moment. Je ne suis pas fière de moi. Je ne vais pas changer les cœurs de cette façon.
Avec un soupir, je me retourne vers mon ordinateur portable alors que ma journée de travail touche à sa fin. Mon curseur clignote à mi-chemin d’un article de 3 000 mots sur la crise alimentaire mondiale actuelle. Des larmes de chagrin et de frustration me montent aux yeux, où elles ont plané toute la journée.
Il est difficile de concilier des réalités aussi disparates.
Sur mon écran, je lis les mots de Zoenabo, une mère de six enfants au Burkina Faso. Elle a pris ses enfants et a fui l’inimaginable lorsque des groupes armés ont attaqué son village, tuant des gens, incendiant les greniers et décimant leurs réserves alimentaires. « On n’a rien emporté, pas même une tasse », raconte Zoenabo à propos de leur fuite, avant de décrire en détail les moyens inhabituels qu’elle utilise désormais pour se procurer de la nourriture. Lorsqu’elle ajoute: « La vie ici, en tant que personne déplacée, n’est pas facile », ses mots semblent en rester en deçà de la réalité.
Zonaebo et son enfant ont reçu une trousse d’aide d’urgence et une aide financière de World Vision. (Burkina Faso, 2023)
Le gaspillage alimentaire inutile dans un contexte de crise alimentaire mondiale
La faim dans le monde n’est pas un problème nouveau, mais ces dernières années, elle a augmenté à un rythme sans précédent — résultat de la convergence de multiples facteurs, notamment les conflits et l’insécurité, les chocs et les pressions économiques, ainsi que les phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par les changements climatiques.
Selon l’ONU, 17 % de la production alimentaire mondiale totale est gaspillée dans les ménages, le commerce de détail et le secteur de la restauration. Et cela s’ajoute aux 13 % de nourriture perdue avant même d’arriver en épicerie. (Au Canada, les chiffres sont encore plus alarmants: une étude menée par Second Harvest révèle que près de 60 % de la nourriture produite pour les Canadiens — soit 35,5 millions de tonnes — est perdue ou gaspillée chaque année.)
Savoir qu’un tiers de la nourriture mondiale est gaspillée alors qu’environ neuf millions de personnes (dont plus de trois millions d’enfants) meurent chaque année de causes liées à la faim semble être le comble de l’injustice.
L’ONU a désigné le 29 septembre comme la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et au gaspillage alimentaires afin d’attirer l’attention sur cette injustice grave et de trouver des solutions.
Six habitudes que ma famille adopte pour réduire notre gaspillage alimentaire
Mes enfants connaissent notre position sur le gaspillage alimentaire. Et nous nous efforçons de les élever pour qu’ils deviennent des personnes qui comprennent l’importance de leurs choix, et comment ces choix ont une incidence sur les autres. Dans les moments où je suis la plus fière, nos conversations sont réfléchies et adaptées à leur âge. Je mise sur l’empathie et la responsabilité, et non sur la culpabilité. Mais parfois, mes deux rôles principaux dans la vie — celui d’auteure pour Vision Mondiale du Canada et celui de mère de deux jeunes enfants dont les caprices alimentaires changent toutes les deux semaines — s’entrechoquent d’une manière qui rend la situation difficile à gérer.
Tout en m’efforçant d’adopter des approches nuancées dans nos discussions familiales sur l’alimentation, la pauvreté et la responsabilité mondiale, ma famille a mis en place quelques pratiques qui contribuent à réduire au minimum la quantité de nourriture jetée chez nous.
Voici six habitudes que nous avons adoptées au fil des ans et qui nous aident à réduire notre gaspillage alimentaire.
1. Nous nous engageons à suivre un plan de repas hebdomadaire.
Pour moi, c’est ce qui fait toute la différence. Non seulement la planification des repas réduit le gaspillage alimentaire, mais elle aide aussi ma famille à respecter son budget, évite la fatigue décisionnelle à l’épicerie et élimine les courses de dernière minute qui sont si agaçantes. Je l’admets: m’asseoir pour planifier les repas chaque dimanche est une corvée, mais je ne le regrette jamais. Nous planifions à l’avance trois ou quatre soupers principaux par semaine, en privilégiant les recettes qui permettent d’avoir des restes, et nous sollicitons également les idées (comprendre: l’adhésion) des enfants. De nombreuses applications et influenceurs proposent leur aide à cet égard, mais un stylo et un calendrier hebdomadaire me suffisent amplement.
2. On prépare des smoothies avec les fruits et légumes qui ont dépassé leur apogée.
Chez nous, les fruits rejetés de la boîte à lunch, les bananes tachetées et les baies qui se fanent finissent tous dans le congélateur. Quand on en a assez, on prépare des smoothies et des sucettes glacées maison. Bizarrement, les enfants ne s’en plaignent jamais. 😉
3. On achète des salades vertes qui peuvent aussi être cuites ou mixées.
Il n’y a rien de pire que de voir son mélange printanier, acheté avec les meilleures intentions, finir dans le compost après être devenu visqueux et avoir été délaissé au fond du réfrigérateur. Si j’ai le moindre doute quant à ma capacité à m’en tenir à la salade, j’achète des légumes verts à feuilles robustes comme les épinards et le chou frisé, qui peuvent être utilisés de multiples façons: frais, sautés ou mixés dans des smoothies.
4. On essaie des applications qui aident à réduire le gaspillage alimentaire.
Il existe plusieurs applications de lutte contre le gaspillage alimentaire à la disposition des Canadiens. Celles-ci vous permettent d’acheter à prix réduit des surplus alimentaires encore comestibles, des aliments imparfaits ou des aliments dont la date de péremption approche, ce qui évite qu’ils ne finissent dans les sites d’enfouissement. FlashFood a bien fonctionné pour ma famille, mais d’autres options existent — comme Olio, qui vous aide à donner à vos voisins les aliments que vous n’utilisez pas, par exemple lorsque vous essayez de vider le réfrigérateur avant de partir en voyage.
5. Nous cultivons nos propres aliments.
En plus de nombreux autres avantages, cultiver un potager dans notre cour nous a permis de réduire nos dépenses d’épicerie et de limiter nos visites au magasin pendant les mois d’été. Lorsque nous cultivons nos propres produits, nous les apprécions davantage et nous nous efforçons de les utiliser de façon créative et de partager cette abondance (bonjour, la saison des courgettes!). Tout le monde n’a pas la place d’aménager un jardin complet, mais même un pot d’herbes aromatiques sur le rebord de la fenêtre ou un plant de tomates sur le balcon fera une différence.
6. Nous composons autant que possible.
J’ai l’impression de donner une seconde vie à nos restes alimentaires en les compostant et en enrichissant le sol de notre cour et de nos plates-bandes. Vous n’avez pas de cour? Assurez-vous au moins de participer au programme de compostage de votre municipalité plutôt que d’envoyer vos restes alimentaires dans des sacs à la décharge, où ils contribuent à plus d’émissions de méthane que tout autre matériau mis en décharge.
D’autres moyens de lutter contre la faim et de soutenir la sécurité alimentaire mondiale
Réduire le gaspillage alimentaire est une mesure importante que nous devrions tous prendre pour soutenir la sécurité alimentaire mondiale, mais il en existe bien d’autres.
En voici quelques-unes:
- Se tenir informé en se documentant sur la situation de la faim et de la nutrition dans le monde.
- Faire un don à une banque alimentaire locale. Alors qu’un nombre record de personnes au Canada dépendent désormais de l’aide alimentaire, nos banques alimentaires ont du mal à suivre le rythme.
- Se joindre à l’action de Vision Mondiale contre la faim en venant en aide aux enfants et aux familles qui en ont un besoin urgent.
Je suis fière de travailler pour Vision Mondiale du Canada, notamment en raison de notre solide bilan en matière d’aide alimentaire. Je sais que notre travail est rentable, mené à grande échelle et qu’il sauve des vies. Grâce à nos programmes menés en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, un enfant ou un adulte reçoit de l’aide alimentaire toutes les secondes, et près de 10 vies sont sauvées chaque jour.
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