Le mois de la santé mentale chez les hommes : quand a-t-il lieu et pourquoi est-ce important?
Le Mois de la santé mentale des hommes met en lumière les pressions auxquelles les hommes sont confrontés, la stigmatisation qui les pousse au silence et les conséquences réelles lorsqu’on leur vient en aide trop tard.
Écrit par Wolston Lobo
le 7 mai 2026
Chaque semaine au Canada, environ 63 hommes se suicident. La plupart d’entre eux n’ont jamais demandé d’aide. Non pas parce qu’aucune aide n’était disponible, mais parce qu’à un moment donné, ils ont appris que demander de l’aide n’était pas une chose que font les hommes.
Et pour plusieurs, ça ne commence pas par une crise. Ça commence de façon beaucoup plus discrète que ça.
Vais-je garder mon emploi l’année prochaine? Cette nouvelle guerre entre l’Iran et les États-Unis va-t-elle faire grimper mon hypothèque ou mon loyer, le prix de l’essence? Mes enfants s’en sortiront-ils bien? Vous connaissez ce sentiment où quelque chose ne va pas, mais que vous ne pouvez pas mettre des mots dessus? Ce n’est pas exactement de la maladie. Ce n’est pas exactement de la tristesse. C’est juste un poids.
Vos épaules sont tendues avant même que vous ne sortiez du lit. Votre esprit se prépare déjà à tout ce qui pourrait mal tourner. Vous êtes fatigué, mais pas de cette fatigue que le sommeil peut dissiper. La plupart des hommes reconnaissent ce sentiment. Très peu en parlent.
Un homme confronté à des difficultés financières a l'air abattu. Crédit photo : Patricia Bozan via Pexels.
La santé mentale des hommes est un enjeu majeur au Canada et partout dans le monde. Un sondage mené en 2025 par la Fondation canadienne pour la santé des hommes a révélé que:
- 64 % des hommes ont déclaré souffrir d’un niveau de stress modéré à élevé
- 23 % présentaient un risque de dépression modérée à grave
- 50 % étaient à risque d’isolement social
- 67 % n’avaient jamais demandé d’aide professionnelle en santé mentale
Ces chiffres montrent que de nombreux hommes souffrent en silence, même s’ils semblent aller bien en apparence.
Alors, que pouvons-nous faire pour y remédier? Un bon point de départ consiste à comprendre quand a lieu le Mois de la santé mentale des hommes, pourquoi il est important et comment vous et les organisations du monde entier pouvez agir pour changer les choses.
Quand a lieu le Mois de la santé mentale des hommes?
Il y a en fait deux moments clés dans l’année où la santé mentale des hommes occupe le devant de la scène.
Au Canada et à l’échelle internationale, novembre est reconnu comme le Mois de la sensibilisation à la santé des hommes. Il est étroitement lié au mouvement Movember, qui a vu le jour comme une campagne de sensibilisation au cancer de la prostate et des testicules, mais qui s’est transformé en un débat mondial sur la santé mentale des hommes et la prévention du suicide. La Fondation Movember s’est fixé comme objectif de réduire de 25 % le nombre d’hommes décédant prématurément d’ici 2030.
Aux États-Unis, juin est désigné comme le Mois de la santé mentale des hommes. Ces deux initiatives partagent le même objectif: briser le silence, lutter contre la stigmatisation et rappeler aux hommes que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse.
Au Canada, on observe également une pression croissante en faveur d’ une loi instituant une « Semaine de sensibilisation à la santé mentale des hommes », ce qui montre à quel point les décideurs politiques commencent à prendre cette question au sérieux.
Signes courants indiquant qu’un homme éprouve des difficultés
Les difficultés liées à la santé mentale chez les hommes se manifestent souvent différemment de celles chez les femmes. Plutôt que d’exprimer ouvertement leur tristesse, les hommes sont plus susceptibles de manifester des symptômes par leur comportement: colère, irritabilité, éloignement de leurs proches, surmenage au travail, consommation excessive d’alcool ou simplement silence. Voici quelques signes à surveiller chez les hommes de votre entourage:
- Se replier sur soi-même et s’éloigner de ses amis et de sa famille
- Consommation accrue d’alcool ou de substances
- Accès de colère ou d’irritabilité
- Changements dans le sommeil ou l’appétit
- Perte d’intérêt pour les activités qu’ils aimaient auparavant
- Exprimer le sentiment d’être pris au piège ou de se sentir comme un fardeau
Ces signes ne signifient pas qu’un homme est faible. Ils signifient qu’il est humain et qu’il pourrait avoir besoin de soutien. Selon une étude de Statistique Canada sur la santé mentale des hommes, ceux qui ont quelqu’un sur qui compter sont nettement plus susceptibles d’évaluer leur santé mentale comme excellente ou très bonne, ce qui montre à quel point les liens sociaux sont importants.
Pourquoi le Mois de la santé mentale des hommes est-il souvent négligé?
Chez les hommes, le fait de montrer ses émotions a longtemps été considéré comme un signe de faiblesse. Demander de l’aide? C’est encore pire. Les garçons grandissent en apprenant à refouler leurs sentiments. Et pour beaucoup d’hommes, cette habitude les accompagne toute leur vie.
Les conséquences sont dévastatrices. Des hommes meurent en grand nombre, tout autour de nous, souvent dans la solitude la plus totale.
Une partie du problème tient au fait que le Mois de la santé mentale des hommes ne bénéficie pas toujours de la même attention que d’autres mois de sensibilisation. Les discussions sur la santé mentale se sont considérablement multipliées ces dernières années, mais les hommes sont toujours moins susceptibles d’y prendre part.
Une revue systématique de 2025 publiée par les Instituts nationaux de la santé a révélé que de nombreux hommes évitent de consulter des professionnels de la santé mentale en raison d’un sentiment de gêne ou de la crainte d’être perçus comme faibles. Ce phénomène est étroitement lié aux normes masculines traditionnelles.
Cet écart est plus qu’une simple question culturelle: il devrait être considéré comme une crise de santé publique.
Le contexte mondial: la santé mentale des hommes ne connaît pas de frontières
Les difficultés auxquelles les hommes sont confrontés en matière de santé mentale ne se limitent pas au Canada ou aux États-Unis. Elles se manifestent dans des communautés partout dans le monde, y compris dans des régions où les conflits, la pauvreté et les déplacements de population ajoutent une pression énorme à la vie quotidienne.
Prenons l’exemple d’Ahmad (nom modifié pour protéger sa vie privée), un agriculteur de 22 ans vivant dans l’un des villages les plus reculés de la province de Badghis, en Afghanistan. Après le décès de son père, Ahmad est devenu le seul soutien de sa famille avec un revenu extrêmement limité, tout en vivant sous la menace d’un conflit persistant. Le poids de cette responsabilité a gravement affecté sa santé mentale.
Ahmad bénéficie d'un accompagnement psychologique dispensé par un bénévole de World Vision en Afghanistan. Photo : Ria Mohammad Rehaa.
« Je ne voulais pas passer de temps avec ma famille », a confié Ahmad. « Il m’arrivait de frapper mes enfants et ma femme, parfois jusqu’à cinq fois par jour. Parfois, j’ordonnais à mes enfants de quitter la pièce. »
L’oncle d’Ahmad s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas et l’a emmené en ville pour qu’il reçoive des soins. Mais le coût du déplacement et des séances de counseling régulières était trop élevé pour que la famille puisse le supporter. Les quelques séances qu’ils pouvaient se permettre n’ont pas suffi à changer durablement la situation.
L’histoire d’Ahmad montre bien les nombreux obstacles auxquels les hommes sont confrontés lorsqu’ils cherchent de l’aide: la distance, le coût, la stigmatisation et le simple fait de ne pas savoir vers qui se tourner.
C’est à cause d’histoires comme celle d’Ahmad que le soutien psychosocial est si urgent dans les situations de crise partout dans le monde.
Ce que fait Vision Mondiale du Canada en matière de santé mentale
World Vision Canada intervient dans certaines des communautés les plus vulnérables au monde, et la santé mentale est au cœur de ce travail.
En Moldavie, Vision Mondiale s’est jointe à 15 ONG pour sensibiliser davantage à la santé mentale lors d’un événement majeur à Chisinau. Adela Softic, gestionnaire multiprojets de Vision Mondiale en Moldavie, a profité de l’événement pour présenter les services de santé mentale et de soutien psychosocial offerts par Vision Mondiale dans le pays. Des événements comme celui-ci sont essentiels pour rejoindre les communautés où les ressources en santé mentale sont limitées et où la stigmatisation est forte.
World Vision s’occupe également de la santé mentale des hommes en s’attaquant aux causes profondes des comportements nuisibles et en promouvant ce qu’on appelle parfois la « masculinité positive ». L’un des outils clés de ce travail est l’approche MenCare, un programme qui encourage les hommes à redéfinir les rôles traditionnels, à s’engager de manière plus significative auprès de leur famille et à adopter des habitudes plus saines dans leurs relations avec les autres.
En tant que partenaire de la campagne mondiale MenCare, coordonnée par Equimundo, World Vision a adapté cette approche aux contextes de nombreux pays différents. Le manuel de formation des animateurs MenCare fournit à ces derniers des outils pratiques pour animer des séances de groupe avec des hommes et des garçons. Les résultats, documentés notamment au Congo et au Bangladesh, montrent que lorsque les hommes disposent d’un espace pour réfléchir et évoluer, ce sont des familles entières qui en bénéficient.
La communauté occupe une place essentielle dans l’approche MenCare. Les animateurs créent un espace sécuritaire et constructif permettant aux hommes de réfléchir à ce que signifie être un homme au sein de leur communauté et de redéfinir cette notion, à l’image de ce groupe MenCare au Myanmar. (Photo : World Vision)
Le travail de World Vision contribue également au débat plus large sur la mobilisation des hommes et des garçons en faveur de l’égalité entre les sexes, en reconnaissant que la santé mentale des hommes et l’égalité entre les sexes sont étroitement liées.
Comment soutenir la santé mentale des hommes ce mois-ci (et tous les mois)
Que ce soit en novembre ou en juin, le Mois de la santé mentale des hommes ne se résume pas à la sensibilisation. Il s’agit d’agir. Il y a des gestes concrets que vous pouvez poser pour faire une différence.
1. Entamez une véritable conversation. Vous n’avez pas besoin d’avoir toutes les réponses. Le simple fait de demander « Comment vas-tu vraiment? » peut ouvrir la porte à la discussion. Créez une atmosphère détendue et écoutez sincèrement sans essayer de tout régler. L’ Association canadienne pour la santé mentale propose des guides pratiques sur la façon de mener efficacement ces conversations.
2. Remettez en question le message « Sois un homme! ». Lorsque vous entendez quelqu’un dire à un garçon ou à un homme d’arrêter d’être émotif, réagissez avec douceur. Le langage façonne la culture. Plus nous normalisons le fait que les hommes expriment ce qu’ils ressentent, plus ils se sentent en sécurité de le faire. Des recherches publiées par les NIH sur les normes de masculinité et la santé mentale confirment que les attentes de genre profondément enracinées constituent l’un des principaux obstacles qui empêchent les hommes de demander de l’aide.
3. Connaissez les ressources disponibles. Au Canada, les hommes peuvent obtenir de l’aide auprès de la Fondation canadienne pour la santé des hommes, de l’ Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) et des lignes d’aide en cas de crise accessibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Encourager un homme à chercher de l’aide professionnelle n’est pas une ingérence: cela pourrait lui sauver la vie.
4. Donnez l’exemple d’un comportement sain. Que vous soyez parent, éducateur, entraîneur ou collègue, les hommes et les garçons qui vous entourent vous observent. Lorsque vous parlez ouvertement de votre propre stress, que vous fixez des limites et que vous demandez de l’aide, vous leur donnez la permission de faire de même.
5. Encouragez la pratique régulière d’une activité physique, même une simple marche quotidienne, car l’activité physique est associée à une meilleure humeur et à un bien-être mental global. Encouragez la pleine conscience, les exercices de respiration, la méditation et d’autres pratiques de relaxation pour aider les hommes à gérer l’anxiété et le stress, et à éviter de ruminer.
6. Améliorez les habitudes de sommeil. Des routines de sommeil régulières et un repos suffisant favorisent la régulation émotionnelle, la gestion du stress et la résilience mentale.
7. Soutenez les organismes qui mènent ce travail. Les programmes de Vision Mondiale, comme l’approche MenCare, font une réelle différence pour les hommes et les familles dans certaines des communautés les plus difficiles d’accès au monde. Soutenir leur travail par des dons ou des actions de sensibilisation aide à étendre encore davantage leur portée.
Selon les données de l’Agence de la santé publique du Canada, il y a eu 4 394 décès par suicide au Canada en 2024, les hommes représentant la grande majorité de ces cas. Ce sont des pères, des frères, des fils et des amis.
Les données sont claires. Les témoignages sont clairs. Qu’il s’agisse d’Ahmad en Afghanistan ou d’un homme de votre propre quartier qui n’est plus tout à fait lui-même ces derniers temps, le besoin est réel et urgent.
Ce mois-ci, et chaque mois, engageons-nous à créer des espaces où les hommes se sentent en sécurité pour s’exprimer. Remettons en question les messages qui leur disent de garder le silence. Et soutenons les programmes et les personnes qui travaillent déjà fort pour changer les choses sur le terrain.
Parce qu’aucun homme ne devrait avoir à porter ce fardeau tout seul.
Si vous ou quelqu’un que vous connaissez êtes en situation de crise, n’hésitez pas à demander de l’aide. Au Canada, vous pouvez appeler ou envoyer un texto au 988 pour joindre la Ligne d’aide en cas de crise suicidaire, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en anglais et en français. Ce numéro est également accessible aux États-Unis.