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À ma façon : lutter contre le choléra en RDC en tant qu’intervenant en santé communautaire

Voici Chantal Ilunga, une intervenante en santé communautaire en RDC, qui mène la lutte contre le choléra grâce à la sensibilisation à l’hygiène, à la prévention des maladies et au plaidoyer.

Écrit par Ana Tong

le 3 juin 2025

Témoignage de Chantal Ilunga Kabungama, intervenante en santé communautaire – AP Simba, Likasi

Récit recueilli par Tatiana Ballay, agente de communication, World Vision RDC

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Sur ces photos, Mme Chantal, une intervenante en santé communautaire (RECO), se tient aux côtés de Mme Petronie, une survivante du choléra.

Je m’appelle Chantal Ilunga Kabungama, j’ai 50 ans. Je suis mariée à John Ilunga et mère de sept enfants. Je vis à Simba, une localité située dans la zone de santé de Likasi, dans la province du Haut-Katanga, en République démocratique du Congo. Depuis 2021, j’occupe le poste d’intervenante en santé communautaire (RECO). J’élève également des poulets de chair et je suis membre active du groupe d’épargne Maendeleo, que nous avons créé dans notre communauté grâce à World Vision.

J’ai rejoint le réseau des RECO par conviction. Au fil des ans, ma communauté a été confrontée à de multiples épidémies: choléra, paludisme, fièvre typhoïde, rougeole et malnutrition. Ma sœur a été touchée, principalement en raison du manque de sensibilisation aux pratiques d’hygiène. Ce moment a tout changé pour moi. J’ai compris qu’informer, c’est protéger. Dès lors, j’ai choisi de ne plus rester silencieuse.

Quand le choléra frappe, je me mobilise

Janvier 2025. Le choléra a refait son apparition à Simba. Lorsque les premiers cas ont été signalés, j’ai ressenti de la peur et de l’anxiété, car je savais que cette maladie pouvait tuer en quelques heures. Les rumeurs se propageaient plus vite que les soins. Les gens croyaient qu’il s’agissait de sorcellerie. Certains pensaient que les défunts avaient été empoisonnés. Les familles se sont éloignées des victimes, tandis que les pratiques d’hygiène de base continuaient d’être ignorées.

En tant que RECO, j’ai reçu une formation de World Vision sur la prise en charge des cas de choléra, la nutrition, la désinfection et la promotion de l’hygiène. J’ai rapidement été déployée dans les écoles, les marchés, les églises et les rues, munie d’un mégaphone et d’instructions claires: parler des cinq moments clés du lavage des mains, expliquer des méthodes simples de traitement de l’eau et repérer les cas suspects.

Chaque matin, après la réunion d’information de la zone sanitaire, je recevais le matériel et mes missions quotidiennes, puis je me rendais sur le terrain. J’avais pour mission de visiter 50 ménages par jour. Nous n’étions que 22 RECO pour plus de 22 000 personnes. C’était épuisant. Nous manquions de pulvérisateurs, de matériel de sensibilisation, de moyens de transport et parfois même de chlore. Mais nous avons persévéré, car abandonner n’a jamais été une option.

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Sur ces photos, Mme Chantal, une intervenante en santé communautaire (RECO), se tient devant le centre de santé de Simba.

Deux vies sauvées, et un message reçu

Je n’oublierai jamais Mama Petronie et sa fille. En mars 2025, j’ai animé une séance de sensibilisation auprès des ménages dans leur quartier. Elles étaient affaiblies, vomissaient et souffraient de diarrhée. Comme beaucoup d’autres, elles croyaient qu’il s’agissait d’une attaque spirituelle. Cependant, grâce à ma formation RECO, j’ai reconnu les signes cliniques du choléra. J’ai immédiatement organisé leur transfert vers le centre de traitement du choléra du DACO.

Quelques jours plus tard, elles étaient complètement rétablies. Aujourd’hui, elles respectent à la lettre toutes les mesures d’hygiène et contribuent à sensibiliser leur communauté. Ce moment m’a prouvé que mon travail avait de l’importance. Pas besoin d’une blouse blanche pour sauver une vie; il suffit d’avoir des renseignements précis et en temps opportun.

Ce que la maladie révèle: une crise de l’eau et de l’assainissement

Le choléra est revenu à Simba, et ce n’est pas un hasard. Il est revenu parce que les conditions propices à sa propagation n’ont jamais vraiment disparu. Dans ma région, les gens vont chercher de l’eau à des sources à ciel ouvert et non protégées, parfois partagées avec des animaux. Il n’y a qu’un seul forage en état de marche, construit par World Vision en 2017, qui est loin de répondre aux besoins de la communauté.

Les familles se disputent quelques bidons d’eau propre. Lorsque celle-ci vient à manquer, elles se tournent vers des puits à ciel ouvert ou des cours d’eau stagnants. Cette eau est trouble et souvent contaminée. Dans de nombreux foyers, il n’y a ni latrines, ni système d’évacuation des eaux usées, ni lavabos. Même certaines écoles et églises ne disposent pas de toilettes salubres pour les enfants. Comment peut-on parler d’hygiène dans de telles conditions?

Et pourtant, la population continue de croître. Les quartiers s’étendent. Les besoins montent en flèche. Mais l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste pratiquement au point mort. Le choléra refait donc surface, non pas parce que nous l’avons oublié, mais parce que nous ne lui avons jamais vraiment fermé la porte.

Changer les comportements, un geste à la fois

Grâce au soutien de Vision Mondiale dans le cadre de cette intervention, notre zone sanitaire a enregistré 106 cas de choléra, dont 6 décès. Mais nous avons désinfecté 2 120 foyers, sensibilisé 18 758 personnes, formé 36 enseignants et inclus 62 enfants parrainés dans notre intervention. Les comportements changent lentement, mais sûrement. Aujourd’hui, les familles m’écoutent. Elles m’appellent. Elles signalent les cas.

Même les enfants me reconnaissent. « Maman Chantal avec le savon », disent-ils.

Ce que j’ai appris

Être une RECO, c’est plus qu’un simple rôle. C’est un combat quotidien sans reconnaissance, sans allocation, souvent sous la pluie, et parfois mal compris. Mais c’est un combat qui sauve des vies. J’ai appris qu’un travail discret et dévoué peut transformer toute une communauté.

Je continue de sensibiliser les gens, car tant qu’il y aura ne serait-ce qu’une seule personne qui ignore encore que le lavage des mains peut sauver des vies, ma mission n’est pas terminée.

Mon message

À mes collègues RECO: n’abandonnez pas. Même lorsque nous sommes fatiguées, mal équipées et ignorées, nous formons la première ligne de défense entre la maladie et nos familles. Aux donateurs et aux partenaires: merci. Votre soutien a permis à des femmes comme moi de passer à l’action. Au monde entier: l’hygiène n’est pas une habitude. C’est une question de survie.

Je ne suis peut-être pas l’héroïne que vous voyez à la télévision. Mais ici, dans ma communauté, je tiens bon grâce à ma voix, à mes gestes et à mon engagement. Un simple geste peut sauver une vie, et je ne l’oublierai jamais.