« J’ai dû continuer à me battre pour mes frères et sœurs »
Bienvenue dans « L’espoir derrière les manchettes », une série en cinq parties consacrée à des contextes humanitaires à travers le monde. Aujourd’hui, nous nous rendons dans une région du Honduras fortement touchée par les gangs, où Lisbeth, âgée de 25 ans, a troqué son enfance passée dans la rue contre un avenir plein de courage et d’amour.
Écrit par Deborah Wolfe
le 7 octobre 2025
« Dieu va faire quelque chose de nouveau en moi »
De nombreuses régions du Honduras sont contrôlées par des gangs armés. La capitale, Tegucigalpa, en fait partie. C’est là que Lisbeth et ses jeunes frères et sœurs ont commencé leur vie.
Enfant, les espoirs de Lisbeth étaient souvent anéantis par l’inquiétude et la violence. Elle portait un immense sentiment de responsabilité envers son petit frère et sa petite sœur. Elle travaillait sans relâche pour subvenir à leurs besoins.
Le père des enfants était rarement présent. Leur mère luttait contre l’alcoolisme. Accablée par la charge de s’occuper seule de trois enfants, leur mère disparaissait pendant de longues périodes dans les rues dangereuses de Tegucigalpa.
Lorsque cela arrivait, Lisbeth, William et Yenifer devaient aller chez leur grand-père. La violence qui y régnait pouvait être insupportable. Ils se retrouvaient alors dans la rue, subvenant à leurs besoins en vendant des glaces, en lavant des autobus, en faisant des courses ou en ramassant des déchets.
Même lorsque leur mère était à la maison, Lisbeth travaillait pour payer la nourriture et les frais de scolarité de ses frères et sœurs. Lorsqu’un gang puissant a commencé à faire pression sur William pour qu’il le rejoigne, Lisbeth a veillé sur lui.
« Toute mon enfance a consisté à m’occuper de mes frères et sœurs, dit-elle. J’ai dû continuer à me battre pour eux. »
Seule dans la capitale
D’une manière ou d’une autre, Lisbeth a trouvé le moyen d’aller à l’école et d’étudier. Déterminée à obtenir son diplôme d’études secondaires, elle voulait décrocher un bon emploi et aider sa famille.
Puis, sa mère est décédée des suites de problèmes liés à l’alcool. On ne sait pas exactement quel genre de soutien elle apportait à ses enfants, mais sa mort a profondément bouleversé Lisbeth. Elle n’avait que 17 ans.
Après une vie difficile, la mère de Lisbeth est décédée des suites de son alcoolisme.
« Quand ma mère est décédée, tout s’est effondré », se souvient-elle. « Du jour au lendemain, je me suis retrouvée seule dans la capitale, avec les enfants, sans savoir quoi faire. »
Les choses n’ont pas tardé à changer. « Alors que j’avais l’impression que tout s’écroulait, World Vision est entrée dans ma vie », raconte Lisbeth.
« Un moment de joie »
Une amie a invité Lisbeth à se joindre au programme « Youth Ready » de sa communauté, destiné aux jeunes issus de milieux vulnérables. Offert par World Vision, Youth Ready guide les participants dans l’exploration de trois voies menant à un avenir meilleur: l’emploi, l’entrepreneuriat ou la poursuite des études.
Lisbeth était déterminée à prouver qu’elle pouvait prendre un chemin différent de celui de sa famille. Elle a décidé de s’inscrire. « Je n’aurais jamais pensé que cela changerait ma vie », dit-elle. « Mais la personne qui nous encadrait m’a marquée, en me montrant qu’il était possible de repartir à zéro. »
Lisbeth participe à la direction de « Youth Ready », un programme qui aide les jeunes adultes issus de milieux vulnérables à s’épanouir.
Lisbeth a choisi la voie de « l’emploi ». Lors des séances de formation, elle et ses pairs ont appris comment s’habiller pour les entrevues d’embauche. Ils ont étudié et mis en pratique les attitudes requises en milieu de travail. Ils se sont préparés aux défis pouvant survenir au travail.
« J’ai commencé à travailler dans un magasin et j’ai pu subvenir aux besoins de mes frères et sœurs pour qu’ils puissent faire leurs études », se souvient Lisbeth. « J’ai enfin connu un moment de joie. »
Naissance d’une boulangerie de rue
Peu après, Lisbeth s’est mariée et a commencé à travailler en vue d’une promotion. Son avenir s’annonçait plus radieux.
Puis, la COVID-19 s’est abattue sur la ville comme un linceul. Une économie déjà précaire s’est encore effondrée, entraînant la perte de dizaines de milliers d’emplois.
Lisbeth a appris à faire de la pâtisserie sur YouTube et s’est découvert un talent.
Le jour de son entrevue de promotion, Lisbeth a été suspendue de son travail. Son mari a également perdu son emploi. Beaucoup auraient pu penser que tout était perdu.
Mais Lisbeth s’est souvenue de la formation en « entrepreneuriat » offerte par Youth Ready. « Dieu s’était déjà servi de World Vision pour m’aider à repartir à zéro — malgré tous les problèmes qui m’entouraient », dit-elle.
« C’est ainsi que, pendant la pandémie, j’ai lancé une entreprise de pâtisserie. » Les vidéos de YouTube sont devenues ses meilleurs professeurs. Lisbeth a regardé des tutoriels de cuisine et de pâtisserie, puis s’est mise à s’entraîner.
Les biscuits au gingembre de Lisbeth se vendent très vite dans sa boulangerie de rue, tout comme son pain, ses pizzas et ses gâteaux.
En peu de temps, elle vendait ses pizzas, ses gâteaux, ses cupcakes et son pain à une communauté enthousiaste. Elle a confié au personnel de World Vision qu’elle se sentait créative, acceptée et aimée.
« Mon moment arc-en-ciel »
Même si certaines régions du Honduras sont encore en proie à la violence et à l’instabilité, Lisbeth et sa famille vont mieux. Elle a pu subvenir à bon nombre des besoins de ses frères et sœurs, notamment en aidant son frère, William, à s’enrôler dans l’armée. Cela le mettra à l’abri de la vie de gang.
« Je me souviens du passage de la Bible sur Noé, où… après la tempête vient le calme. Dieu a envoyé l’arc-en-ciel pour signifier que tout allait changer. »
Le personnel de World Vision a été impressionné par le travail bénévole de Lisbeth au sein de sa collectivité.