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Comment l’éducation peut-elle venir en aide aux enfants en situation d’urgence?

En cas d’urgence, l’« éducation » ne peut pas toujours se faire à l’école. Mais elle sauve néanmoins des vies.

Écrit par Deborah Wolfe

le 18 décembre 2024

Une priorité inattendue: l’éducation en situation d’urgence

Imaginez la situation. Vous parcourez votre téléphone lorsqu’une alerte d’actualité s’affiche. Une catastrophe vient de frapper quelque part dans le monde. Qu’il s’agisse d’une tempête, d’un conflit, d’une inondation ou d’une crise alimentaire, la situation est désastreuse. Les gens luttent simplement pour survivre.

En quelques jours, votre boîte de réception est inondée de courriels provenant d’organismes d’aide internationaux. Ils interviennent face à cette situation d’urgence et sollicitent votre aide. « Vous pouvez fournir des produits de première nécessité qui sauvent des vies, comme de la nourriture, de l’eau, des abris, des soins médicaux… et de l’éducation », écrivent-ils.

Attendez… l’éducation? Vraiment? Dans une crise humanitaire qui prend de l’ampleur, comment l’éducation peut-elle être considérée comme une priorité?

C’est une question que bon nombre d’entre nous pourraient se poser. Je sais que je me la posais, en tant que jeune journaliste à CBC News. Lorsqu’une catastrophe frappait, j’interviewais souvent des travailleurs humanitaires d’organismes comme Vision Mondiale. À chaque fois, j’étais perplexe devant l’importance accordée à l’éducation dans leurs réponses.

Mais avec le temps, après avoir quitté la salle de rédaction pour rejoindre World Vision, j’ai commencé à comprendre pourquoi l’éducation est si importante. Surtout dans les situations les plus désespérées.

Pour les enfants qui fuient les conflits, les jeux constituent un moyen de surmonter leurs traumatismes.

Une fillette d'âge préscolaire empile des blocs sur lesquels sont représentés des lettres et des animaux.

Pourquoi l’éducation est-elle si importante?

À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, le 8 septembre, examinons pourquoi l’éducation est essentielle en cas de catastrophe humanitaire. Il ne s’agit pas seulement de savoir lire, écrire et compter. Il s’agit de survie, de protection et d’espoir. Et dans le chaos d’une crise, l’éducation peut être une bouée de sauvetage.

Prenons l’exemple de la pandémie de COVID-19. Lorsque les écoles canadiennes ont fermé leurs portes et que les mesures de confinement sont entrées en vigueur, l’éducation est devenue un élément crucial de la réponse d’urgence de notre pays. Mais imaginez un instant ce qu’il en aurait été si cela n’avait pas été le cas.

  • Et si votre enfant avait retroussé sa manche pour se faire vacciner, mais n’avait rien appris sur les masques et le lavage des mains?
  • Et si les familles n’avaient eu aucun moyen de s’informer sur la protection des jeunes et la santé mentale des enfants pendant le confinement?
  • Et si elles n’avaient pas eu accès à l’enseignement en ligne, ni aux ressources nécessaires pour jouer et apprendre à la maison ou à l’extérieur?
  • Et s’il n’avait pas eu accès à des personnes capables d’intervenir en cas de violence pendant le confinement?
  • Et si les parents n’avaient pas eu accès à des cours en ligne pour se recycler et subvenir aux besoins de leurs enfants après avoir perdu leur source de revenu à cause de la COVID?

La situation était loin d’être parfaite. Mais sans accès à l’école en ligne, aux ressources d’apprentissage à la maison, ni même à des conseils sur la façon de faire face à la crise, les conséquences au Canada auraient pu être encore plus dévastatrices.

En cas de crise alimentaire, les repas scolaires peuvent sauver la vie des enfants.

Une salle de classe est remplie d'enfants assis à leurs pupitres et mangeant dans des bols.

L’éducation comme bouclier

Les mesures de confinement au Canada ne sont rien comparativement aux crises qui sévissent actuellement dans des pays comme l’Ukraine, le Soudan ou la République démocratique du Congo. Dans ces régions où la population peine déjà à subvenir à ses besoins fondamentaux, le besoin d’éducation est encore plus criant lorsque survient une catastrophe.

Dans toute situation d’urgence — qu’elle soit d’origine naturelle ou causée par l’homme —, l’éducation est gravement menacée. Des milices armées peuvent détruire des écoles ou les utiliser à des fins militaires. Les catastrophes naturelles, comme les inondations, peuvent empêcher les enfants de se rendre à l’école. Dans certains cas, des enfants se sont noyés en tentant de traverser des rivières en crue pour se rendre en classe.

Lorsque les familles sont déplacées par un conflit ou une catastrophe, elles laissent derrière elles leurs écoles et leurs enseignants. L’éducation est mise en suspens, pendant des mois, voire des années. De nombreux enfants abandonnent complètement l’école, se mettant au travail dès leur plus jeune âge et s’engageant dans une vie de pauvreté perpétuelle. Ils ont moins à apporter à l’avenir de leurs communautés et de leurs pays.

Prenons l’exemple des filles et des garçons syriens, qui ont passé leur enfance dans des camps de réfugiés. Sans moyen de poursuivre leur apprentissage, leur avenir reste menacé. Ou encore les enfants d’Amérique latine, dont les familles tentent à plusieurs reprises de passer la frontière vers les États-Unis — pour être renvoyés à chaque fois.

« Il est important de les aider à rester à jour dans leurs études, afin qu’ils ne subissent pas de perte d’apprentissage et qu’ils puissent intégrer le système scolaire une fois qu’ils se seront installés », explique Nancy Del Col, spécialiste en éducation chez World Vision. « Nous créons des espaces d’apprentissage temporaires pour les enfants en déplacement. Ils peuvent également avoir accès à du soutien en santé mentale, à des services de protection et retrouver leur famille s’ils ont été séparés pendant le voyage. »

L'apprentissage en situation d'urgence peut se faire sans écoles ni pupitres.

Des enfants sont assis par terre et écrivent dans des carnets.

Une pièce essentielle du casse-tête de la survie

Et c’est là tout l’enjeu: l’éducation ne se limite pas aux connaissances scolaires. C’est une source de stabilité et de normalité, un lieu où les enfants peuvent trouver sécurité et réconfort en cas d’urgence.

Les écoles peuvent devenir des centres de distribution de produits de première nécessité, comme de la nourriture, de l’eau et des trousses d’hygiène. Dans bien des cas, les repas que les enfants reçoivent à l’école constituent leur seule source de nourriture pour la journée. De plus, de nombreuses écoles sont équipées de robinets ou de pompes fournissant de l’eau propre et plus salubre avant même qu’une catastrophe ne frappe — une ressource précieuse en cas de sécheresse ou d’inondation.

L’éducation, c’est aussi une question de protection. En situation de crise, les enfants sont vulnérables à l’exploitation, aux abus et aux traumatismes psychologiques et émotionnels.

S’il y a ne serait-ce qu’une seule personne dans le groupe qui sait lire, celle-ci peut suivre nos directives pour animer les activités.

Dans un bosquet, une jeune fille plus âgée aide une autre, plus jeune, à faire ses devoirs.

C’est pourquoi World Vision crée des espaces adaptés aux enfants où ceux-ci peuvent apprendre par le jeu, bénéficier d’un soutien psychosocial et s’entretenir avec des conseillers qui les aident à assimiler leurs expériences. L’apprentissage par le jeu permet aux enfants de rire et de se détendre tout en acquérant des compétences et des connaissances.

Donner aux familles les moyens de faire face à l’enseignement à distance

Lorsque la scolarisation traditionnelle n’est pas possible, l’éducation prend différentes formes. Les trousses d’apprentissage, distribuées dans des endroits centraux pour les familles en déplacement, peuvent s’avérer cruciales.

« Nous nous rendons là où le besoin se fait sentir, en fournissant du matériel, parfois des livres, ou des lignes directrices pour l’apprentissage par le jeu. Nous proposons de nombreuses activités d’alphabétisation et de soutien en santé mentale aux parents et aux bénévoles de la communauté, afin d’aider les enfants à surmonter leurs traumatismes ou à s’initier à la consolidation de la paix », explique Vongaishe Changamire, spécialiste en éducation chez World Vision Canada.

Il suffit d’une seule personne alphabétisée dans une famille pour lire les instructions contenues dans les trousses d’apprentissage et animer les activités, et l’éducation peut alors commencer. Même sans salle de classe.

Combien y a-t-il de blocs dans cette construction? Le jeu avec des blocs offre des possibilités d'apprentissage infinies.

Un groupe d'enfants apprend en jouant avec des blocs.