Halima : la cuisinière du camp qui alimente l’avenir
Un bol de fèves bien chaud peut calmer les gargouillements dans le ventre des enfants. Pendant quelques heures, ils peuvent se concentrer sur la voix de l’enseignant. Les mots qu’ils s’efforcent de lire et d’écrire prennent enfin tout leur sens.
Écrit par Deborah Wolfe
le 15 août 2025
Bienvenue au déjeuner pour des centaines de personnes
Le soleil se lève à l’horizon à Farchana, au Tchad, où quelque 50 000 réfugiés de guerre venus du Soudan ont trouvé refuge. À mesure que la brise change de direction, une odeur appétissante de mets savoureux vient chatouiller les narines de milliers d’enfants.
Cela annonce le moment le plus attendu de la journée. « Les enfants savent exactement quand le déjeuner sera prêt », sourit Dahapay, un enseignant qui travaille dans le camp.
Le déjeuner peut sembler anodin. Mais même ici, au Canada, nous savons que les programmes de déjeuner en école peuvent changer le cours de la journée scolaire des enfants et influencer le cheminement de leur vie.
Imaginez ce qu’ils peuvent accomplir dans un camp de réfugiés.
Pour des millions d’enfants vivant dans les régions les plus difficiles du monde, de simples repas scolaires constituent un moyen éprouvé de lutter contre la faim, d’améliorer les résultats scolaires et de renforcer les systèmes alimentaires locaux.
Vision Mondiale soutient 68 programmes d’alimentation scolaire à travers le Tchad. Les enfants arrivent tôt, impatients de prendre leur déjeuner. « Après avoir mangé, ils se concentrent », raconte Dahapay, avec la chaleur d’un enseignant attentionné.
« Parfois, on danse »
Halima est la chef cuisinière de notre programme au camp de Farchana. Elle se penche au-dessus d’une marmite géante conçue pour répartir la chaleur en utilisant moins de bois de chauffage. Bien qu’elle ait soixante-cinq ans — l’âge où de nombreux Canadiens envisagent de prendre leur retraite —, ses bras sont encore robustes tandis qu’elle remue les haricots qui bouillonnent.
Tandis que les dix femmes de son équipe préparent le déjeuner, leurs souvenirs les unissent étroitement. « Parfois, on chante des chansons traditionnelles pendant qu’on cuisine, parfois on plaisante, parfois on danse », dit Halima en souriant.
Tout doit être prêt à l’heure et en quantité suffisante. Alors que le soleil monte dans le ciel, les marmites fumantes sont transportées en véhicule de la cuisine d’Halima vers des écoles comme celle de Dahapay, où les enfants attendent avec impatience leur repas du matin.
Les assiettes vides à la fin du déjeuner parlent d’elles-mêmes. La nourriture n’est peut-être pas raffinée, mais elle est préparée avec soin. Pour ces enfants qui ont tant perdu, c’est un cadeau quotidien de réconfort et de stabilité.
L’ancienne vie d’Halima
Comme tant de réfugiés à Farchana, Halima n’avait pas prévu de se retrouver ici. Son premier choix aurait été de rester chez elle, au Soudan.
Elle était agricultrice à Gedaref, une importante région agricole. Ses récoltes étaient abondantes: oignons, ail, carottes et fruits de ses arbres. Trois fois par jour, sa famille savourait des repas savoureux.
Puis, pendant le Ramadan d’avril 2023, la nouvelle est parvenue chez elle: des hommes armés allaient attaquer leur communauté à l’aube. « Nous nous sommes enfuis à minuit », raconte Halima. Elle était en sécurité, mais la violence au Soudan lui avait arraché plusieurs êtres chers.
Mieux que la guerre
« Nous avons perdu quatre membres de notre famille », dit-elle. « Ils ont tué mon frère devant moi. » Les garçons de ses frères et sœurs ont également été tués. Tout ce qu’ils possédaient a été pillé.
Halima et les membres de sa famille qui avaient survécu ont traversé la frontière vers le Tchad, où les assaillants ne pouvaient pas les poursuivre. Au début, ils vivaient sous un arbre, survivant avec presque rien. « On a beaucoup souffert », dit-elle. « Mais c’était mieux que la guerre. »
Ils se sont rendus à Farchana, où le personnel de World Vision a offert à Halima le poste de chef de cuisine dans le cadre de notre programme d’alimentation scolaire. Elle était en deuil, certes. Mais désormais, elle pouvait prendre soin d’enfants qui souffraient eux aussi.
« À l’aise et heureuse »
La tente d’Halima est installée à côté de celle de la famille de son fils. Son petit-fils de quatre ans adore passer la nuit chez elle. La nuit, elle veille sur le petit garçon. Le jour, elle nourrit des centaines d’enfants qui, comme elle, gardent en eux le souvenir de leur foyer et l’espoir d’y retourner.
Elle sait qu’on a besoin d’elle ici. « Je me sens bien et heureuse », dit Halima à propos de son travail. « S’il y a de la nourriture à l’école, les enfants n’ont pas à s’inquiéter à la maison. »
Chaque matin, Halima se réveille avec un but précis, sachant qu’elle nourrit des enfants et favorise l’alphabétisation. Elle contribue à préserver l’avenir des enfants de la guerre.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’alphabétisation, le 8 septembre, nous célébrons bien plus que les livres. Nous rendons hommage à celles et ceux qui ouvrent la voie à l’apprentissage. Halima est l’une d’entre elles. Dans chaque bol qu’elle sert, il y a de la résilience, de l’amour et la conviction que demain sera meilleur.