Séisme en Haïti en 2021 : aide d’urgence et reconstruction
Un séisme d'une magnitude de 7,2 a dévasté le sud-ouest d'Haïti, aggravant ainsi la pauvreté extrême et l'instabilité politique qui règnent depuis des décennies.
Écrit par Alison Ralph
le 19 août 2021
Haïti est encore sous le choc après avoir été frappé coup sur coup par un séisme de magnitude 7,2, rapidement suivi d’une violente tempête. Les fortes pluies qui s’abattent sur la région retardent les vols transportant l’aide humanitaire d’urgence destinée aux plus vulnérables.
« Nos équipes sur le terrain ont vu des familles couchées à la belle étoile, sans abri, et incapables de trouver un endroit sec où se réfugier. Entre-temps, les vols destinés à acheminer du matériel vital ont été suspendus en raison des mauvaises conditions météorologiques causées par la tempête tropicale Grace », a déclaré Marcelo Viscarra, directeur national de World Vision Haïti.
Le séisme a été suivi de répliques constantes et, à ce jour, la catastrophe a fait plus de 2 100 morts et plus de 12 000 blessés. Des centaines de personnes sont toujours portées disparues. Selon des estimations préliminaires, plus de 52 000 maisons ont été détruites.
« Nous sommes profondément préoccupés par la capacité d’intervention limitée des autorités, qui ont déjà fort à faire avec la gestion de la pandémie, et les centres hospitaliers sont maintenant submergés de patients blessés par le séisme », a déclaré M. Viscarra.
En tant que membre de la Coalition humanitaire, World Vision Canada lance un appel de fonds afin d’apporter l’aide humanitaire dont les personnes touchées par le séisme ont un besoin urgent.
Feroul Papillon est le père de trois enfants âgés de 16, 10 et 3 ans. Il vivait autrefois dans cette maison avec sa famille. Aujourd’hui, son fils et lui tentent de récupérer tout ce qui pourrait servir à la reconstruction. En attendant, la famille dort sur le
Changement climatique, conflits et COVID-19 en Haïti
La population haïtienne fait preuve de résilience. Cependant, cette catastrophe est la dernière d’une série d’épreuves auxquelles elle est confrontée.
Situé dans le « couloir des ouragans », Haïti est particulièrement exposé aux effets de puissantes tempêtes comme l’ouragan Grace. La température chaude à la surface de l’eau dans cette région de l’océan Atlantique – environ 26 °C ou 78,8 °F – est l’une des conditions nécessaires à la formation d’un ouragan. À mesure que les températures augmentent en raison des changements climatiques causés par l’homme, les tempêtes gagnent en fréquence et en intensité.
Par ailleurs, Haïti est en proie à des troubles civils depuis juillet 2018. Des manifestations continuent d’éclater dans les villes de tout le pays en raison de la hausse du coût de la vie, de la corruption au sein du gouvernement et d’une forte inflation. Les activités des gangs se sont intensifiées et l’assassinat récent du président du pays, le 7 juillet 2021, ajoute à la complexité de cette situation d’urgence.
Les dernières données sanitaires du gouvernement haïtien font état de 16 079 cas confirmés de COVID-19, dont 247 chez des enfants de moins de neuf ans. On dénombre 78 029 cas présumés et 346 décès. Selon le Telegraph, l’arrivée de la variante Delta a « entraîné une forte hausse des infections dans ce pays des Caraïbes comptant 11 millions d’habitants ».
Avant le séisme, les hôpitaux étaient déjà pleins, et Haïti n’a encore reçu aucune livraison de vaccins.
Bernard Alteme, ancien enfant parrainé devenu animateur en développement chez World Vision, enseigne aux enfants comment porter leur masque et leur explique d’autres moyens de prévenir la propagation de la COVID-19. Photo : Guy Faubert Vital-Herne
Comment World Vision intervient suite au récent tremblement de terre en Haïti
World Vision est présente en Haïti depuis 1978, où elle travaille auprès des enfants et des familles au sein des collectivités pour favoriser l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux moyens de subsistance et plus encore.
Le personnel de World Vision était déjà sur le terrain en Haïti en 2010 lorsqu’un séisme similaire avait forcé jusqu’à 1,5 million de personnes à se déplacer. Depuis 2019, le personnel collabore avec les chefs religieux et les dirigeants communautaires locaux pour diffuser de l’information sur la prévention de la COVID-19 et distribuer de l’équipement de protection individuelle afin d’assurer la sécurité de la population.
Aujourd’hui, les équipes de World Vision sont sur le terrain pour évaluer la situation et préparer des fournitures de secours d’urgence destinées aux plus vulnérables. Nos équipes s’efforcent d’apporter un soutien aux personnes touchées par le séisme en:
- la distribution de fournitures d’urgence provenant d’entrepôts situés en République dominicaine voisine,
- en garantissant l’accès à l’eau potable et à des purificateurs d’eau pour prévenir les maladies infectieuses telles que le choléra et la COVID-19,
- fournissant des tentes pour abriter les personnes qui ont perdu leur domicile et sont exposées aux intempéries,
- en fournissant une aide alimentaire de base aux familles, en accordant la priorité à celles qui ont des enfants; et
- évaluant les besoins des enfants afin de mettre en place des mesures de protection émotionnelle et psychosociale pour les filles et les garçons vulnérables.
Crystal Penner se trouvait en Haïti, où elle travaillait pour World Vision, en 2010, lorsqu’un tremblement de terre dévastateur d’une magnitude de 7,0 a fait 300 000 morts et déplacé plus de 1,5 million de personnes. Photo : avec l’aimable autorisation de Crystal Penner
En souvenir du séisme de 2010
Pour Crystal Penner, responsable de programme chez Vision Mondiale du Canada, la nouvelle du séisme a fait resurgir une cascade de souvenirs datant du 12 janvier 2010, alors qu’elle animait un atelier en Haïti. Ce jour-là, un autre séisme dévastateur d’une magnitude de 7,0 a frappé la région entourant la capitale, Port-au-Prince, faisant plus de 300 000 victimes.
« Tous les souvenirs me sont revenus d’un seul coup: le chaos, la douleur de ceux qui avaient perdu des proches, leur maison, leurs moyens de subsistance. Et tout le travail acharné qui a été nécessaire depuis pour se remettre de cet événement », se souvient-elle.
Les dégâts étaient immenses, le travail semblait sans fin, et un nombre considérable de personnes avaient besoin d’aide – de l’aide pour tout: de l’eau, de la nourriture, un abri.
« Tout manquait cruellement au cours des premières semaines de l’intervention », explique Mme Penner. « Mais c’était aussi incroyable de voir à quelle vitesse les fournitures ont commencé à arriver. »
Malgré les pertes qu’ils avaient eux-mêmes subies, de nombreux membres du personnel de Vision Mondiale en Haïti sont retournés au travail immédiatement, sachant que leurs voisins auraient besoin d’aide.
Mme Penner a pu appuyer les équipes de World Vision Haïti dans la distribution de fournitures essentielles à la survie aux personnes touchées par le séisme. Un souvenir qui lui reste particulièrement en mémoire de cette période est celui de la distribution effectuée par leurs équipes auprès de personnes devenues handicapées à la suite d’une blessure subie lors du séisme.
Ces personnes avaient manqué les premières distributions, soit parce qu’elles étaient hospitalisées, soit parce qu’elles n’avaient personne pour aller chercher les fournitures d’urgence à leur place. Lors de cette distribution ciblée, elles ont donc reçu des matelas de couchage et d’autres articles ménagers essentiels.
« À ce moment-là, j’étais extrêmement fière de World Vision d’avoir repéré cette lacune et d’avoir comblé ce besoin particulier », déclare Mme Penner.
Des maisons en ruines sur le flanc d’une colline dans la banlieue de Port-au-Prince. Cette image, prise en 2010, présente une ressemblance frappante avec les ravages causés par le dernier tremblement de terre qui a frappé Haïti. Photo : Stephen Matthews
Trouver de l’espoir là où on s’y attend le moins
L’impact psychologique d’événements comme ceux-ci continue de peser sur ceux qui les ont vécus longtemps après que les répliques se sont calmées. Offrir un soutien psychosocial — en particulier aux enfants — est un volet crucial de notre travail, affirme M. Penner. Les espaces adaptés aux enfants constituent des havres de sécurité essentiels où les enfants peuvent commencer à assimiler leurs expériences et à redevenir des enfants.
Quant à l’espoir, M. Penner affirme qu’il réside au fond des gens.
« Je dois souvent me rappeler de garder les yeux ouverts pour le repérer là où on s’y attend le moins », explique Mme Penner. « En 2010, j’ai rencontré des personnes qui participaient au programme de relèvement après le séisme. Une jeune mère seule que j’ai rencontrée m’a dit qu’elle avait l’espoir de pouvoir déterminer les prochaines étapes à suivre, car elle avait un endroit où dormir cette nuit-là et ses enfants étaient en sécurité. »
À la suite du séisme de 2010, les enfants ont passé un après-midi à jouer, à chanter et à suivre des cours dans l’espace adapté aux enfants du camp de déplacés de Sainte-Marie-Thérèse, destiné aux victimes du séisme en Haïti, près de Port-au-Prince. World Vision Haïti mettra en place de nouveaux espaces adaptés aux enfants