L’éducation des filles : faits et moyens d’agir
L'éducation des filles permet de lutter contre la pauvreté, de retarder les mariages précoces et de stimuler l'économie. World Vision soutient les filles par le biais de parrainages, de programmes communautaires et d'actions de sensibilisation en faveur de l'égalité des sexes.
Écrit par Jasmine Owen
le 20 juillet 2023
Mis à jour par Mauro Flammini le 4 août 2026
L’éducation d’une fille est un investissement dans son avenir. C’est également un investissement dans l’avenir de notre monde — un monde prospère, pacifique et durable.
L’éducation est un outil puissant qui permet à chaque enfant de réaliser son plein potentiel, mais elle contribue également à favoriser la compréhension, le respect et l’amitié entre les nations, les peuples et les groupes religieux.
Pour tous les enfants, mais surtout pour les filles, l’éducation est source de stabilité aujourd’hui et d’occasions pour demain. Apprenez-en davantage sur l’importance de l’éducation des filles et sur la façon dont vous pouvez contribuer à protéger leur droit à l’éducation.
L’éducation est-elle un droit de la personne?
Peu importe qui vous êtes ou où vous vivez, vous avez le droit fondamental à l’éducation.
Ce droit est protégé par l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies à Paris le 10 décembre 1948:
- Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire doit être obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé, et l’enseignement supérieur doit être accessible à tous en fonction du mérite.
- L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de la personne et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que contribuer aux activités des Nations Unies en faveur du maintien de la paix.
- Les parents ont le droit prioritaire de choisir le type d’éducation à donner à leurs enfants.
Pour célébrer le mois de juin, qui est le Mois de l’enfant et la Journée de l’enfant africain, World Vision a organisé une activité de sensibilisation dans les écoles à Mbabane, en Eswatini (anciennement connu sous le nom de Swaziland). Le thème de la Journée de l’enfant africain pour 2023 est « Les droits de l’enfant ».
Chaque jeune garçon et chaque jeune fille a le droit d’avoir pleinement accès à une éducation de qualité. Or, bon nombre d’enfants parmi les plus pauvres du monde continuent d’être privés de ce droit fondamental.
Combien de filles ne vont pas à l’école?
En 2025, selon ONU Femmes:
- On estime à 122 millions le nombre de filles non scolarisées dans le monde.
- Près de 50 millions d’adolescentes et de jeunes femmes sont analphabètes, et 9 sur 10 de celles qui vivent dans des pays à faible revenu n’ont pas accès à Internet
Celles issues des familles les plus pauvres sont plus susceptibles d’être non scolarisées que leurs pairs issus de communautés plus aisées.
Qu’est-ce qui empêche les filles d’aller à l’école?
De nombreux obstacles entravent l’éducation des filles.
La pauvreté aggrave des problèmes tels que la famine et la sécheresse, la santé et l’assainissement, les normes et pratiques culturelles, entre autres — autant de facteurs qui, combinés, forment des obstacles insurmontables à l’éducation des filles.
La famine et la sécheresse causées par les changements climatiques
Les pénuries de nourriture et d’eau ne sont en aucun cas un phénomène nouveau, mais, en raison des changements climatiques, elles sont devenues si graves ces dernières années que de nombreux pays en développement ont déclaré l’état de catastrophe.
De plus:
- Dans 80 % des ménages confrontés à des pénuries d’eau, ce sont les femmes et les filles qui sont chargées d’aller chercher l’eau.
- À l’échelle mondiale, les femmes et les filles parcourent en moyenne six kilomètres par jour pour aller chercher 20 litres d’eau qui est souvent contaminée ou insalubre.
Après avoir parcouru toute cette distance et porté ce lourd fardeau, elles peuvent être trop fatiguées ou affamées pour se concentrer à l’école, ou trop malades à cause de maladies d’origine hydrique pour assister aux cours.
Avec le soutien de World Vision, l’Organisation nationale orthodoxe des scouts a proposé à plus de 200 enfants, dans un espace adapté aux enfants à Tripoli, au Liban, des séances sur la protection de l’enfance, des activités ludiques et des ateliers sur la parentalité positive, dans l’espoir d’influencer
Santé et assainissement
Bien que le manque d’hygiène et d’assainissement touche tous les enfants d’âge scolaire, l’insuffisance des installations nuit particulièrement aux filles.
De nombreuses écoles disposent de latrines dangereuses ou d’un approvisionnement en eau insalubre, ce qui empêche les filles de rester à l’école lorsqu’elles commencent à avoir leurs règles.
Le manque d’installations sanitaires et de lavabos sécuritaires, séparées et privées est l’un des principaux facteurs qui empêchent les filles de fréquenter l’école.
Normes et pratiques culturelles
Les filles sont souvent empêchées de fréquenter l’école, même lorsqu’elles en ont grandement envie. De nombreuses familles et cultures ont tendance à privilégier l’éducation des garçons. Les parents et les chefs de communauté peuvent ne pas percevoir l’intérêt d’éduquer une fille, estimant que cela n’est pas nécessaire compte tenu de ses rôles principaux dans la vie, à savoir ceux d’épouse et de mère.
Même pour les filles qui commencent l’école, des pratiques culturelles comme le mariage précoce peuvent mettre brusquement fin à leur scolarité. Beaucoup sont forcées d’abandonner leurs études pour se consacrer à leurs responsabilités domestiques ou pour élever leurs propres enfants.
Les chiffres montrent que les filles qui ne fréquentent pas l’école courent un plus grand risque de devenir des épouses mineures:
- Les filles qui n’ont pas reçu d’éducation sont trois fois plus susceptibles de se marier avant l’âge de 18 ans que celles qui ont fréquenté l’école secondaire ou un niveau d’études supérieur , et 87 % des filles mariées âgées de 15 à 17 ans ne fréquentent plus l’école
Le travail des enfants
Les familles démunies n’ont souvent d’autre choix que de recourir au travail des enfants pour survivre. Bon nombre de ces enfants sont « invisibles », hors de vue et hors de portée des lois qui les protègent.
Les filles qui s’occupent de leur famille ou qui effectuent des tâches domestiques sont peut-être les plus invisibles de toutes.
Certaines données suggèrent que 59 millions de filles sont victimes du travail des enfants à l’échelle mondiale — un chiffre sous-estimé, car il ne tient pas compte du travail domestique non rémunéré effectué dans leur propre foyer.
Les filles passent de longues journées dans des conditions de travail difficiles plutôt que dans une salle de classe, là où elles devraient se trouver.
Distance et coût
L’accès physique à une salle de classe peut constituer un défi.
Dans de nombreuses régions du monde en développement, l’école primaire la plus proche d’une communauté donnée peut se trouver à plusieurs kilomètres de marche:
- En Tanzanie, par exemple, les élèves peuvent marcher jusqu’à 7 kilomètres pour se rendre à l’école.
- Comparez cela au Canada, où la distance moyenne à parcourir à pied n’est que d’un kilomètre.
De nombreux parents s’inquiètent de voir leurs enfants devoir parcourir de longues distances seuls pour se rendre à l’école.
Les filles sont particulièrement vulnérables, car elles s’exposent à des dangers, à la violence et aux abus simplement pour se rendre en classe.
Et bien que l’enseignement primaire doive être gratuit, il y a souvent des coûts associés qui s’avèrent un fardeau trop lourd à porter pour les familles en difficulté.
Qu’il s’agisse de manuels scolaires, de frais de scolarité, d’uniformes ou de transport — lorsqu’une famille a plus d’un enfant à élever, les filles sont souvent lésées au profit de leurs frères.
Dans le cadre du projet de la région de Chikreng, au Cambodge, de nombreuses écoles manquent d’installations éducatives et de matériel scolaire de qualité, ce qui fait que les enfants sont souvent confrontés à des difficultés d’apprentissage. En 2014, World Vision s’est associée à cette école afin d’améliorer l’environnement d’apprentissage
Crises et conflits
La guerre et la violence mettent souvent un terme brutal aux possibilités d’éducation pour tous les enfants, mais les filles sont particulièrement vulnérables en période de crise sociale ou politique.
De nombreuses familles subissent des pertes insurmontables lors de catastrophes naturelles ou d’épidémies, après quoi le besoin d’éducation passe au second plan face à la simple survie.
À l’heure actuelle, plus de 103 millions d’enfants — soit un sur trois — vivant dans des zones de crise ou des contextes fragiles ne sont pas scolarisés.
Pourquoi est-il important d’éduquer une fille?
L’éducation, pour tout enfant, peut ouvrir les portes d’un avenir meilleur qui, autrement, resterait fermé à double tour.
Mais il ne s’agit pas seulement de l’avenir.
Les enfants qui restent à l’école sont mieux protégés contre l’exploitation dans le présent. Et lorsque les filles ont accès à l’éducation, elles acquièrent les connaissances, la confiance en soi et les compétences de vie nécessaires pour s’adapter à un monde en constante évolution.
Briser le cycle de la pauvreté
L’éducation des filles les aide non seulement à réaliser leur potentiel individuel, mais contribue également à briser les cycles intergénérationnels de pauvreté et de désavantage.
Lorsqu’une fille reste à l’école, elle accroît son potentiel de revenus et son avenir s’éclaircit immédiatement. L’éducation lui donne les moyens de se bâtir une vie meilleure, contribuant ainsi à la santé, à la sécurité et à la prospérité de sa famille et de sa communauté.
En effet, veiller à ce que toutes les filles terminent leurs études secondaires d’ici 2030 pourrait faire grimper le produit intérieur brut (PIB) des pays en développement de 10 % en moyenne au cours de la prochaine décennie.
Amélioration de la santé
Si toutes les filles terminaient leurs études primaires, le nombre de décès maternels diminuerait, ce qui permettrait de sauver 98 000 vies, car:
- Les filles qui restent à l’école sont plus susceptibles de se marier plus tard et de retarder leur première grossesse.
- Elles sont plus susceptibles de comprendre l’importance des soins prénataux, de la nutrition, de la planification familiale et des signes avant-coureurs potentiels pendant la grossesse.
- Elles sont mieux outillées pour obtenir des soins médicaux spécialisés auprès de professionnels de la santé qualifiés.
Améliorer l’accès des filles à l’éducation réduit leur risque de contracter le VIH et améliore la santé future des enfants et des mères.
Une femme ayant suivi une éducation formelle est plus susceptible qu’une femme sans instruction d’ utiliser des moyens de contraception, de se marier plus tard, d’avoir moins d’enfants et d’être mieux informée sur les besoins nutritionnels de ses enfants.
L'éducation protège les enfants contre les actes de violence à Lamu, au Kenya. Photo : Martin Muluka
Apprendre à diriger
L’école est le lieu où les enfants apprennent pour la première fois à exercer leur autonomie et à faire entendre leur voix.
Sans accès à l’éducation, les filles se voient privées de la possibilité d’acquérir les compétences qui leur permettraient de prendre les rênes non seulement de leur foyer, de leur carrière et de leur vie, mais aussi de leur communauté et de leur pays.
Elles peuvent ainsi mieux éduquer leurs propres enfants, ce qui contribuera à faire progresser toute une génération.
En éduquant les filles, nous leur donnons la chance de prendre les devants et de réaliser pleinement leur potentiel de leadership.
Que fait Vision Mondiale du Canada pour aider?
Partout où Vision Mondiale Canada est présente, nous œuvrons pour défendre les droits des filles.
Nous travaillons en partenariat avec les familles et les communautés tout entières — hommes, femmes, garçons et filles — pour les aider à comprendre la valeur d’une fille et pourquoi ses droits doivent être protégés.
Plus particulièrement, nous les aidons à comprendre l’importance de soutenir le droit des filles à l’éducation.
- Nous travaillons à l’amélioration des installations scolaires dans les pays en développement partout dans le monde. En assurant l’accès à l’eau potable et en installant des toilettes sécuritaires, privées et séparées pour les filles à proximité des bâtiments scolaires, nous contribuons à la sécurité des enfants pendant qu’ils apprennent et nous les encourageons à fréquenter l’école de façon régulière.
- En fournissant du mobilier, des manuels scolaires, des fournitures et des repas nutritifs, nous aidons les enfants à rester engagés et concentrés en classe.
Notre collaboration avec les ministères de l’Éducation locaux et internationaux permet de s’assurer que les enseignants disposent des outils nécessaires pour améliorer leur environnement d’apprentissage. Grâce à la création de matériel pédagogique adapté au contexte local et à l’âge des élèves, les enfants peuvent acquérir les connaissances dont ils ont besoin dans leur langue maternelle.
Et en collaborant avec d’autres organismes expérimentés dans ce domaine, nous parvenons à élargir notre champ d’action pour contribuer à la mise en œuvre d’initiatives éducatives fructueuses dans les pays où nous intervenons.
Que puis-je faire pour aider à maintenir les filles à l’école?
Les Objectifs de développement durable des Nations Unies prévoient notamment de veiller à ce que toutes les filles et tous les garçons achèvent un cycle d’enseignement primaire et secondaire gratuit, équitable et de qualité d’ici 2030.
Nous avons fait des progrès, mais jusqu’à 48 % des filles ne fréquentent toujours pas l’école dans certaines régions, tandis que 15 millions de filles ne sont pas inscrites à l’école primaire.
À l’adolescence, un nombre croissant de filles abandonnent leurs études secondaires en raison d’une grossesse précoce ou de l’attente selon laquelle elles devraient consacrer davantage de temps aux tâches ménagères.
Tasya, une étudiante en Indonésie, dirige le Forum des enfants de sa communauté, où elle mène des actions de sensibilisation aux droits des enfants et lutte contre le mariage des enfants. Photo : Ben Adams