placeholder

Du traumatisme à l’espoir : aider les enfants à se remettre d’un conflit

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, découvrez comment les espaces sécuritaires aident les enfants en Éthiopie à se remettre des conséquences de la guerre et des épreuves.

Écrit par Kirill Tarasenko

le 9 octobre 2025

Le poids des enfances brisées

Lorsqu’une guerre ravage une communauté, elle ne se contente pas de détruire les maisons ou les écoles: elle prive les enfants de leur sentiment de sécurité. Les blessures les plus difficiles à percevoir sont celles qui restent enfouies à l’intérieur. Elles s’installent dans le cœur des jeunes sous forme de peur, de désespoir et d’engourdissement émotionnel.

Lidiya, une jeune fille de 16 ans originaire de la région du Tigré, en Éthiopie, ne connaît que trop bien cette douleur, mais son histoire ne s’arrête pas là.

À l’occasion de cette Journée mondiale de la santé mentale, nous devons parler de ce qui se passe lorsque les enfants perdent plus que leurs biens — lorsqu’ils perdent leur capacité de rêver, de rire et d’être simplement des enfants.

Les répercussions cachées de la guerre et des conflits sur la santé mentale

Le conflit au Tigré, en Éthiopie, a bouleversé la vie de Lidiya d’une manière que les statistiques ne peuvent pas saisir. Les écoles ont fermé pour une durée indéterminée, les familles se sont dispersées dans des territoires inconnus, et les rythmes fondamentaux de l’enfance ont disparu du jour au lendemain. Ce qui a suivi n’était pas seulement les difficultés matérielles liées au déplacement, la faim endurée par sa famille, les grottes où ils se sont réfugiés pour échapper aux attaques et la douleur de la perte. Cela s’est transformé en une crise de santé mentale qui se cachait à la vue de tous. Des enfants comme Lidiya ont commencé à montrer des signes qui ont inquiété les enseignants et les parents: retrait social, incapacité à se concentrer sur les cours et une tristesse persistante qui semblait ne jamais prendre fin.

Ce traumatisme découle directement du conflit et du déplacement, où la perte et la peur remplacent la sécurité et la stabilité. Lidiya décrit son expérience avec une clarté déchirante: « J’étais physiquement présente, mais mentalement absente. » Son corps était assis dans les salles de classe, mais son esprit restait prisonnier de l’inquiétude et de la peur, incapable de s’engager avec le monde qui l’entourait.

Un espace sécuritaire propice à la guérison

Pour répondre aux besoins extrêmes d’enfants comme Lidiya, World Vision a créé des « espaces adaptés aux enfants » dans toute la région, des lieux où la guérison peut s’amorcer grâce à des activités simples mais puissantes. Il ne s’agit pas de milieux cliniques aux murs stériles et aux blocs-notes. Il s’agit plutôt d’environnements chaleureux et colorés où les enfants peuvent redécouvrir la joie par le jeu, exprimer leurs sentiments par l’art et la musique, et assimiler leurs expériences en racontant des histoires.

Pour Lidiya, le tournant s’est produit progressivement. Au début, ses dessins reflétaient la violence et le chaos dont elle avait été témoin: des armes, des conflits, la destruction. Mais au fil des semaines passées dans cet environnement bienveillant, quelque chose a changé. Ses œuvres ont commencé à représenter des scènes paisibles: des familles réunies, des enfants qui jouent, un soleil radieux. Ce changement dans ses dessins reflétait celui qui s’opérait au fond de son cœur.

Le soutien psychosocial offert dans ces espaces ne repose pas sur des techniques thérapeutiques complexes. Au contraire, le personnel qualifié crée des occasions permettant aux enfants de développer naturellement leur résilience. Ils apprennent des stratégies d’adaptation par le jeu, développent la confiance grâce à des soins constants et reconstruisent lentement leur confiance en un monde qui leur semblait si incertain. Pour de nombreux enfants en situation de conflit, c’est la première fois depuis des mois, voire des années, qu’ils se sentent vraiment en sécurité et libres d’être eux-mêmes.

Photo illustrant l'article

Après avoir vécu la terreur et le deuil pendant le conflit du Tigré, Lidiya a trouvé un réconfort grâce aux activités proposées dans un « espace adapté aux enfants » de World Vision.

Transformation et espoir

En Éthiopie, c’est à travers des histoires comme celle de Lidiya que l’on perçoit le mieux l’impact de ces espaces adaptés aux enfants. Aujourd’hui, on la reconnaît à peine: elle n’a plus rien à voir avec l’enfant renfermée et craintive qui a rejoint le programme à ses débuts. Désormais, Lidiya sourit plus souvent et s’est fait des amis qui comprennent ce qu’elle a traversé.

La réouverture des écoles après l’ Accord de Pretoria a permis à Lidiya de retourner en classe dans sa communauté d’origine, avec le soutien de l’espace adapté aux enfants situé à proximité. Ses enseignants ont eux aussi remarqué ce changement. Ses notes s’améliorent et elle participe activement aux discussions en classe.

« Maintenant, je suis en bonne santé et j’interagis avec toutes les personnes que je rencontre », confie Lidiya avec une fierté évidente. « Mes notes s’améliorent, et j’ai l’impression de retrouver mon plein potentiel. » Sa transformation représente bien plus qu’une guérison personnelle: c’est la preuve qu’avec un soutien adapté, les enfants peuvent rebondir même après avoir traversé les situations les plus difficiles.

L’impact de ces espaces adaptés aux enfants va bien au-delà des histoires individuelles porteuses d’espoir. Ils accueillent aujourd’hui 1 200 enfants dans toute la région. Pourtant, les besoins restent immenses. Des milliers d’autres enfants portent encore les blessures invisibles causées par les conflits et l’instabilité, attendant leur chance de guérir et de grandir. Chaque enfant qui retrouve l’espoir aide les autres à croire qu’ils peuvent eux aussi guérir, démontrant ainsi que le rétablissement est possible même après les expériences les plus sombres.

Dépasser ensemble cette épreuve

Le parcours de Lidiya nous rappelle que si la souffrance et les traumatismes peuvent laisser des cicatrices profondes, ils ne doivent pas nécessairement déterminer l’avenir d’un enfant. Cette Journée mondiale de la santé mentale nous rappelle chaque année que prendre soin des enfants, c’est aussi prendre soin de leur esprit et de leur cœur. Le simple fait de créer des espaces sécuritaires où les enfants peuvent jouer, s’exprimer et se sentir valorisés peut transformer des vies bien au-delà de l’enfance. Grâce à un soutien et à une compréhension constants, des enfants comme Lidiya peuvent surmonter leurs difficultés, retrouver leurs rêves et se bâtir l’avenir radieux qu’ils méritent.

Lidiya s’exprime avec assurance en classe depuis son retour à l’école après des années de conflit.

Lidiya s’exprime avec assurance en classe dans la région du Tigré, en Éthiopie, après avoir repris ses études à la suite de plusieurs années de conflit.