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Des salles de classe aux collectivités : l’éducation des filles, gage d’une paix durable

Les conflits empêchent des millions de filles d’aller à l’école. World Vision les aide à reprendre leur scolarité — découvrez comment vous pouvez contribuer à ce changement.

Écrit par Vongaishe Changamire and Hawa Abdiaziz

le 30 avril 2025

Par Vongaishe Changamire, spécialiste technique en éducation chez World Vision Canada, et Hawa Abdiaziz, du Conseil pour l’éducation des réfugiés

À une époque marquée par l’escalade des conflits, l’instabilité politique et l’aggravation de la crise climatique, l’éducation s’impose comme l’un des outils les plus puissants et les plus rentables pour renforcer la paix et la résilience. Partout dans le monde, un enfant sur cinq vit dans une zone de conflit ou en fuit, tandis que près d’un milliard grandissent dans des pays considérés comme très exposés aux répercussions des changements climatiques ( UNICEF, 2023 ). Près d’un quart de milliard d’enfants — soit une augmentation de 35 millions au cours des trois dernières années — n’ont toujours pas accès à une éducation de qualité ( UNICEF USA, 2025 ).

Parmi les plus durement touchées figurent les filles, qui sont confrontées à toute une série de risques qui se recoupent, notamment le mariage précoce, l’exploitation et des normes culturelles profondément ancrées qui relèguent au second plan leur droit à l’éducation. De nombreuses filles sont retirées de l’école pour assumer des rôles de soins ou sont contraintes à un mariage précoce. Le trajet entre la maison et l’école les expose à des risques de harcèlement, de violence sexuelle et d’exploitation. Ces dangers ne sont pas hypothétiques. Ils constituent une réalité quotidienne pour bon nombre d’entre elles. Sans accès à l’éducation, les filles sont de plus en plus vulnérables à la traite, au mariage d’enfants et aux abus, ce qui aggrave les cycles de pauvreté et de marginalisation.

Dans les contextes de conflit et de fragilité, les filles déplacées à l’intérieur de leur propre pays ou ayant été associées à des groupes armés se heurtent à d’énormes obstacles liés au genre qui les empêchent d’accéder à une éducation sécuritaire et de qualité. Parmi ces obstacles, mentionnons la destruction physique des écoles, le manque d’enseignants qualifiés, la discrimination systémique, les difficultés économiques et les attentes socioculturelles qui restreignent leur mobilité et leur autonomie.

Hawa Abdiaziz est membre du Conseil pour l'éducation des réfugiés.

Hawa Abdiaziz (Crédit photo : Refugee Education Council)

L’importance de l’éducation des filles dans les situations de crise et de conflit

Dans ce contexte, une éducation inclusive et de qualité joue un rôle transformateur. Sans accès à l’éducation, en particulier pour les filles, le potentiel de progrès reste étouffé et le cycle de la crise se perpétue. L’éducation contribue à l’autonomisation individuelle et au progrès collectif en faisant progresser les droits de la personne, en améliorant la cohésion sociale, en renforçant la participation civique et en favorisant des sociétés plus démocratiques et plus tolérantes ( GPE, 2024 ). L’UNESCO estime que doubler le pourcentage de jeunes ayant suivi des études secondaires peut réduire de moitié le risque de conflit, tandis qu’il a été démontré que les inégalités en matière d’éducation font plus que doubler la probabilité d’un conflit dans les contextes fragiles ( CSIS, 2023 ).

Les données sont claires: l’éducation des filles génère des retombées puissantes et multidimensionnelles. Les investissements dans l’éducation des filles renforcent l’autonomie, la productivité économique, la résilience face aux changements climatiques, la santé publique et les résultats en matière de consolidation de la paix ( GPE, 2024 ). Comme le souligne le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), les sociétés où le taux de scolarisation est plus élevé, en particulier chez les femmes, connaissent des niveaux d’instabilité politique et de conflits plus faibles ( GPE, 2025 ). En effet, il a été démontré que l’éducation des filles génère un rendement cinq fois supérieur à l’investissement tout en contribuant de manière significative à la paix, à la sécurité et au développement à long terme.

Une fillette est assise au milieu d'un groupe d'enfants qui lisent des livres.

Un groupe d'enfants participant au projet EGAL. (Crédit photo : World Vision RDC)

Protéger et promouvoir le droit des filles à l’éducation

Malgré ces défis immenses, des efforts significatifs sont déployés pour protéger et promouvoir le droit des filles à l’éducation dans les situations de crise. Dans les secteurs humanitaire et du développement, les gouvernements, les donateurs, la société civile et les communautés déplacées elles-mêmes travaillent en collaboration pour s’assurer que l’éducation soit une priorité.

Hawa Abdiaziz, membre du Conseil canadien pour l’éducation des réfugiés (REC) et ancienne réfugiée somalienne qui a grandi dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, est une figure marquante de ce mouvement. Le parcours d’Hawa illustre avec force le potentiel transformateur de l’éducation. Déplacée par un conflit dès son plus jeune âge, elle a pu constater de ses propres yeux que l’éducation, en particulier pour les filles, n’est pas simplement une voie vers le savoir, mais une bouée de sauvetage vers la dignité, l’autonomisation et la paix.

Pour Hawa, l’éducation va bien au-delà de la lecture et de l’écriture. Il s’agit de doter les filles des outils nécessaires pour défendre leurs propres intérêts, participer de manière significative à la prise de décision et devenir des leaders capables de transformer leur propre vie et l’avenir de leurs communautés.

Un groupe d'adolescentes est debout, formant un cercle.

Des filles participent à une cérémonie de remise des diplômes du programme IMAGINE. (Crédit photo : World Vision Mali)

Une fille à la fois: le message d’Hawa sur l’éducation et la paix durable

L’éducation est un point d’ancrage solide dans les contextes de crise, non seulement pour l’apprentissage, mais aussi pour le rétablissement psychologique et émotionnel. Pour les filles victimes de déplacement, de conflits et de violence fondée sur le genre, la salle de classe est un refuge. Un milieu d’apprentissage sécuritaire et accueillant offre une structure, de la stabilité et la possibilité de commencer à guérir des traumatismes passés. Lorsque les écoles accordent la priorité à la santé mentale et au soutien psychosocial, elles redonnent aux filles leur estime de soi, leur autonomie et leur espoir en l’avenir.

L’éducation va au-delà de l’alphabétisation. Elle donne aux filles les outils nécessaires pour défendre leurs droits, participer à la prise de décision et mener le changement au sein de leurs communautés. Tout effort significatif de consolidation de la paix doit inclure la création d’espaces sécuritaires et inclusifs où les filles se sentent valorisées, respectées et protégées. Ces environnements favorisent le leadership et la résilience, permettant aux filles non seulement d’apprendre, mais aussi de prendre les devants.

Lorsque les filles sont encouragées à parler ouvertement de leurs expériences et de leurs défis, elles commencent à se considérer comme des actrices du changement. J’ai pu constater de mes propres yeux comment l’éducation va au-delà des connaissances scolaires en abordant la santé mentale, en transmettant des compétences de vie et en surmontant les obstacles liés au genre, ce qui permet aux filles d’apporter une contribution significative à leurs communautés. Cette approche holistique transforme les filles en artisanes de la paix, remettant en question les normes néfastes, comblant les fossés et semant les graines de la réconciliation.

Une jeune fille à la fois, nous nous rapprochons d’une paix durable en créant des espaces d’apprentissage inclusifs, adaptés aux traumatismes et centrés sur les jeunes filles. Ayant moi-même parcouru ce chemin, de l’étudiante dans un camp de réfugiés à la défenseure des droits des jeunes filles, je connais le pouvoir de l’éducation. Ne la considérons plus comme une simple activité en classe, mais comme un outil de transformation au service de la guérison, de l’autonomisation et de la paix.

Ma question est donc la suivante: comment pouvons-nous espérer instaurer une paix durable si la moitié de notre population, les filles, est exclue du débat?

Des données à l’action: des exemples tirés de nos programmes

Vision Mondiale Canada travaille auprès d’adolescentes et de jeunes femmes dans des pays touchés par des conflits, en soutenant leur droit à une éducation sécuritaire, inclusive et de qualité. Des initiatives récentes au Mali et en République démocratique du Congo (RDC) — dans le cadre de projets financés par Affaires mondiales Canada — ont démontré l’impact transformateur de l’éducation lorsqu’elle est combinée à l’acquisition de compétences de vie, à un soutien psychosocial et à l’engagement communautaire.

Améliorer l’accès équitable à l’éducation pour les filles en RDC

Dans la province du Kasaï central en RDC, une région qui se remet encore d’années de conflit, de déplacements de population et de violence fondée sur le genre, le projet « Égalité d’accès à l’apprentissage pour les filles » (EGAL) de Vision Mondiale du Canada (2020–2023) visait à briser le cycle de l’exclusion scolaire. Dans un contexte où les filles sont confrontées au mariage précoce, à la violence sexuelle et à une discrimination sociale profondément enracinée, le projet EGAL a créé des espaces d’apprentissage sécuritaires, offert un soutien psychosocial et dispensé une formation aux compétences de vie adaptée à la réalité des filles.

L’un des volets phares du projet EGAL a été la création de « clubs de filles et de leadership », qui s’attaquaient à la fois aux lacunes scolaires et aux obstacles structurels à l’accès à l’éducation, tels que les châtiments corporels à l’école, l’exploitation sexuelle, la santé mentale et les normes culturelles patriarcales. Les activités des clubs couvraient des thèmes tels que l’éducation à la paix, la santé sexuelle et reproductive, la prise de parole en public, le plaidoyer et la masculinité positive.

Afin de renforcer les réseaux de soutien aux filles, le projet a mobilisé des enseignants, des mentors communautaires féminines, des chefs religieux, des aidants et des alliés masculins pour promouvoir l’éducation des filles et remettre en question les normes néfastes. Des messages de non-discrimination et de pardon ont été diffusés par le biais de la poésie, de dialogues communautaires et de la radio. Les enseignants ont également suivi une formation dans le cadre du programme « Teachers in Crisis Contexts » (TiCC), axée sur la discipline positive, l’empathie et la consolidation de la paix en classe.

Dans un contexte autrefois marqué par l’exclusion et la stigmatisation des élèves de sexe féminin, EGAL a contribué à faire de l’éducation un espace de guérison, de dignité et d’autonomisation pour elles.

Surmonter les obstacles à l’éducation et à l’acquisition de compétences de vie au Mali

Au Mali, où l’insécurité persistante et les menaces émanant de groupes armés non étatiques continuent de déstabiliser le secteur de l’éducation, Vision Mondiale du Canada, en partenariat avec Plan International et Save the Children Canada, a mis en œuvre le projet IMAGINE, avec le soutien d’Affaires mondiales Canada. Dans les collectivités où les écoles ont été contraintes de fermer en raison de conflits, de la COVID-19, de grèves d’enseignants, de coups d’État militaires et d’inondations, le projet a mis en place des programmes d’enseignement radiophoniques sécuritaires à domicile, garantissant ainsi que l’éducation ne s’arrête pas aux portes de la classe, mais trouve au contraire une continuité au sein des foyers et des collectivités.

IMAGINE est allé au-delà des matières scolaires. Il a mis l’accent sur des compétences de vie transformatrices — notamment l’empathie, la gestion du stress, la résolution de conflits et le leadership —, donnant aux adolescentes les moyens non seulement de s’adapter, mais aussi de devenir des leaders. Les filles ont été encadrées pour animer des dialogues intergénérationnels sur l’éducation, la paix et la protection, tandis que des groupes de femmes dans chaque commune leur offraient des conseils et du soutien pour renforcer leur parcours de leadership.

En créant des parcours d’apprentissage flexibles et ancrés dans la communauté, et en favorisant un dialogue ouvert, IMAGINE a transformé l’éducation, qui est passée d’un service offert en situation de crise à un fondement de la paix et du leadership. Ce faisant, le projet a comblé le fossé entre les salles de classe et les communautés, positionnant les filles comme de puissantes agentes de changement dans les deux milieux.

L’avenir de la paix commence là où les filles apprennent: investir dans l’éducation

Si nous voulons vraiment construire la paix, l’éducation des filles ne peut être traitée comme une considération secondaire. Des camps de réfugiés aux zones de conflit, les salles de classe ont le potentiel de devenir les premiers éléments constitutifs d’un avenir plus pacifique et inclusif pour tous. Mais cette vision n’est possible que si chaque fille se voit offrir la possibilité d’apprendre, de diriger et de s’épanouir.

Comme l’ont démontré tant les données probantes que les expériences vécues, l’éducation doit être repensée, non seulement comme une voie vers la réussite scolaire, mais aussi comme un outil puissant de guérison, d’autonomisation et de transformation, en particulier dans les contextes de conflit et de déplacement.

Cela exige un changement radical dans la façon dont nous concevons et dispensons l’éducation en situation d’urgence. Cela signifie:

  • Donner la priorité à des approches tenant compte des traumatismes et sensibles au genre, qui reconnaissent les défis particuliers auxquels les filles sont confrontées et y répondent.
  • Intégrer les compétences de vie, le soutien psychosocial et la formation au leadership dans l’enseignement et l’apprentissage.
  • Créer des environnements d’apprentissage sécuritaires, inclusifs et ancrés dans la communauté, où les filles se sentent protégées, valorisées et soutenues.
  • De donner plus de poids à la voix des jeunes — en particulier celle des filles — dans l’élaboration des politiques éducatives et la prise de décisions.

Investir dans l’éducation des filles n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est aussi la chose la plus judicieuse à faire. C’est maintenant qu’il faut agir. Lorsque les filles apprennent, les communautés se rétablissent et le monde se rapproche de la paix, une classe à la fois.

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