Un ancien enfant parrainé obtient un doctorat au Canada
Dans les pays en développement, les femmes figurent rarement dans les livres d’histoire. Teriano Lesancha contribue à changer cette situation.
Écrit par Deborah Wolfe
le 3 octobre 2025
Félicitations, Dre Lesancha!
Pendant l’enfance de Teriano, l’histoire du Kenya occupait une place importante dans son programme d’études à l’école primaire. Mais pas de la façon dont elle l’aurait souhaité.
« Il y avait beaucoup d’hommes dans l’histoire », a-t-elle déclaré en riant lors d’une récente entrevue avec World Vision Canada. « On n’étudiait pas les femmes. Ça me semblait tellement étrange. Parce qu’en réalité, c’est dans les sociétés les plus difficiles qu’on trouve les femmes les plus fortes. »
À quelques rares exceptions près, les femmes ont été négligées dans l’écriture de l’histoire. Bien que les hommes et les femmes aient bâti le monde ensemble, il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que les femmes obtiennent le droit de publier des livres d’histoire. Même alors, les travaux des femmes scientifiques étaient souvent attribués à leurs homologues masculins.
C’est en partie pour cette raison que le Canada célèbre le Mois de l’histoire des femmes chaque octobre. Et c’est pourquoi des femmes comme Teriano Lesancha jouent un rôle si crucial pour l’égalité des sexes.
Tant que l’histoire des femmes ne sera pas partagée, les femmes et les filles ne pourront pas bénéficier de la sagesse et des réalisations de leurs ancêtres féminines.
Écrire l’histoire des femmes masaï
Teriano Lesancha contribue à mieux faire connaître l’histoire du Kenya au monde entier, à travers le regard des femmes et des filles masaï du pays. C’est là l’objet novateur de sa thèse de doctorat, récemment achevée à l’Université de Toronto.
« J’ai appris ma propre histoire grâce à des femmes plus âgées, notamment ma grand-mère », a-t-elle déclaré. « Ma thèse est une étude de mes racines; des pratiques de narration avec lesquelles j’ai grandi. Notre culture et notre histoire orales, les cérémonies et les récits — la manière masaï de connaître. »
Pour Teriano, découvrir l’histoire de ses ancêtres féminines a eu un impact tout aussi fort que tout ce que ses professeurs écrivaient au tableau. Dans son esprit, sa grand-mère occupe une place plus importante que bon nombre des hommes sur lesquels elle a fait des recherches.
En 2018, Teriano et des représentants des autorités kenyanes ont assisté à l’inauguration d’un nouveau dortoir. En offrant aux étudiantes un endroit sécuritaire où dormir à l’école, celles-ci pouvaient se concentrer davantage sur leurs études et moins sur leur sécurité physique. (Photo : Teriano Lesancha)
Une figure historique à part entière
Teriano ne se contente pas d’écrire l’histoire, elle en écrit une elle-même en devenant la toute première personne de sa région au Kenya à obtenir un doctorat. C’est un revirement spectaculaire, compte tenu des projets que son père, un aîné du village, avait pour elle.
« Mon mariage avec le fils de la sage-femme avait été arrangé dès ma naissance », explique Teriano. « Mon père parlait déjà de mariage lorsque j’ai terminé la 8e année. »
Alors que sa mère était favorable à la poursuite de ses études, son père était plus traditionnel. « Il disait souvent: “L’école, c’est comme un lion, ça mange les vaches” », raconte Teriano, expliquant qu’il craignait de devoir vendre des vaches pour couvrir les frais de scolarité, les fournitures et les uniformes.
« Mon parrain de World Vision m’a aidée à rester à l’école et à terminer mes études secondaires », a déclaré Teriano. « World Vision a réduit légèrement sa contribution chaque année, à mesure que je me rapprochais de l’obtention de mon diplôme. Ma famille a fini par prendre les choses en main et a trouvé des moyens de payer. »
Teriano a terminé ses études secondaires en tête de sa classe. Son père, autrefois sceptique, était fier d’elle. Après l’obtention de son diplôme, il a vendu une vache pour l’aider à payer ses frais de scolarité au collège. Dans la culture masaï, où les vaches constituent la principale source de subsistance et de sécurité financière, cela représentait une formidable marque de confiance.
Après avoir terminé ses études secondaires en 2003, Teriano a travaillé pour World Vision en tant qu’animatrice en développement communautaire. Sur cette photo, on la voit rendre visite aux vaches de son père. (Photo : World Vision)
S’investir au sein de sa communauté
Après ses études secondaires, Teriano a travaillé pour World Vision Kenya à titre d’animatrice en développement communautaire. Mais elle n’avait pas l’intention de rester indéfiniment dans son pays — du moins, pas encore. Elle s’est rendue à Toronto, au Canada, pour étudier le développement communautaire.
« Je viens d’une communauté où les femmes n’ont pas beaucoup d’occasions », a-t-elle déclaré à propos de son village masaï, lors d’une entrevue en 2014. « Les femmes ne possèdent pas de biens immobiliers. Elles ne gagnent pas beaucoup d’argent, même si elles travaillent très fort.
« Alors, tout ce que j’apprenais à l’université, je me demandais: “Comment vais-je mettre ça à profit? Comment vais-je faire une différence? Comment vais-je voir plus loin que moi-même?” » Après avoir obtenu son diplôme, elle est retournée dans son village, a fondé une coopérative et a accordé des prêts aux femmes de la région pour qu’elles puissent démarrer de petites entreprises.
Teriano a obtenu un baccalauréat en développement communautaire à l'Université Ryerson (aujourd'hui l'Université métropolitaine de Toronto). (Photo : World Vision)
Ouvrir la voie aux femmes
Teriano est revenue à Toronto quelques années plus tard pour poursuivre ce doctorat à l’Université de Toronto. Mais c’est au Kenya qu’elle s’installera définitivement; elle y a travaillé comme conseillère du gouvernement en matière d’éducation, apportant de nouvelles idées et approches.
Et elle a déjà un endroit où loger à son arrivée. « J’ai construit une maison moderne pour mes parents, avec de l’éclairage, l’électricité et l’énergie solaire », dit-elle en riant. Plus besoin de vendre de vaches. Teriano est autonome; elle choisit son propre chemin de vie et aide d’autres femmes à faire de même.
« Quand on parraine un enfant, on ne sait jamais quel impact il pourra avoir sur le monde », affirme la Dre Lesancha.