Pour mettre fin à la violence fondée sur le genre, il faut commencer par autonomiser les jeunes
En mettant l’accent sur l’amélioration des compétences en communication, en offrant un soutien complet en matière de santé et en créant des possibilités économiques, nous visons à doter les jeunes des ressources et des connaissances nécessaires pour lutter contre la violence fondée sur le genre et y mettre fin.
Écrit par Natalie Fisher Spalton
le 24 novembre 2023
La violence fondée sur le genre (VG) constitue un problème majeur de santé publique et l’une des violations des droits de la personne les plus répandues au monde. Ce fléau ne connaît aucune frontière sociale, économique ou nationale.
Et c’est un problème qui commence dès le plus jeune âge. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 15 millions d’adolescentes dans le monde ont été victimes de relations sexuelles forcées. Parmi celles qui ont déjà été en couple, près d’une adolescente sur quatre (24 %) a subi de la violence physique et/ou sexuelle de la part d’un partenaire intime ou de son mari.
Pour s’attaquer à ce problème d’une ampleur effroyable et y mettre fin, la prévention est essentielle — et elle doit commencer dès le plus jeune âge.
Le cadre « RESPECT » des Nations Unies propose des mesures pour une approche axée sur la santé publique et les droits de la personne visant à intensifier les programmes de prévention de la violence faite aux femmes et aux filles. La prévention de la violence faite aux femmes repose sur sept stratégies fondées sur des données probantes:
Compétences relationnelles; Autonomisation des femmes et des jeunes filles ; S ervices garantis; Réduction de la pauvreté ; E nvironnements sécuritaires; Prévention de la maltraitance des enfants et des adolescents; T ransformation des attitudes, des croyances et des normes
Lutter contre la violence sexuelle et fondée sur le genre (VSFG) et œuvrer à sa prévention est une priorité pour World Vision.
Lutte contre la violence fondée sur le genre en Tanzanie
AHADI (Accelerated Hope and Development for Urban Adolescents in Tanzania) est un projet de World Vision d’une durée de sept ans visant à transformer les relations entre les sexes. Ce projet s’aligne sur le cadre RESPECT pour prévenir la violence fondée sur le genre en œuvrant à changer les normes sociales et de genre néfastes qui perpétuent l’inégalité entre les sexes dans les zones urbaines de la Tanzanie.
Financé par Affaires mondiales Canada, le projet AHADI signifie « promesse » en swahili. World Vision Tanzanie et World Vision Canada travaillent en partenariat avec des adolescentes et des adolescents, scolarisés ou non, afin de mettre fin à la violence, de promouvoir des modèles masculins positifs et l’égalité entre les sexes, et de garantir leur santé et leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
Afin de cerner les besoins des communautés, World Vision Tanzanie a mené une étude dans trois villes, dont Dar es-Salaam et Dodoma. Elle a révélé que 56,1 % des filles âgées de 10 à 14 ans considéraient la violence sexiste comme normale, et que 46,2 % des filles âgées de 15 à 19 ans estimaient que cette violence était justifiée dans certaines situations.
Les parents restreignent souvent la liberté de mouvement des adolescentes sous prétexte de les protéger contre le harcèlement potentiel de la part des garçons et des hommes. Cette norme sociale a des répercussions sur l’accès des filles aux services, aux possibilités d’emploi et à l’établissement de relations en dehors de leur famille. Ces pratiques et ces mentalités sont façonnées par les normes de la masculinité et le pouvoir accordé aux hommes dans une société patriarcale.
AHADI adopte une approche holistique et axée sur la communauté pour s’attaquer aux causes profondes de ces normes sociales néfastes.
Développer les compétences relationnelles
Grâce à l’éducation par les pairs, en recourant à divers sports, jeux et jeux de rôle, AHADI contribue à prévenir la violence fondée sur le genre en renforçant les compétences des adolescentes et des adolescents en matière de communication et de résolution de conflits, et en favorisant une prise de décision équitable dans les relations. La violence fondée sur le genre est plus susceptible de se produire dans des relations caractérisées par une mauvaise communication, des conflits fréquents, des rapports de force inégaux, des comportements dominateurs ou lorsque l’un des partenaires a des attitudes ou des croyances qui tolèrent la violence dans les relations.
Offrir un soutien en matière de santé et de sécurité
Lutter contre la violence fondée sur le genre implique de collaborer avec de nombreux membres de la communauté afin d’assurer un soutien adéquat aux survivantes de la violence sexuelle et sexiste.
Comme les services de santé comptent parmi les premiers endroits où les survivantes de la violence fondée sur le genre cherchent de l’aide, l’AHADI forme le personnel de santé des cliniques de Dar es-Salaam et de Dodoma sur la violence sexuelle et fondée sur le genre afin qu’il puisse offrir une gamme de services adaptés aux adolescents et respectueux de l’égalité des genres, notamment des services et des fournitures médicales, des services psychosociaux et l’orientation vers les services juridiques ou la police.
Le projet offre également une formation aux principaux intervenants des districts, tels que les agents de bien-être social et les bureaux de la police chargés des questions de genre, sur la prestation de soutien psychosocial aux survivantes de la violence sexiste. Les intervenants de première ligne, notamment les fonctionnaires, les travailleurs de la santé, les forces de l’ordre et les bureaux de la police chargés des questions de genre, reçoivent un soutien pour mettre en place des mesures de protection contre la violence sexiste et la violence envers les enfants (VEC), ainsi que des stratégies d’intervention face à la violence sexiste.
Autonomisation des femmes et des filles
La violence fondée sur le genre est une manifestation du statut inférieur que de nombreuses filles et femmes occupent dans la société et au sein du foyer. Lorsque les filles et les femmes sont autonomisées sur les plans social, économique, psychologique et politique, elles sont moins exposées au risque de violence fondée sur le genre.
Ainsi, le renforcement de la confiance en soi des filles en matière d’auto-efficacité, d’autonomie, d’affirmation de soi et de compétences en communication est au cœur du programme AHADI. Elles développent également leur autonomie économique grâce à des formations en entrepreneuriat et en compétences favorisant l’employabilité. Cela contribue à améliorer leurs connaissances en matière d’économie et à réduire leur dépendance financière envers les hommes et les autres membres de la famille. De telles stratégies d’autonomisation aident les adolescentes à renforcer leur pouvoir de négociation, leur confiance en elles, leur autonomie décisionnelle et leurs perspectives d’avenir.
Le projet AHADI s’adresse aux adolescentes issues de quartiers marginalisés et à faible revenu de Dar es-Salaam et de Dodoma. Cela inclut les filles scolarisées et non scolarisées, y compris les travailleuses du sexe, celles qui sont sans abri et les filles ayant un handicap.
World Vision Tanzanie adopte différentes approches pour lutter contre les formes multiples et croisées de discrimination et d’inégalités, en reconnaissant que les adolescentes sont exposées à des risques et à des vulnérabilités particuliers en raison des rapports de force liés à leur âge et à leur sexe.
Les participants au projet AHADI prennent part à une séance axée sur la résolution de conflits, au cours de laquelle ils collaborent pour aborder les différends et les défis et trouver des solutions.
Évolution des attitudes, des croyances et des normes
Un autre aspect clé de l’AHADI consiste à travailler avec les pères et les adolescents de sexe masculin afin de favoriser la compréhension et le changement de comportement face aux normes de genre préjudiciables. Cette approche, appelée MenCare, porte sur les relations intimes et favorise la prise de décision partagée ainsi que le partage des responsabilités domestiques.
Dans 75 quartiers, des hommes occupant divers postes de direction et exerçant différentes professions reçoivent une formation pour devenir des défenseurs qui mobiliseront d’autres hommes en faveur de la reconnaissance des droits des adolescentes en matière de santé sexuelle et reproductive et de leur protection contre la violence.
Par l’intermédiaire du programme « Channels of Hope Gender » de WV, AHADI collabore également avec des chefs de file religieux chrétiens et musulmans afin d’aider leurs congrégations à prévenir la violence sexuelle et sexiste et à y intervenir.
Au-delà d’AHADI
Selon ONU Femmes, l’une des approches les plus efficaces en matière de formation à l’autonomisation des adolescentes consiste en des interventions intensives d’autonomisation sociale en groupe, dispensées sur une période d’un an ou plus. Les adolescentes participent aux groupes AHADI pendant au moins 18 mois et auront la possibilité de poursuivre leur parcours grâce à d’autres options, notamment une formation en entrepreneuriat, des groupes d’épargne et de crédit, ainsi que des jardins communautaires.
« AHADI nous aide déjà énormément. La confiance en moi dont je dispose aujourd’hui est quelque chose que je n’avais pas avant le projet. Je suis capable d’être une bénévole adolescente chef de file et de m’adresser aux adolescentes de mon groupe, en mettant rapidement en pratique ce que j’ai appris », confie Laila, une jeune femme devenue une leader et une défenseure au sein de sa communauté.
La lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles est essentielle à la réalisation des droits des femmes et à l’atteinte de l’égalité des sexes. AHADI propose une approche transformatrice sur le plan du genre et fondée sur les droits afin d’intensifier la prévention de la violence faite aux femmes et aux filles et de garantir leur santé sexuelle et reproductive, leur dignité, leur sécurité et leur autonomie.
Laila aborde la question de la violence fondée sur le genre en Tanzanie, en partageant ses réflexions et ses expériences personnelles afin de sensibiliser le public et de militer en faveur du changement.
Les étudiants se réunissent pour participer au projet AHADI, en collaborant à des activités visant à promouvoir l'éducation et à aborder des enjeux sociaux cruciaux.