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En première ligne du changement : promouvoir l’équité et la justice climatique grâce à des initiatives menées à l’échelle locale

La « localisation » n’est pas un simple mot à la mode : c’est l’avenir d’une intervention climatique et humanitaire efficace. Grâce à l’initiative « Every Girl Can », les femmes et les jeunes ouvrent la voie.

Écrit par Sophia Papastravou

le 6 novembre 2025

Dans tous les contextes humanitaires ou touchés par les changements climatiques où World Vision Canada intervient, une tendance se dégage clairement: les femmes et les filles assument des rôles de leadership. Elles négocient la paix au sein de leur communauté, reconstruisent des maisons après des inondations, élaborent des plans de résilience face à la sécheresse et assurent la subsistance de leur famille lorsque les systèmes s’effondrent. Et pourtant, trop souvent, leur leadership reste méconnu ou sous-financé.

Chez Vision Mondiale du Canada, nous croyons que l’égalité des genres n’est pas une considération secondaire dans l’action humanitaire et climatique; c’est l’essence même de la résilience. Des approches inclusives et dirigées localement sont déjà en train de redéfinir l’action humanitaire et climatique, s’alignant étroitement sur les engagements des donateurs en faveur d’un changement intersectionnel, fondé sur les droits et mené localement.

Le leadership des femmes et des jeunes au cœur du changement

L’un de nos programmes phares, « Every Girl Can », mis en œuvre dans la province de Nampula au Mozambique (dans les districts de Nacaroa, Monapo et Murrupula), est un projet quinquennal visant à transformer les relations entre les sexes, financé par Affaires mondiales Canada. Il vise à faire progresser l’égalité entre les sexes et à garantir que les adolescentes et les jeunes femmes puissent exercer leurs droits, à l’abri de la violence sexuelle et fondée sur le genre, des rites d’initiation préjudiciables et de la discrimination.

Prenons l’exemple de Sofia, une jeune fille de 16 ans qui considérait autrefois le mariage précoce comme sa seule option. Aujourd’hui, après s’être jointe à un club « Safe Space for Girls » dans le cadre du programme Every Girl Can, Sofia parle avec assurance de ses droits et de ses rêves.

Sofia

Sofia, 16 ans, fait partie des 175 jeunes filles qui ont obtenu leur diplôme au sein du club d’autonomisation des jeunes filles, dans le cadre du projet « Every Girl Can », dans la province de Nampula. (Crédit photo : Antonio Massipa / World Vision Mozambique)

« Je regarde vers l’avenir avec espoir », dit-elle. « Après avoir appris ce qu’est la violence sexiste et comment communiquer, je suis en mesure de prendre de meilleures décisions concernant ma vie. »

Chaque semaine, Sofia se retrouve avec d’autres filles au club, où elles apprennent ce que sont l’égalité et l’estime de soi. Ces séances sont animées par des mentors locales, des enseignantes et des bénévoles de la communauté qui ont reçu une formation dans le cadre du projet. Ensemble, elles créent un cercle de sécurité et de solidarité féminine qui s’étend bien au-delà de la salle de classe.

Dans le cadre des ateliers « Channels of Hope Restore » du projet, des chefs religieux et traditionnels discutent de la manière dont des coutumes ancestrales — comme les rites d’initiation précoces — peuvent être repensées pour célébrer l’épanouissement des filles plutôt que de limiter leur avenir. Dans une communauté, des aînés masculins ont commencé à plaider publiquement en faveur du maintien des filles à l’école, remettant en question les normes qui les réduisaient autrefois au silence.

Inauguration du CAI

Inauguration d’un centre de soutien intégré dans le district de Murrupula. (Crédit photo : World Vision Mozambique)

Les retombées sont frappantes. Dans le district de Murrupula, des centres de soutien intégrés offrent désormais aux survivantes de la violence sexiste des services coordonnés sur les plans de la santé, du droit et du soutien psychosocial. Ces centres ont été mis sur pied grâce à une collaboration entre World Vision, les autorités locales et des groupes de femmes.

Et le changement ne se limite pas aux filles. Les garçons font eux aussi partie de ce mouvement. Dans les clubs « Champion Boys », les jeunes hommes explorent ce que signifie une masculinité positive, en apprenant que l’égalité profite à tout le monde.

Ensemble, ces récits mettent en lumière des vérités fondamentales:

Le leadership ne se résume pas à la survie; il s’agit d’autonomie, de conception et de transformation. La résilience dans les contextes climatiques et humanitaires est liée au genre: elle repose sur les réseaux souvent invisibles des femmes, l’économie des soins, les systèmes alimentaires et la confiance communautaire.

Club de garçons

Des groupes de défense des intérêts des garçons qui prônent une masculinité positive et l’égalité. (Crédit photo : World Vision Mozambique)

Intégrer la justice dans notre façon de financer le changement

World Vision Canada adapte ses modèles de conception et de partenariat en conséquence. Par exemple, le projet « Every Girl Can » incarne une approche intersectionnelle, fondée sur les droits et visant à transformer les relations entre les sexes, afin de promouvoir l’égalité et l’autonomie des filles et des jeunes femmes. Ancré dans un cadre fondé sur les droits, le projet considère les filles et les jeunes femmes comme des titulaires de droits plutôt que comme des bénéficiaires, renforçant ainsi la capacité des institutions gouvernementales de protection à offrir des services tenant compte des questions de genre aux survivantes de la violence sexuelle et fondée sur le genre.

Au-delà de la simple participation, ses programmes axés sur la transformation des relations entre les sexes visent à faire évoluer les attitudes, les comportements et les rapports de force grâce à des initiatives de changement de comportement, à des clubs « Safe Space » et à des groupes de défense des intérêts des garçons qui promeuvent une masculinité positive et l’égalité. Ensemble, ces stratégies créent un terrain propice à un financement collaboratif qui privilégie le leadership local, l’autonomie et le changement structurel, en totale adéquation avec les principes d’égalité entre les sexes, d’inclusion sociale, d’intersectionnalité et de localisation.

Localisation: l’identité des dirigeants compte

La localisation n’est pas un mot à la mode: c’est l’avenir d’une intervention climatique et humanitaire efficace.

Dans le cadre du programme « Every Girl Can », World Vision Canada et ses partenaires créent des clubs d’autonomisation des filles, forment des enseignants locaux et des « matrones d’initiation » (cheffes de rituels communautaires), mobilisent les hommes et les garçons et renforcent la société civile locale ainsi que les systèmes gouvernementaux.

La localisation signifie que ce sont les organisations de femmes et les jeunes qui conçoivent et dirigent les initiatives – non seulement en les mettant en œuvre, mais aussi en façonnant le programme d’action. Contrairement aux modèles descendants, cette approche de localisation favorise la durabilité, l’appropriation et la responsabilisation, et contribue à faire évoluer les rapports de force au cœur de la justice de genre et de la justice climatique.

Le partenariat en pratique

L’avenir de l’égalité des sexes, de l’action climatique et de l’intervention humanitaire repose sur la collaboration entre les différents secteurs, notamment la société civile, le milieu universitaire, le secteur privé et les réseaux locaux.

  • Des partenariats de recherche cartographient les répercussions sexospécifiques des changements climatiques sur les femmes, les filles et les jeunes.
  • Les collaborations avec le secteur privé appuient les femmes entrepreneures qui sont à l’avant-garde de l’innovation verte.
  • Des efforts conjoints de plaidoyer relient l’intervention humanitaire à l’adaptation aux changements climatiques et à la consolidation de la paix.

Le projet « Every Girl Can » rassemble le gouvernement du Mozambique, des organisations locales de femmes, des leaders communautaires et des partenaires de World Vision afin d’améliorer les services, de faire évoluer les normes sociales et de parvenir à un changement durable fondé sur les droits. Pour relever les défis interdépendants que sont la fragilité humanitaire, les changements climatiques et l’inégalité entre les sexes, nous devons investir dans le leadership des femmes et des jeunes en tant que moteurs d’un changement systémique. Cela nécessite des modèles de financement et de partenariat transparents, adaptatifs et fondés sur des principes axés sur les droits, garantissant que les acteurs locaux, en particulier les femmes et les jeunes, soient aux commandes de la prise de décision.

Le succès ne doit pas se mesurer au nombre de participants touchés, mais à la manière dont le pouvoir se redistribue: qui prend les décisions, qui contrôle les ressources et qui définit la résilience. Il est tout aussi essentiel d’adopter une approche axée sur l’apprentissage qui recueille des données probantes, partage ouvertement les leçons apprises, s’adapte en temps réel et prône une communication éthique et la reddition de comptes. Les expériences du projet « Every Girl Can » montrent ce qu’il est possible de réaliser lorsque l’autonomie, le leadership local et les droits sont placés au cœur du changement.

Un appel à une collaboration plus étroite

Vision Mondiale Canada est un partenaire engagé en faveur de l’équité, des données probantes et de l’apprentissage partagé. Notre approche a évolué, passant d’une prestation d’aide traditionnelle à une approche fondée sur la justice, la transformation des relations entre les sexes et l’action dirigée localement. Dans le cadre de nos programmes, nous travaillons en collaboration avec des organisations de femmes, des groupes de jeunes, la collectivité, des chefs religieux, les gouvernements et des instituts de recherche afin de concevoir des solutions inclusives, durables et responsables.

Notre vision est claire: soutenir les femmes, les filles et les jeunes en tant que leaders d’une action humanitaire résiliente face aux changements climatiques, ancrée dans des systèmes communautaires solides, une collaboration multisectorielle et un apprentissage adaptatif. Le travail de Vision Mondiale du Canada est à la fois guidé par la foi et les droits, animé par un esprit de collaboration et axé sur la création d’un changement systémique durable. Ensemble, nous pouvons faire en sorte que les femmes, les filles et les jeunes passent de la marge au centre, ouvrant la voie à l’édification de communautés justes, résilientes et inclusives.

En savoir plus sur « Every Girl Can »: