Les enfants soldats : entretien avec le général Romeo Dallaire
Roméo Dallaire évoque la mission à laquelle il se consacre depuis toujours : mobiliser la communauté internationale pour mettre fin au recrutement et aux abus dont sont victimes des dizaines de milliers d’enfants dans les conflits armés à travers le monde.
Écrit par Brett Tarver
le 11 février 2022
C’est lors de l’horrible génocide rwandais de 1994 que le général canadien Roméo Dallaire a été confronté pour la première fois à des enfants soldats.
« Les enfants et les jeunes se chargeaient de la majeure partie des massacres. Ils étaient en plein cœur de l’action », se souvient l’ancien commandant de la Force de maintien de la paix de l’ONU au Rwanda lors d’une récente entrevue avec Michael Messenger, président et chef de la direction de Vision Mondiale du Canada.
Dallaire reconnaît que ni lui ni ses troupes n’étaient bien préparés à faire face à des enfants soldats en plein conflit.
« Les adultes les exposaient très volontiers au danger », dit-il. « Devait-on recourir à la force meurtrière comme avec les autres combattants? Comment mettre fin à cela? »
La nouvelle mission de Dallaire
Ces questions déchirantes ont poussé Dallaire à se consacrer toute sa vie à la mission de mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants dans les conflits armés. Par le biais de nombreux livres et d’autres plateformes, il a consacré sa vie à la sensibilisation. Il a fondé l’Institut Dallaire, qui œuvre à préparer les forces de sécurité à faire face à des enfants soldats et, à terme, à prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats.
L’ancien sénateur canadien a également exercé une influence sur le gouvernement du Canada pour qu’il joue un rôle de chef de file sur cette question cruciale, le travail de sensibilisation de l’Institut Dallaire ayant permis d’obtenir plusieurs succès notables. La directrice générale de l’Institut, Shelly Whitman, a co-rédigé les Principes de Vancouver aux côtés du gouvernement du Canada; ces principes ont recueilli un nombre record de 59 signataires mondiaux engagés à s’attaquer au problème des enfants-soldats avant un sommet des Nations Unies.
Mme Wittman affirme que la prévention de l’utilisation d’enfants soldats dans les conflits est essentielle à la paix et à la sécurité mondiales.
« Nous disposons désormais de données qui confirment que cela prolonge la durée d’une guerre d’au moins trois fois », explique Mme Whitman. « Si nous parvenons à empêcher le recrutement d’enfants, nous pourrons raccourcir la durée des conflits, voire les empêcher de se produire. Le secteur de la sécurité a un rôle de protecteur à jouer, et pas seulement celui de combattant. »
Le problème persistant des enfants-soldats
Malgré certains progrès réalisés au cours des dernières décennies, les conflits mondiaux continuent de mettre des millions d’enfants en danger. Les Nations Unies indiquent qu’ un enfant sur six — soit plus de 473 millions de filles et de garçons — vit dans des régions du monde touchées par la guerre ou un conflit armé.
Non seulement les enfants sont directement menacés par la violence, mais ils restent extrêmement vulnérables au recrutement par des milices, au recours à des attentats-suicides et même à l’intégration dans les armées nationales. Rien qu’en 2024, l’ONU a recensé 16 482 enfants ayant été associés à des forces ou groupes armés et nécessitant une protection ou un soutien à la réintégration, le recrutement connaissant une forte hausse dans des régions comme le Sahel, le Soudan, la Syrie et la République démocratique du Congo
« Nous parlons de dizaines de milliers d’enfants qui sont exploités et maltraités dans pas moins de 50 conflits à travers le monde en ce moment même », déclare M. Dallaire.
Solutions pour les enfants soldats
Le travail de sensibilisation et de formation militaire de l’Institut Dallaire s’inscrit dans une approche holistique visant à mettre fin au phénomène des enfants-soldats, qui inclut le travail des organismes humanitaires et de développement.
World Vision s’attaque à ce problème par le biais de programmes qui contribuent à prévenir le recrutement d’enfants tout en soutenant la réintégration des anciens enfants-soldats au sein de leurs communautés.
Les programmes de prévention mettent l’accent sur la collaboration avec les communautés locales afin de s’attaquer aux causes profondes du problème et de renforcer leur capacité à protéger les enfants, à promouvoir la consolidation de la paix et à améliorer l’accès à l’éducation et aux moyens de subsistance. Les programmes de réintégration visent à briser le cycle de la violence en offrant aux anciens enfants-soldats un soutien psychosocial, comme des services de counseling, tout en les aidant à tracer un nouveau chemin grâce à l’acquisition de compétences de vie et à une formation professionnelle.
Le rôle du Canada et des Canadiens
« Les Canadiens ont un rôle de chef de file à jouer dans le monde », affirme M. Dallaire. « Ce n’est pas le recours classique à la force ni la diplomatie traditionnelle qui mettront fin à ces problèmes. C’est une approche beaucoup plus humaine. Il s’agit des communautés et de la façon dont nous protégeons nos enfants. Une priorité de notre politique étrangère, de notre politique de défense et de notre politique d’aide internationale consiste à soutenir les enfants et les jeunes en tant qu’ambassadeurs de la paix, non seulement en les protégeant, mais aussi en leur permettant de vivre pleinement leur vie. »
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Mise à jour par Wolston Lobo.