Enfant-soldat : l'histoire de Marie
Marie a été enlevée à l’âge de 15 ans et contrainte d’épouser un officier de milice. Au bout de trois ans, elle a réussi à s’échapper dans des conditions éprouvantes. Mais sans famille, où peut-elle bien aller?
Écrit par Deborah Wolfe
le 17 avril 2019
L’enfance menacée
2e partie: Marie, République démocratique du Congo
Les filles et les garçons méritent de grandir à l’abri de la violence et de l’exploitation. Mais dans les endroits les plus dangereux du monde, l’enfance est souvent la première victime. Voici l’histoire de Marie, le deuxième volet de notre série en 10 parties.
Avertissement: descriptions de violences subies par des enfants.
« Ils sont venus chez moi et m’ont emmenée »
C’était le soir dans le village de Marie* en République démocratique du Congo. Le souper était terminé. Les familles profitaient de la fraîcheur du soir, s’attardant autour de la lanterne, riant et racontant des histoires.
Soudain, des coups de feu ont déchiré la nuit. Et la vie de Marie a été coupée en deux.
Avant les coups de feu, il y avait son enfance, celle d’une jeune paysanne de 15 ans. Après les coups de feu, il y a eu une maturité forcée, celle d’une épouse de soldat rebelle.
« Les gars sont arrivés », se souvient-elle. « Ils tiraient dans tous les sens. » Les soldats ne plaisantaient pas. Ils ont commencé à arracher les enfants de leurs maisons, de leurs lits.
« Ils sont venus chez moi et m’ont emmenée », se souvient Marie. « Il y avait tant d’autres filles qui ont été capturées à ce moment-là. » Les hommes ont traîné les enfants dans la forêt. Marie a été violée. Les filles qui se défendaient trop vigoureusement étaient rapidement tuées.
À l’âge de 15 ans, la vie de Marie a basculé lorsqu’elle a été enlevée et contrainte de « se marier » avec un soldat rebelle en RDC. Photo : Mark Nonkes
Le début d’un mariage forcé
Peu de temps après, Marie a été « mariée » à l’un de ces hommes. Pendant plus de deux ans, elle a rempli toutes les obligations d’une « épouse », dans les conditions les plus difficiles.
« On vivait dans la forêt. Il n’y avait pas de maison. On dormait simplement par terre, au milieu des maringouins et des animaux sauvages. Ma vie n’était plus qu’une succession de difficultés et de maladies. »
Le nouveau « mari » de Marie était un rebelle qui partait se battre la nuit.
Lorsqu’elle a été arrachée à son village, Marie a rejoint les milliers d’enfants à travers le monde qui sont contraints de subir la brutalité des conflits armés. Jetables sur le champ de bataille. Remplaçables une fois de retour au camp.
« On vivait dans la forêt. Il n’y avait pas de maison. On dormait simplement par terre, au milieu des maringouins et des animaux sauvages », raconte Marie, qui a été enlevée et contrainte de se marier à l’âge de 15 ans. Photo : Kate Shaw
En tant qu’« épouse » de force, Marie appartenait également à un autre groupe: celui des enfants confrontés aux horreurs de la violence sexuelle résultant d’un conflit armé et des déplacements qu’il engendre. Et le calvaire de Marie s’est poursuivi, jour après jour, la déchirant corps et âme.
« Je pensais à mettre fin à mes jours », se souvient-elle. Finalement, Marie a compris qu’il était temps de s’enfuir, quelles qu’en soient les conséquences.
Mais échapper à un groupe de soldats brutaux n’est pas une mince affaire. Marie devait éviter de se faire repérer, vivre à la dure pendant des semaines et parcourir une grande distance à pied. N’ayant guère d’autres choix valables, elle a décidé de prendre le risque et de s’enfuir.
Se libérer
Grâce à son courage, à son ingéniosité et à sa détermination sans faille, Marie a marché jusqu’au Burundi. Mais elle ne pouvait pas y rester. Son « mari » avait envoyé une équipe à sa poursuite. Avec le peu d’argent dont elle disposait, Marie a pris l’autobus pour l’Ouganda, où un gentil inconnu lui a payé son billet d’autobus pour le Kenya.
Aujourd’hui, Marie a 18 ans et vit dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya. Elle y a retrouvé une vieille amie. Ensemble, elles reconstruisent peu à peu leur vie. Marie apprend à tresser les cheveux, un savoir-faire qui, l’espère-t-elle, lui permettra de subvenir à ses besoins à l’avenir.
World Vision Kenya s’associe au Programme alimentaire mondial pour distribuer de la nourriture à partir de deux centres de distribution desservant une population de 100 000 bénéficiaires au camp de réfugiés de Kakuma. Photo : Angela Omune
Enfin, il y a une chose dont Marie n’a plus à se soucier: la nourriture. Les travailleurs de World Vision en poste au camp distribuent des provisions fournies par le Programme alimentaire mondial. Le soir, Marie et son amie peuvent allumer un feu, remplir une casserole et savourer un repas ensemble.
Pendant ce temps, en RDC, World Vision s’efforce d’empêcher que d’autres enfants ne soient contraints de combattre et de réinsérer les anciens enfants-soldats à la source, en les aidant à retrouver leur enfance et à réintégrer la communauté au sens large, afin que davantage d’enfants puissent vivre à l’abri de la peur, à l’abri de la violence et à l’abri des abus et de l’exploitation.
Pour une fille comme Marie, qui a tant souffert de l’absence de paix, de protection et de réconfort, c’est un début important.
La pauvreté mondiale recule, mais elle est désormais davantage concentrée dans les régions les plus sombres du monde. Au cours de la prochaine décennie, plus de 80 % des enfants et des familles les plus pauvres de la planète vivront dans les endroits les plus dangereux, où leurs vies et leur avenir sont menacés par les conflits et les catastrophes. Joignez-vous au mouvement et agissez contre l’injustice. Découvrez comment vous pouvez aider.
*Nom modifié pour protéger son identité.