La pauvreté chez les enfants : causes et conséquences
La pauvreté chez les enfants est un phénomène complexe. Lorsqu’un enfant est privé ne serait-ce que d’un seul élément essentiel – de l’eau potable, une alimentation nutritive, l’éducation, des soins de santé ou un logement sûr –, il est considéré comme vivant dans la pauvreté.
Écrit par Deborah Wolfe
le 16 août 2021
Les causes de la pauvreté chez les enfants sont tragiquement variées. Sans éléments essentiels comme l’eau potable, une alimentation nutritive, l’éducation, les soins de santé ou un logement sûr, un enfant est considéré comme vivant dans la pauvreté. Le fait de ne pas disposer ne serait-ce que d’un seul de ces éléments fondamentaux constitue une violation des droits de l’enfant. Cela peut changer à jamais la vie d’un jeune.
En 2025, la pauvreté chez les enfants continue de toucher plus d’ un milliard d’enfants dans le monde, selon l’UNICEF. Parmi eux, environ 330 millions d’enfants vivent dans l’extrême pauvreté, survivant avec moins de 2,15 $ par jour — un seuil qui reflète une privation grave en matière d’accès à la nourriture, à l’eau potable, à l’éducation et à un logement.
Depuis 2020, les causes de la pauvreté chez les enfants se sont élargies pour inclure les effets à long terme de la pandémie de COVID-19. Selon une note technique de l’UNICEF et de Save the Children, le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté multidimensionnelle — c’est-à-dire sans accès à l’éducation, aux soins de santé, au logement, à la nutrition, à l’assainissement ou à l’eau — a augmenté de 15 % depuis le début de la pandémie. Cette flambée représente un recul par rapport aux progrès mondiaux, marquant la première hausse soutenue de la pauvreté chez les enfants depuis plus de deux décennies.
La crise a touché de manière disproportionnée les enfants des régions à faible revenu et touchées par des conflits, où les systèmes de protection sociale sont les plus fragiles. Sans interventions urgentes et ciblées, ces tendances menacent d’ancrer la pauvreté d’une génération à l’autre.
Dans cet article, vous découvrirez où la pauvreté chez les enfants est la plus grave, au Canada et dans le monde. Nous expliquerons pourquoi les enfants en situation de pauvreté souffrent davantage que les adultes. Vous apprendrez comment la pauvreté chez les enfants peut avoir des répercussions sur les familles pour les générations à venir – et comment la COVID-19 aggrave la crise.
Sourcevie finance ses études en vendant du charbon au marché lorsqu’elle n’est pas en classe. Même l’enseignement primaire n’est pas gratuit en République démocratique du Congo. Photo : Patrick Abega
1. Quelles sont les causes de la pauvreté chez les enfants?
Il n’existe pas de modèle type de pauvreté chez les enfants, que ce soit au Canada ou ailleurs dans le monde. L’examen des deux principales approches utilisées pour mesurer la pauvreté chez les enfants peut nous aider à en comprendre certaines causes:
« La pauvreté monétaire chez les enfants »: une mesure financière
Selon la Banque mondiale, les enfants en situation de pauvreté monétaire vivent dans des ménages qui peinent à survivre avec en moyenne 1,90 $ US par jour ou moins par personne. Pour calculer la pauvreté monétaire des enfants à l’échelle nationale, on tient compte de facteurs tels que le PIB d’un pays et le revenu moyen par habitant.
La pauvreté monétaire des enfants est d’autant plus grave pour les enfants vivant dans des régions où les infrastructures sont limitées et où les filets de sécurité sociale sont insuffisants. L’absence d’éducation gratuite, par exemple, peut affecter tous les aspects de la vie d’un enfant si ses parents ne gagnent pas assez pour payer les frais de scolarité.
« La pauvreté infantile multidimensionnelle »: une mesure plus complète
Bien que des indicateurs tels que le revenu des ménages soient importants, ils ne donnent qu’une vision partielle de la réalité, selon l’UNICEF. Une approche multidimensionnelle est essentielle pour comprendre à la fois les causes de la pauvreté chez les enfants et ses effets.
La « pauvreté infantile multidimensionnelle » tient compte d’éléments essentiels tels que l’alimentation nutritive, l’eau potable et l’assainissement, le logement et l’éducation. Ces éléments sont fondamentaux, non seulement pour le développement de l’enfant, mais aussi pour la réalisation de ses droits de la personne.
Selon cette définition:
- La pauvreté infantile peut exister même dans des situations où les parents ont de l’épargne, mais où les enfants n’ont pas d’école ou d’accès à l’eau potable à distance de marche. Sans ces éléments, les besoins des enfants ne sont pas comblés et leurs droits ne sont pas respectés.
- La pauvreté infantile peut ne pas exister dans les familles où les parents sont sans emploi mais reçoivent de l’aide sociale et où les enfants ont accès à des éléments tels que l’eau potable et l’assainissement, une alimentation saine, un logement sécuritaire et l’éducation.
Au Canada, lorsque des familles perdent leur emploi, les filets de sécurité sociale jouent souvent un rôle important pour préserver les enfants de la pauvreté. Les causes typiques de la pauvreté infantile ont moins d’impact lorsque des programmes sociaux sont en place.
Comparons cela à la situation des enfants vivant au Soudan du Sud ou en Afghanistan, par exemple. Le revenu à lui seul ne peut pas prévenir la pauvreté infantile dans des régions où les enfants sont confrontés à de multiples menaces. En l’absence de filets de sécurité, des facteurs comme les changements climatiques, la crise alimentaire, l’effondrement des économies et les écoles bombardées peuvent plonger les enfants dans une pauvreté extrême.
En Afghanistan, par exemple, 62,3 % de la population vit dans une pauvreté multidimensionnelle, ce qui représente une forte hausse par rapport aux 50,8 % enregistrés en 2020. Chez les enfants, la situation est encore plus grave: près de 69 % des Afghans en situation de pauvreté sont des enfants, qui souffrent de privations dans des domaines tels que la nutrition, l’éducation, les soins de santé et le logement.
Cette crise résulte d’une combinaison de facteurs : changements climatiques, insécurité alimentaire, effondrement économique, conflits violents et déplacements massifs de population, laissant des millions d’enfants vulnérables et ayant un besoin urgent d’aide humanitaire.
Au Malawi, Ireen (en robe verte) et ses amies doivent aller chercher de l’eau insalubre deux ou trois fois par jour, ce qui représente au total environ 6 kilomètres. Le manque d’eau potable est l’une des causes de la pauvreté chez les enfants, car il entraîne des maladies d’origine hydrique et des absences scolaires. Ph
2. Pourquoi les enfants sont-ils plus touchés par la pauvreté?
Les filles et les garçons naissent avec un potentiel immense. Et l’enfance est une période cruciale pour la croissance et le développement. C’est précisément pour cette raison que les enfants sont également beaucoup plus vulnérables aux effets de la pauvreté. Ils sont plus susceptibles d’en souffrir aujourd’hui et à long terme. Voici quelques exemples:
Pauvreté et malnutrition chez les enfants
Le corps et l’esprit des enfants travaillent d’arrache-pied pour grandir et se développer. La pauvreté contribue au retard de croissance, qui touche un enfant sur cinq dans le monde, avec des conséquences qui durent toute la vie. Une bonne nutrition peut faire la différence entre un développement sain et un retard de croissance, entre la santé et la maladie, entre la vue et la cécité – voire entre la vie et la mort. Il est essentiel d’aider les enfants à réussir à l’école aujourd’hui et à s’assurer de meilleures sources de revenu demain.
Pauvreté infantile et eau potable
Les enfants ont besoin de deux à huit tasses d’eau potable par jour (selon leur âge) pour s’hydrater, en plus de l’eau qu’ils consomment par le biais de leur alimentation. Lorsqu’ils n’ont pas accès à de l’eau potable, les enfants doivent se rabattre sur de l’eau souvent contaminée. Les maladies d’origine hydrique comme la diarrhée peuvent empêcher les enfants d’aller à l’école, ce qui les fait prendre du retard ou les amène même à abandonner leurs études. La diarrhée tue 2 105 enfants par jour, soit plus que le sida, le paludisme et la rougeole réunis.
La pauvreté chez les enfants et l’éducation
Les enfants ont besoin d’éducation pour s’épanouir aujourd’hui et réussir demain. Dans de nombreuses régions du monde, l’éducation est une chance unique dans une vie. Les perturbations dans le parcours scolaire d’un enfant – comme une maladie persistante, un conflit civil ou une pandémie mondiale – peuvent compromettre à jamais ses perspectives d’avenir.
La COVID-19 a provoqué la perturbation la plus grave de l’histoire des systèmes d’éducation mondiaux, forçant plus de 1,6 milliard d’élèves à quitter l’école. Dans les régions pauvres dépourvues d’accès à l’apprentissage en ligne, cela pourrait signifier la fin de la scolarité pour de nombreux enfants.
En Inde, une fillette se tient devant les ruines de son école, détruite par le cyclone Fani en 2019. Les changements climatiques aggravent les catastrophes naturelles, en particulier dans certaines des régions les plus pauvres du monde. La reconstruction des écoles peut prendre des mois, voire des années.
La pauvreté chez les enfants et un logement sûr
Les enfants ont besoin d’un abri sécuritaire pour grandir en bonne santé physique, mentale et spirituelle. Sans cela, ils sont plus vulnérables à tous les niveaux. Les enfants sont plus petits, physiquement plus faibles et leur système immunitaire est moins développé.
L’exposition à la pluie, au froid, à la chaleur accablante, ainsi que les menaces d’agression physique ou sexuelle, exposent les enfants à un grave danger. Au moins 28 millions d’enfants sont sans abri en raison des conflits mondiaux.
La pauvreté chez les enfants et les soins de santé
Les enfants ont besoin d’avoir accès à des soins de santé et à des soins médicaux pour rester en bonne santé ou recevoir un traitement en cas de maladie. Ils ont besoin que les adultes qui les entourent reçoivent une éducation de base en matière de santé afin de pouvoir prendre des décisions éclairées quant à leurs soins.
Sans cela , les enfants risquent de souffrir de carences, d’être victimes de pratiques traditionnelles dangereuses ou de maladies non traitées. Selon la Banque mondiale, la moitié de la population mondiale n’a pas accès aux services de santé de base, dont des millions d’enfants.
Pauvreté et protection des enfants
Les enfants ont le droit de vivre pleinement leur enfance. Mais dans des situations d’extrême pauvreté, ils peuvent être contraints de faire face à des réalités d’adultes. Un nombre stupéfiant de 73 millions d’enfants travaillent dans des conditions dangereuses ou d’exploitation, certains dès l’âge de cinq ans.
Chaque année, on estime que 12 millions de filles sont contraintes de se marier contre leur gré, bien avant que leur esprit et leur corps ne soient prêts. Dans le cadre du mariage précoce, les filles peuvent être victimes de:
- des rapports sexuels forcés et une grossesse avant que leur jeune corps ne soit suffisamment développé
- la mort pendant la grossesse ou l’accouchement;
- de la violence physique, sexuelle et psychologique
- l’abandon de leurs études, la jeune mariée devant quitter l’école pour s’occuper de son mari et de ses enfants
- une pauvreté persistante pour la femme et ses enfants, puisqu’elle est incapable de terminer ses études et d’obtenir un bon revenu
Au Venezuela, la double crise liée à l'effondrement économique et à la COVID-19 fait que les familles n'ont souvent pas les moyens de se nourrir, et encore moins de payer leurs frais médicaux. Le système de santé est en train de s'effondrer, privant des millions d'enfants de soins médicaux. Beaucoup ont fui vers les pays voisins
3. Quelle est l’ampleur de la pauvreté chez les enfants au Canada?
Comme le Canada fait partie des pays riches, on pourrait penser qu’il n’y a pas de pauvreté chez les enfants. Pourtant , un enfant sur cinq au Canada vit dans la pauvreté – soit plus de 560 000 enfants. Les enfants autochtones, immigrants ou racialisés (marginalisés ou catégorisés en fonction de leur race) sont touchés de façon dramatique et disproportionnée.
Par conséquent, alors que seulement 12 % des enfants non autochtones, non immigrants et non racialisés au Canada vivent dans la pauvreté:
- 53 % des enfants des Premières Nations ayant le statut de membre et vivant dans les réserves – et 41 % de ceux vivant hors réserve – vivent dans la pauvreté
- 25 % des enfants inuits vivent dans la pauvreté
- 22 % des enfants métis vivent dans la pauvreté
- 32 % des enfants des Premières Nations sans statut vivent dans la pauvreté
- 35 % des enfants d’immigrants ayant obtenu le statut de résident permanent ou de résidents permanents, anciens ou actuels, vivent dans la pauvreté
- 22 % des enfants issus de minorités ethniques au Canada vivent dans la pauvreté
La pauvreté chez les enfants dans votre communauté
La pauvreté chez les enfants n’est pas toujours visible. Sans le programme de petits-déjeuners à l’école, certains enfants de votre école locale ne mangeraient peut-être pas avant l’heure du souper. La famille assise à côté de vous dans l’autobus n’aura peut-être pas les moyens de payer le chauffage ce mois-ci.
En 2022, le taux de pauvreté infantile à Toronto a grimpé à 25,3 %, contre 16,8 % en 2020 — marquant ainsi deux années consécutives de hausses record. Dans neuf quartiers municipaux, plus de 30 % des enfants vivaient dans la pauvreté, certains secteurs de recensement affichant même des taux atteignant 61 %. Le quartier de Toronto-Centre affichait le taux le plus élevé au niveau des quartiers, soit 36,6 %, renforçant ainsi le titre peu enviable de la ville en tant que capitale canadienne de la pauvreté infantile.
Par ailleurs, les familles des collectivités rurales partout au Canada continuent de faire face à la pauvreté en raison des possibilités d’emploi limitées, d’infrastructures inadéquates et d’un manque de services de garde abordables. Selon le Tableau de bord officiel de la pauvreté du Canada, l’insécurité alimentaire a atteint 19,1 % en 2023, et la grande pauvreté en termes de revenu touchait 5,3 % des Canadiens — dont bon nombre résident dans des régions rurales et éloignées.
À l’échelle nationale, la pauvreté chez les enfants est de nouveau en hausse, avec 1,4 million d’enfants vivant dans la pauvreté en 2024 — soit une augmentation de 360 000 en deux ans. La suppression des prestations liées à la pandémie et la hausse du coût de la vie ont touché de manière disproportionnée les familles monoparentales, où près de 45 % des enfants vivent désormais sous le seuil de pauvreté.
Il y a assez d’amour pour tout le monde. Pourtant, des millions de familles en pleine croissance en Afrique subsaharienne ont du mal à subvenir à leurs besoins essentiels, comme une alimentation nutritive pour leurs enfants. Photo : Mark Nonkes