Le mariage des enfants : faits et moyens d’agir
Découvrez en quoi le mariage précoce nuit au développement de l’enfant et à ses perspectives d’avenir.
Écrit par Jasmine Owen
le 16 août 2021
L’UNICEF estime que 650 millions de femmes vivant aujourd’hui dans le monde ont été mariées alors qu’elles étaient encore des filles. Un tiers d’entre elles ont été mariées avant leur 15e anniversaire. Et les statistiques ne laissent pas présager un avenir très prometteur: chaque année, 12 millions de filles de moins de 18 ans deviennent des épouses mineures. Pendant le temps qu’il vous a fallu pour lire ce paragraphe, huit autres filles se seront mariées.
À la base, le mariage d’enfants constitue une violation fondamentale des droits de la personne. De nombreux facteurs entrent en jeu lorsqu’un enfant se retrouve dans une situation de mariage précoce ou forcé – allant de l’insécurité financière ou alimentaire aux normes culturelles ou sociales. Quelle qu’en soit la cause, le mariage précoce compromet le développement de l’enfant et limite considérablement ses chances dans la vie.
Découvrez les faits sur le mariage d’enfants et apprenez comment vous pouvez aider.
1. Qu’est-ce que le mariage d’enfants?
Le mariage d’enfants est un mariage légal ou une union informelle dans laquelle l’une des parties, voire les deux, sont des enfants de moins de 18 ans. Bien que le mariage précoce touche beaucoup plus souvent les filles, dans certains pays, il n’est pas rare que des garçons se marient également avant l’âge de 18 ans. Le plus souvent, une jeune fille est mariée à un garçon ou à un homme plus âgé qu’elle.
2. Où le mariage d’enfants a-t-il lieu?
Il peut être difficile d’imaginer qu’il existe encore des pays où le mariage d’enfants est légal. Mais la réalité est qu’il demeure très répandu – y compris ici, au Canada. Selon une étude réalisée en janvier 2021 par des chercheurs de l’Université McGill, entre 2000 et 2018, plus de 3 600 certificats de mariage ont été délivrés à des enfants au Canada, généralement des filles, âgés de moins de 18 ans. Pas plus tard qu’en 2015, la Loi sur le mariage civil fédérale a été mise à jour afin de fixer l’âge minimum légal du mariage à 16 ans dans tout le pays. Auparavant, les provinces et les territoires fixaient leur propre âge minimum pour le mariage, qui pouvait dans certains cas descendre jusqu’à 14 ans. La législation canadienne actuelle interdit aux enfants de moins de 16 ans d’obtenir une licence de mariage et un certificat de mariage, mais elle ne traite pas des mariages informels ou de fait, pour lesquels aucune licence ni aucun certificat de mariage n’est utilisé.
Dans les pays en développement, le problème du mariage d’enfants est encore plus répandu. Neuf des dix pays présentant les taux les plus élevés sont considérés comme des États fragiles. Ce phénomène transcende les clivages ethniques, culturels et religieux, de l’Afrique au Moyen-Orient, de l’Asie à l’Europe et aux Amériques.
Le Niger, en Afrique subsaharienne, affiche le taux de mariage d’enfants le plus élevé au monde. Dans ce pays, 77 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Dans des pays voisins comme le Mali, le Tchad et le Congo, plus de la moitié des filles sont également mariées avant leur 18e anniversaire.
En chiffres absolus, l’Inde à elle seule représente le tiers du total mondial. Avec plus de 15 millions de jeunes épouses, ce pays d’Asie du Sud compte plus de cas de mariages d’enfants que tout autre pays au monde. Le Bangladesh arrive loin derrière en deuxième position, avec plus de 4 millions de jeunes épouses, même si l’âge minimum légal pour se marier y est fixé à 18 ans.
Seule une poignée de pays ne fixent pas d’âge minimum pour se marier légalement. Mais même dans les pays où des lois visent à prévenir le mariage d’enfants – comme au Bangladesh –, cette pratique est profondément enracinée et largement acceptée par la société. Les lois sont rarement appliquées et il y a toujours des exceptions à la règle. Les enfants sont souvent autorisés à se marier dès lors qu’ils ont le consentement de leurs parents, quel que soit leur âge.
3. Pourquoi le mariage d’enfants existe-t-il?
Les causes du mariage d’enfants sont complexes et variées. Il est motivé par différents facteurs selon les communautés et les régions – parfois même au sein d’un même pays. Cependant, il est étroitement lié à de faibles niveaux de développement économique. Dans leur grande majorité, les jeunes mariées proviennent des pays les plus pauvres du monde.
Pauvreté Dans ces contextes, les filles (et les femmes) ne sont pas considérées comme des sources potentielles de revenu. Elles constituent plutôt un fardeau financier pour leur famille et, par conséquent, sont jugées moins précieuses que les garçons. Pour les parents qui ont plusieurs enfants ou qui vivent dans une extrême pauvreté, le mariage des enfants est simplement un moyen d’alléger la situation économique désespérée dans laquelle ils se trouvent. C’est une bouche de moins à nourrir et une éducation de moins à financer.
Dans les communautés où la famille de la jeune fille doit verser une dot, un mariage précoce à un âge plus jeune peut signifier une dépense moindre. On suppose qu’une jeune fille plus jeune aura plus de temps à consacrer à sa nouvelle famille et pourra avoir plus d’enfants, ce qui pourrait lui permettre d’obtenir une dot plus élevée – la somme versée par le marié, dans certaines communautés, aux parents de la mariée.
Parfois, les filles sont mariées pour aider à rembourser des dettes, régler des conflits ou servir de substitut à de l’argent comptant. Pire encore, les familles peuvent n’avoir d’autre choix que d’arranger le mariage d’une fille plus jeune en même temps que celui de sa sœur, si un « forfait » moins coûteux peut être obtenu. Le mariage d’enfants crée de nombreuses incitations économiques poussant les jeunes filles à se marier tôt – que ce soit pour assurer leur sécurité financière ou pour en tirer un profit. Malheureusement, cette pratique tend également à enfermer ces filles dans une situation de désavantage économique pour le reste de leur vie.
Tradition Le mariage des enfants peut également être influencé par des normes et des croyances. Dans certaines sociétés, le mariage n’est rien d’autre qu’une étape de la vie d’une femme. Dès l’apparition des règles, une jeune fille est considérée comme une femme adulte; le mariage et la maternité constituent donc pour elle les étapes logiques suivantes de sa vie. Les filles plus jeunes peuvent également être perçues comme plus dociles, plus faciles à former pour en faire une épouse obéissante.
Dans certaines régions, le mariage des enfants revêt un caractère politique. Les unions sont arrangées pour établir ou renforcer les liens entre les tribus ou les communautés. Ailleurs, c’est une question d’honneur familial: il s’agit d’éviter la honte d’avoir une fille célibataire ou qui tombe enceinte hors mariage. Dans de nombreuses cultures, les filles qui ont perdu leur virginité sont considérées comme « ruinées » ou « inaptes » au mariage. Les parents peuvent donc arranger une union pour leur fille alors qu’elle est encore jeune afin de s’assurer qu’elle reste vierge et de maximiser ses années fertiles.
Survie Pour d’autres familles, le mariage forcé d’enfants est une stratégie de survie. Si elles n’ont pas les moyens de nourrir et d’éduquer tous leurs enfants, marier les filles serait « la meilleure solution » plutôt que de les laisser mourir de faim, tout en leur permettant de donner la priorité à la scolarisation des garçons.
Dans des contextes fragiles marqués par une guerre ou une crise, le mariage précoce est également perçu comme un moyen légitime de protéger les filles dans un environnement par ailleurs hostile. Lorsque les populations ont été contraintes de quitter leur foyer, il vaut mieux pour une fille de bénéficier de la protection de son mari plutôt que de risquer d’être victime d’agressions physiques ou sexuelles de la part d’inconnus dans les camps de réfugiés ou les campements informels.
4. Pourquoi le mariage d’enfants est-il si néfaste?
Les filles qui se marient alors qu’elles sont encore enfants ont moins de chances de réaliser pleinement leur potentiel. Elles risquent d’être séparées de leur famille et de leurs amis à une étape cruciale de leur vie. On s’attend à ce qu’elles assument le rôle d’une femme adulte – s’occuper du ménage et élever une famille – plutôt que d’aller à l’école et de jouer comme toute enfant devrait le faire. Elles ne choisissent pas elles-mêmes leur avenir.
Éducation Les statistiques sur le mariage des enfants montrent que les filles qui ne fréquentent pas l’école courent un plus grand risque de devenir des épouses mineures: les filles sans instruction sont trois fois plus susceptibles de se marier avant l’âge de 18 ans que celles qui ont suivi des études secondaires ou supérieures. Lorsque les filles ont accès à l’éducation, elles acquièrent les connaissances et la confiance nécessaires pour prendre elles-mêmes des décisions importantes concernant leur vie – notamment si, quand et qui épouser.
Même pour celles qui fréquentent l’école, le mariage précoce peut avoir un impact significatif sur la capacité d’une jeune fille à poursuivre ses études. Beaucoup sont forcées d’abandonner leurs études afin de se consacrer à leurs responsabilités domestiques ou d’élever leurs propres enfants. Les parents et les dirigeants communautaires peuvent ne pas voir l’intérêt de poursuivre l’ éducation d’une jeune fille, la jugeant inutile au regard de ses rôles principaux dans la vie, à savoir ceux d’épouse et de mère.
Santé Le mariage précoce et forcé a des conséquences dévastatrices sur la santé et le développement d’une jeune fille. On l’encourage à avoir des relations sexuelles alors qu’elle n’est pas prête, ni physiquement ni émotionnellement, à devenir mère. La mère et le bébé courent tous deux un risque accru de mourir lors de l’accouchement. En effet, les complications liées à la grossesse et à l’accouchement constituent la principale cause de décès chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans à l’échelle mondiale.
Les jeunes filles n’ont pas non plus encore une compréhension complète de leur santé et de leurs droits en matière de sexualité et de reproduction. Beaucoup finissent par épouser un garçon ou un homme plus âgé; il peut alors être très difficile pour une jeune fille d’exprimer ses besoins, notamment en ce qui concerne des questions comme la contraception et la planification familiale. Elles sont plus susceptibles d’être victimes de violence conjugale ou d’exploitation, même dans le cadre du mariage.
La pauvreté La pauvreté est l’une des principales causes du mariage d’enfants, mais elle en est également une conséquence permanente. Privées de la possibilité de grandir, d’apprendre et de réaliser pleinement leur potentiel, les jeunes épouses sont privées d’autonomie. Dans les pays en développement, où les possibilités économiques sont généralement très limitées, elles le sont encore davantage pour les filles et les femmes. Beaucoup d’entre elles sont condamnées à mener une vie de privations et de désavantages. Sans éducation, elles sont moins en mesure de se sortir, elles-mêmes et leur famille, du cycle de la pauvreté.
Lorsqu’un couple vit en union, comme s’il était marié mais sans reconnaissance légale en bonne et due forme, les jeunes épouses courent un risque encore plus grand d’exploitation économique. Ce caractère informel peut les rendre vulnérables aux abus, sans qu’elles puissent bénéficier pleinement des avantages liés à la reconnaissance sociale, à la citoyenneté et à l’héritage.
5. Quel a été l’impact de la COVID-19 sur le mariage d’enfants?
Les enfants ressentiront les effets de la pandémie de COVID-19 pendant de nombreuses années encore. Alors que les revenus et les moyens de subsistance des familles sont mis à mal, voire disparaissent, en raison des crises économiques, des millions d’enfants sont exposés au risque de mariage précoce et de travail des enfants.
Dans le cas du mariage d’enfants, les familles peuvent y voir une solution de rechange pour alléger le fardeau du ménage. Le mariage précoce est également considéré comme un moyen de générer des revenus ou d’accéder à des prêts par le biais d’économies informelles fondées sur la dot. L’UNFPA estime qu’en plus des 150 millions de mariages d’enfants qui devraient avoir lieu au cours des dix prochaines années, il pourrait y en avoir 13 millions de plus. Un rapport de World Vision estime qu’au moins quatre millions de filles supplémentaires seront mariées au cours des deux prochaines années.
6. Que fait World Vision pour contribuer à mettre fin au mariage d’enfants? Les jeunes épouses ne sont pas les seules à en souffrir. L’histoire du mariage d’enfants nous montre que les communautés, les pays et des générations entières subissent ses répercussions à long terme. Le travail de World Vision en matière d ’ égalité des sexes aide les sociétés à atteindre un développement plus durable, une croissance économique plus rapide et de meilleures perspectives d’avenir pour leurs enfants – qu’il s’agisse de garçons ou de filles.
Partout où nous intervenons, nous défendons les droits des filles. Nous leur donnons les moyens d’agir grâce à l’éducation et à de nouvelles possibilités. Nous travaillons en partenariat avec sa famille et l’ensemble de sa communauté – hommes, femmes, garçons et filles – pour les aider à comprendre la valeur d’une fille et pourquoi ses droits doivent être respectés. Pour que les programmes soient couronnés de succès, tout le monde doit travailler ensemble afin de contribuer à transformer les croyances et les pratiques néfastes.
Le mariage des enfants a des conséquences dévastatrices sur les jeunes filles. Elles sont privées de leur enfance, courent un risque beaucoup plus élevé d’être victimes d’abus et de complications de santé, et se voient souvent empêchées d’aller à l’école.
À mesure que les filles deviennent des femmes, notre travail dans le domaine de la santé maternelle, néonatale et infantile joue un rôle essentiel dans l’amélioration de la santé des mères et des bébés. Grâce à l’initiative « Born on Time », nous sensibilisons tous les membres d’une communauté à l’importance de l’espacement des naissances, de la contraception et du soutien aux femmes pendant la grossesse et la maternité.
7. Comment puis-je contribuer à mettre fin au mariage des enfants?
Nous commençons lentement à inverser la tendance en matière de mariage des enfants. À l’échelle mondiale, une fille sur cinq vivant aujourd’hui a été mariée avant l’âge de 18 ans. Il y a dix ans, c’était une sur quatre. Dans les années 1980, c’était une sur trois. L’UNICEF estime que 25 millions de mariages d’enfants ont été évités au cours de la dernière décennie seulement – un progrès significatif et important qui mérite d’être célébré.
Mais sans une réduction soutenue de la pratique du mariage d’enfants, le nombre mondial de femmes mariées alors qu’elles étaient encore enfants atteindra près de 1,2 milliard d’ici 2050. Plus de 190 pays à travers le monde ont adopté les Objectifs de développement durable des Nations Unies et se sont engagés à mettre fin au mariage d’enfants d’ici 2030. Pour atteindre ces objectifs, nous devrons continuer à redoubler d’efforts.
Vous pouvez contribuer à mettre fin au mariage d’enfants en vous attaquant aux causes profondes de la pauvreté et de l’injustice auxquelles les familles sont confrontées. Lorsque vous parrainez une fille, vous aidez à lui fournir des besoins essentiels comme une alimentation nutritive, de l’eau potable, l’accès à l’éducation et aux soins de santé. Pour les familles ayant des filles, le parrainage aide à garantir qu’elles soient protégées contre des pratiques telles que le mariage précoce ou forcé.
Notre programme Raw Hope intervient dans des pays instables où les gouvernements ne peuvent pas ou ne veulent pas agir pour protéger les droits de leur population. Dans ces contextes instables, les enfants et les familles sont quotidiennement exposés à des menaces de violence, de famine, de maltraitance et d’exploitation. En faisant un don à Raw Hope, vous pouvez contribuer à protéger les enfants vulnérables vivant dans les endroits les plus dangereux.
Des enjeux complexes comme le mariage d’enfants exigent des solutions à tous les secteurs et à tous les niveaux. Nous devons faire pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent en œuvre et appliquent les lois et les politiques qui protègent les enfants. Remettons en question les normes sociales qui renforcent l’idée que les filles sont inférieures. Créons des espaces sécuritaires où elles peuvent s’exprimer contre les pratiques néfastes. Ensemble, nous pouvons aider les filles à réaliser leurs rêves pour leur propre avenir.
Varsha, une enfant parrainée âgée de 11 ans, fréquente l’école dans une salle de classe en plein air en Inde. La pauvreté de sa famille et les traditions culturelles constituent un contexte propice au mariage précoce. Mais chaque année que Varsha passe à l’école réduit d’autant le risque qu’elle se marie trop tôt.
World Vision travaille en partenariat avec les familles pour les aider à comprendre les conséquences négatives que le mariage précoce peut avoir sur la vie d’une jeune fille. Les parents de Nilanjona ont décidé de permettre à leur fille de poursuivre ses études.
Barbara et Lulu, toutes deux âgées de 4 ans, rentrent ensemble à pied de l'école chaque jour en Zambie.