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Le travail des enfants en Haïti : l’histoire d’un enfant

Sonite a été contrainte de travailler comme « restavek » alors qu’elle n’avait que 6 ans. Découvrez-en davantage sur les enfants victimes de cette forme d’esclavage domestique en Haïti.

Écrit par World Vision Canada

le 27 mars 2013

Sonite Edmond, une Haïtienne de 14 ans, se souvient avec désespoir d’avoir été forcée de travailler comme « restavek » alors qu’elle n’avait que six ans. Le terme « restavek », qui signifie « rester avec » en créole, désigne les enfants réduits à l’esclavage domestique, comme ce fut le cas pour Sonite lorsqu’elle a été forcée d’aller « rester avec » sa marraine à Port-au-Prince.

« Les restaveks proviennent généralement de familles à faible revenu dont les parents ou les tuteurs n’ont pas les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de leurs enfants; ils les envoient donc vivre chez d’autres familles dans l’espoir qu’ils y mèneront une vie meilleure », explique Debbie Landis, responsable de la protection de l’enfance au sein de l’intervention d’urgence de World Vision en Haïti.

Mais la vie des restaveks s’améliore rarement. Ces enfants travaillent généralement de longues heures sans répit et ne reçoivent pas suffisamment de nourriture, de vêtements ni ne voient leurs autres besoins fondamentaux satisfaits. Ils doivent également renoncer à leur éducation pour travailler et sont souvent victimes d’abus physiques et sexuels.

« Elle m’avait promis de m’envoyer à l’école. J’ai attendu sans cesse. Pendant deux ans, j’ai travaillé chez elle à faire le ménage et à m’occuper de la maison. Je n’ai jamais pu aller à l’école », raconte Sonite à propos de sa vie chez sa marraine.

Au lieu de cela, Sonite a été mise au travail: balayer, laver le plancher et s’occuper des autres personnes vivant dans la maison. À six ans, elle travaillait avec pour seule aide la fille de sa marraine, qui vivait avec elles. C’était une situation qui plongeait souvent Sonite dans la peur et le désarroi.

En Haïti, une jeune fille est assise dans une salle de classe, avec une camarade derrière elle.

En Haïti, une jeune fille est assise dans une salle de classe, avec une camarade derrière elle.

« Il y avait six personnes qui vivaient chez ma marraine et je devais m’occuper d’elles », explique-t-elle. « Parfois, j’avais peur dans cette maison. »

L’exploitation des enfants n’est pas rare en Haïti ni dans les pays présentant des conditions socioéconomiques similaires, que ce soit sous forme de traite et de trafic d’enfants, d’abus sexuels ou de travail domestique et forcé. Selon l’UNICEF, 10 % des enfants en Haïti sont contraints d’effectuer des tâches domestiques qui les éloignent de leurs amis, de leur famille et de leurs études. Les trois quarts de ces « restaveks » sont des filles, comme Sonite.

Retour à la maison Grâce au soutien de World Vision, Sonite a pu rentrer chez elle, dans sa petite communauté rurale de l’île de La Gonave, et fréquenter l’école.

Après avoir réalisé que sa fille ne fréquentait pas l’école, le père de Sonite l’a récupérée chez sa marraine et l’a ramenée à la maison. Il a ensuite demandé l’aide de World Vision pour lui offrir l’éducation dont elle avait besoin et qu’elle méritait, en l’inscrivant à l’École nationale de Tamarin, que World Vision a aidé à construire.

Elle reconnaît la valeur de son éducation, ainsi que celle des enfants de son âge qui ont eux aussi souffert en tant que « restaveks », y compris certains de ses amis.

« Ce n’est pas juste que certains enfants puissent aller à l’école et d’autres non », dit Sonite. « Tant que je serai en vie, j’aimerais continuer à aller à l’école. Je veux continuer d’apprendre, parce que sans ça, on n’est rien. »

De nombreuses familles de la communauté de Sonite ont du mal à payer une éducation adéquate pour leurs enfants, environ 85 % des écoles en Haïti étant privées et exigeant des uniformes et des livres dont le coût dépasse le revenu de ces familles.

Un avenir meilleur — et à la mode — Aujourd’hui âgée de quatorze ans et en troisième année du secondaire, Sonite est enthousiaste à l’égard de sa propre éducation et se passionne pour la promotion du droit des jeunes à l’éducation.

Bien que sa matière préférée soit la grammaire française, Sonite espère devenir créatrice de mode.

« J’adorerais être couturière. C’est ce que j’aime. J’aimerais aider ma communauté à créer des vêtements à la mode », dit-elle.

À la fin de la journée d’école, les devoirs et les tâches ménagères l’attendent.

« Il n’y a pas beaucoup de temps pour se détendre et se divertir. On travaille la plupart du temps. Même les enfants doivent travailler. »

Mais elle n’est plus une « restavek » et se rapproche de la vie meilleure qu’elle et son père envisagent.

Photos: Mary Kate MacIsaac/World Vision