Entre le lait et le mythe
Le petit Omair perdait ses forces et était à l'article de la mort. Sa meilleure chance de survie remettait en question une conviction fondamentale de sa famille. Allaient-ils faire ce choix?
Écrit par Sams Arefin
le 6 août 2026
La Semaine mondiale de l’allaitement maternel se déroule chaque année du 1er au 7 août. Le thème de cette année met l’accent sur le renforcement des « pratiques efficaces », notamment le soutien communautaire qui peut littéralement sauver des vies. L’histoire du petit Omair, de son père Soyed et d’un bénévole de World Vision nommé Md. Karim pourrait bien vous émouvoir aux larmes.
Les pleurs avaient presque cessé un mardi matin d’octobre.
Soyed s’était habitué aux pleurs faibles de son fils nouveau-né — aussi faibles fussent-ils, ils signifiaient que le petit Omair était toujours en vie. Mais à présent, dans le silence de leur petit abri, son fils âgé de dix-sept jours gisait immobile dans ses bras.
À peine trois semaines plus tôt, cette même pièce débordait de joie. Nur, la conjointe de Soyed, avait donné naissance à leur premier enfant dans l’immense étendue de Cox’s Bazar, au Bangladesh — le plus grand camp de réfugiés au monde. L’espace d’un instant fugace, le jeune couple avait eu l’impression d’avoir tout ce qu’il pouvait désirer.
Nur n’avait que 24 ans et avait été en bonne santé tout au long de sa grossesse. Elle s’était rendue à tous ses examens de suivi à la clinique locale, et lorsque le travail a commencé comme prévu, ils se sont précipités à l’hôpital Hope Field. L’accouchement s’est bien déroulé. Omair est venu au monde en toute sécurité ce soir-là, en présence du personnel médical.
Mais c’est alors que la tragédie a frappé. Nur a commencé à saigner abondamment en raison d’une inversion utérine, une affection rare où l’utérus se retourne sur lui-même après l’accouchement. Les médecins de l’hôpital Hope Field ont compris qu’elle avait besoin de soins spécialisés et ont organisé son transfert à l’hôpital de Palong.
Malheureusement, Nur est décédée pendant le transport.
À 24 ans, Nur nous a quittés, laissant derrière elle un mari qui ne savait pas encore comment être père et un bébé qui ne connaîtrait jamais sa mère.
Soyed a du mal à décrire ces premiers jours. « J’étais perdu », dit-il. « Je n’avais jamais pris soin d’un bébé auparavant. »
Le poids de l’ignorance
Au cours de ces premiers jours désespérés, Soyed a essayé tout ce qui lui passait par la tête. Il a acheté ce qu’il croyait être du lait en poudre pour bébés dans un magasin du coin, imitant ce qu’il avait vu faire par d’autres parents. Il serrait Omair contre lui, lui chantant les berceuses que sa mère lui avait apprises quand il était enfant. Il priait.
Mais Omair maigrissait, sa peau prenait une teinte grisâtre, ses pleurs s’affaiblissaient. En octobre, il ne pesait plus que cinq livres et survivait à peine. Soyed ne s’était pas rendu compte qu’il utilisait du lait en poudre ordinaire au lieu de lait maternisé, mélangé à de l’eau qui n’était pas toujours propre. Leur minuscule abri rendait le maintien d’une bonne hygiène presque impossible.
« Je croyais que je l’aidais », dit Soyed d’une voix lourde. « Mais je ne faisais qu’empirer les choses. »
Omair est assis sur les genoux de sa tante, Golsaher. (Photo : World Vision)
On frappe à la porte
Un bénévole de Vision Mondiale, Md. Karim, s’est présenté à leur porte ce matin d’octobre et a découvert une scène déchirante: un père tenant dans ses bras un bébé presque sans vie, tous deux à l’état d’épuisement.
Karim s’y connaissait en nutrition et en sécurité des enfants. Il avait suivi une formation dans le cadre du programme « Joining Forces for Food Security and Child Protection in Emergencies ». Il a immédiatement compris qu’il s’agissait d’une situation d’urgence et a agi sans tarder. En quelques heures, une équipe composée de travailleurs sociaux de World Vision, de spécialistes en nutrition et de bénévoles de la communauté a envahi le petit abri. Ils ont parlé calmement mais avec urgence, expliquant à Soyed que son fils courait un grave danger.
L’équipe a mis en lumière une réalité crue: dans les camps de réfugiés, les bébés qui ne sont pas allaités courent un risque de décès beaucoup plus élevé en raison des difficultés liées à la préparation du lait en poudre avec de l’eau propre et du matériel stérile. L’option la plus sûre consistait à ce qu’Omair reçoive du lait maternel d’une autre mère qui allaite. Cette pratique, appelée allaitement par une nourrice, fournit des nutriments essentiels et une protection contre les maladies courantes dans les camps.
La belle-sœur de Soyed, Golsaher, habitait à proximité et allaitait son propre bébé. Pourrait-elle aider?
Le prix de la croyance
Dans leur communauté, une croyance profondément enracinée voulait qu’un enfant qui boit le lait maternel d’une autre femme noue un lien fraternel à vie, ce qui complique les mariages futurs et expose à la stigmatisation sociale.
Golsaher se tenait sur le seuil de la porte, son propre bébé dans les bras, tiraillée entre son instinct de nourrir un enfant affamé et la crainte de défier la tradition.
« On s’inquiétait de ce que les gens allaient dire », admet Golsaher. « Mais on voyait Omair s’éteindre peu à peu. »
L’équipe de World Vision a écouté les craintes de la famille et a tenu des séances de consultation de plusieurs heures pour comprendre leur point de vue. Elle leur a expliqué avec délicatesse que ces croyances, bien que profondément ancrées, ne reposaient pas sur des faits médicaux et que sauver la vie d’Omair était la priorité.
Peu à peu, Soyed et Golsaher ont compris que la tradition ne pouvait l’emporter sur la survie d’un enfant.
« Nous devions choisir la vie d’Omair », dit Soyed.
De petits pas, de grands changements
Lorsque Golsaher a commencé à allaiter Omair, le changement a été progressif, mais indéniable. Il a lentement commencé à prendre du poids; ses joues se sont arrondies. Il devenait un bébé potelé et heureux.
Au début, Golsaher venait 10 à 12 fois par jour; plus tard, elle gardait Omair toute la nuit pour assurer des tétées régulières, car Soyed apprenait encore à lui donner le lait tiré à l’aide d’une tasse.
L’équipe de Vision Mondiale a fourni des articles de première nécessité — des couvertures, du savon et des moustiquaires — pour répondre aux besoins immédiats de la famille. Elle a mis Soyed en contact avec Concern Worldwide pour des conseils nutritionnels et avec Salt Financial Literacy International pour une formation sur les soins aux nourrissons. Mais surtout, elle a redonné espoir à Soyed, l’aidant à surmonter son chagrin et à assumer pleinement son rôle de père.
« Golsaher a sauvé la vie de mon fils », dit Soyed. « L’équipe de World Vision nous a montré que nous n’étions pas seuls. »
Regard vers l’avenir
La crise est passée, mais World Vision continue de prendre des nouvelles d’Omair. Il rit, tend la main vers tout ce qui l’entoure et illumine les journées de Soyed. L’équipe continue d’apporter son soutien à d’autres familles du camp, veillant à ce qu’aucun parent n’ait à faire face seul à de tels choix.
Au sein de la communauté, la survie d’Omair a soulevé des questions, remettant en cause des croyances traditionnelles bien ancrées. Soyed, autrefois submergé par le chagrin et l’incertitude, puise désormais sa force dans le rire de son fils et apprend à devenir le père qu’il n’aurait jamais imaginé pouvoir être.
À mesure qu’Omair grandit, il incarne bien plus que son propre avenir. Il est la preuve qu’avec un soutien adéquat, les familles peuvent choisir la vie plutôt que la tradition, les faits plutôt que la peur, et l’espoir plutôt que le désespoir.
Si l’histoire d’Omair vous a touché, pensez à faire un don au fonds « Where Most Needed » de Vision Mondiale. Votre don nous aide à soutenir les familles qui ont des besoins urgents et à financer des programmes qui manquent de ressources.
Rédigé par Sams Arefin, révisé par Katie Hackett