Une scolarité interrompue : le récit d’un Vénézuélien qui a fui l’oppression
Mère Rosa a fui le Venezuela avec ses enfants pour recommencer une nouvelle vie en Équateur. Là-bas, elle a eu beaucoup de mal à faire en sorte qu’ils continuent d’aller à l’école — jusqu’à ce que World Vision et Education is the Way lui viennent en aide.
Écrit par Melanie Ramos
le 23 juillet 2024
Quand rester n’est plus une option
La vie au Venezuela n’était pas seulement difficile: pour la plupart des gens, c’était une lutte pour la survie.
Rosa, mère de Javier, Gabriel et Gabriela, se souvient avoir mangé du riz mélangé à des morceaux de verre brisé, l’une des épreuves qu’elle et sa famille ont dû endurer en raison du manque de nourriture accessible.
Sans surprise, son fils aîné, Javier, est tombé malade après avoir mangé du maïs infesté de vers et a dû s’absenter de l’école. C’est à la suite de cet incident qu’elle a découvert une réalité troublante. Javier, âgé de seulement 15 ans, était en train d’être recruté par une milice privée, un avenir qu’aucune mère ne souhaite pour son enfant. Rosa ne pouvait rien faire pour empêcher cela: la milice était sanctionnée par le gouvernement.
« La nouvelle réforme de l’éducation stipulait que je devais confier Javier à un convoi militaire du vendredi au dimanche », explique Rosa. « J’avais peur, alors nous avons décidé de quitter le pays. »
Mais la famille de Rosa n’était pas la seule à être touchée par la détérioration des conditions de vie: toute la population en subissait les conséquences. Pendant plus de 20 ans, une mauvaise gestion et des politiques gouvernementales inadaptées ont entraîné une hyperinflation, une insécurité galopante et un manque d’accès aux biens et services de base, transformant le Venezuela en épicentre du plus grand exode jamais connu dans l’hémisphère occidental.
Une dure réalité s’est imposée: si les résidents voulaient survivre, ils devaient quitter le seul foyer qu’ils aient jamais connu. C’est ainsi que des millions de Vénézuéliens ont fui vers les pays voisins – la Colombie, le Brésil, le Pérou et l’Équateur –, la plupart à pied, toutes leurs affaires entassées dans des sacs qu’ils pouvaient porter.
Bientôt, la famille de Rosa allait les rejoindre.
Une famille déchirée
Après un périple éprouvant de cinq jours, marchant de jour et dormant à la belle étoile dans le páramo de la cordillère des Andes la nuit, la famille a finalement atteint l’Équateur en août 2019.
Mais les difficultés de Rosa ne se sont pas arrêtées à son arrivée à Quito — en fait, elles se sont aggravées. D’autres circonstances ont forcé Rosa à devenir soudainement mère seule, luttant pour joindre les deux bouts en égrenant du maïs à raison de 5 $ le sac.
Grâce à l’aide d’organismes de bienfaisance locaux et à son travail acharné, Rosa a finalement pu inscrire ses enfants à l’école publique. Ayant elle-même été contrainte d’abandonner ses études, Rosa comprenait à quel point l’éducation changerait la vie de ses enfants et qu’elle représentait leur seule chance de survie.
L’éducation, à quel prix?
Faire fréquenter l’école à trois enfants n’était ni facile ni bon marché, et Rosa s’est rapidement retrouvée endettée en essayant de payer les uniformes et les souliers, les fournitures scolaires et les activités parascolaires.
« Je travaille beaucoup et jusqu’à très tard, et parfois j’ai à peine le temps de les accompagner ou de m’assurer qu’ils font leurs devoirs », explique-t-elle. Malgré sa fatigue et son horaire épuisant, la sécurité de ses enfants est la seule chose sur laquelle elle ne fera jamais de compromis — après tout, c’est pour assurer leur sécurité qu’ils se sont installés en Équateur au départ.
« Je les dépose et je vais les chercher à l’école tous les jours, car le quartier où nous vivons et où ils étudient est un quartier chaud, où la consommation de drogue et les vols sont fréquents. »
Malgré ses difficultés, Rosa a persévéré et a fini par entrer en contact avec World Vision par l’intermédiaire de l’école de ses enfants. Des représentants de World Vision se sont rendus à leur domicile et ont appris à connaître la famille. Pour renforcer le soutien, les enseignants des enfants et le psychologue scolaire ont été informés de la situation de la famille et de la manière de les aider à surmonter les nombreux défis auxquels ils faisaient face dans leur pays d’adoption.
Javier, le fils aîné de Rosa, porte un chandail de soccer vert. (Équateur, 2022)
L’éducation, c’est la solution
Rosa et ses enfants font partie des familles participant au projet « L’éducation, c’est la solution », mis en œuvre par Vision Mondiale.
Le projet « L’éducation, c’est la solution » a joué un rôle crucial en aidant des centaines d’enfants réfugiés à poursuivre leur scolarité alors que le monde s’est retrouvé à l’arrêt pendant la pandémie de COVID-19. Par exemple, Javier a reçu une tablette de World Vision pour l’aider à suivre ses cours en ligne et à faire ses devoirs. Ces tablettes ont été une bouée de sauvetage pour des élèves comme Javier, leur permettant d’obtenir le soutien scolaire et les interactions sociales dont ils avaient besoin pendant le confinement mondial.
Maintenant que les cours en présentiel ont repris, les deux frères et sœurs se partagent la tablette pour différentes activités scolaires. « Je m’en sers pour faire mes recherches scolaires », explique Javier.
« Je regarde les vidéos qu’on m’a envoyées pour mes devoirs d’école et j’ai aussi des jeux pour apprendre l’anglais », ajoute Gabriela, qui utilise la tablette pour communiquer avec son enseignant et faire le suivi de ses devoirs.
Par ailleurs, Rosa et les enfants restent en contact avec leur famille et leurs amis au Venezuela grâce à la tablette.
« Je veux que mes enfants continuent d’étudier et qu’ils vivent en paix », souhaite Rosa pour sa famille. Grâce au soutien de leur communauté et de Vision Mondiale, Rosa et sa famille ont commencé à bien s’adapter à leur nouvelle réalité.
« J’aime déjà le froid de Quito », conclut-elle en riant.
Le programme « Education is the Way » est offert aux enfants et adolescents réfugiés vénézuéliens vivant dans les villes de Manta, Pedernales, Portoviejo et Quito, en Équateur. Grâce à ce programme, nous:
- avons remis 960 trousses scolaires aux élèves du programme
- offert un soutien individuel à 185 élèves pour qu’ils puissent rester à l’école
- Aidé 103 élèves à trouver de meilleures façons de surmonter les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs études, comme le manque de concentration, des méthodes d’étude inefficaces ou une mauvaise gestion du temps d’étude
- avons remis des trousses de connectivité à 437 élèves
Javier, le fils aîné de Rosa, porte un chandail de soccer vert. (Équateur, 2022)
En savoir plus
Les conflits persistants, l’instabilité économique et la pauvreté extrême ne sont que quelques-unes des raisons pour lesquelles des millions d’enfants à travers le monde finissent par abandonner l’école — pour fuir afin de sauver leur vie, occuper des emplois subalternes ou être vendus pour un mariage précoce afin de subvenir aux besoins de leur famille.
Nous croyons que l’éducation est le meilleur outil dont dispose un enfant pour surmonter les obstacles liés à la pauvreté, quelle que soit sa situation actuelle. Si vous partagez cette vision ou si vous êtes simplement curieux d’en savoir plus sur notre travail, découvrez en détail comment nous aidons les enfants à fréquenter l’école et comment nous collaborons avec les parents pour les aider à y rester.
Javier, le fils aîné de Rosa, porte un chandail de soccer vert. (Équateur, 2022)