17 mois d’action au Tchad : jeter les bases du relèvement dans le camp de réfugiés de Dougui

Lorsque le conflit a contraint des familles à tout abandonner, les besoins fondamentaux de la vie sont devenus des besoins urgents. Ensemble, les collectivités ont œuvré pour rétablir la sécurité, la stabilité et l’espoir.

Écrit par Oluseyi Adegbulugbe

le 11 août 2026

Pour bon nombre d’entre nous, une journée type commence par des routines familières: préparer le déjeuner, faire de l’exercice, se rendre au travail ou accompagner les enfants à l’école. Pour les familles contraintes de fuir un conflit, ces routines familières sont remplacées par des questions pressantes:

  • Y a-t-il de l’eau potable?
  • Comment pouvons-nous protéger nos enfants?
  • Où allons-nous dormir ce soir?
  • À qui peut-on faire confiance?
  • Comment repartir à zéro après avoir tant perdu?

Depuis avril 2023, l’est du Tchad accueille près d’un million de réfugiés fuyant le conflit au Soudan voisin. Plus de la moitié d’entre eux se sont installés dans la province de Ouaddaï, notamment au camp de Dougui, ce qui exerce une pression énorme sur des services déjà limités. À leur arrivée, les familles ont été confrontées à des conditions de vie surpeuplées, à des abris inadéquats, à un accès limité à l’eau potable et à des risques accrus en matière de protection. Les femmes et les filles devaient souvent parcourir de longues distances, parfois de nuit, pour aller chercher de l’eau, ce qui les exposait à d’importants risques pour leur sécurité.

Conscient de ces besoins urgents, Affaires mondiales Canada a appuyé Vision Mondiale du Canada et Vision Mondiale du Tchad dans la mise en œuvre du projet « Réponse intégrée de 17 mois tenant compte des questions de genre en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène ( WASH ), d’hébergement et de protection face à la crise humanitaire au Tchad ». L’objectif du projet était non seulement de répondre aux besoins humanitaires immédiats, mais aussi de veiller à ce que les femmes, les hommes, les filles et les garçons puissent avoir accès à des services qui protègent leur dignité, leur sécurité et leur bien-être.

Aperçu des résultats obtenus en 17 mois

  • Construction de 600 abris d’urgence, offrant un logement sécuritaire à 3 600 personnes, accompagnée d’une formation à l’entretien menée par la collectivité.
  • 830 latrines domestiques construites à proximité des abris pour améliorer l’assainissement.
  • Des systèmes d’approvisionnement en eau alimentés à l’énergie solaire ont été installés, fournissant de l’eau potable à plus de 5 000 personnes.
  • Création d’un espace adapté aux enfants, leur offrant un lieu sécuritaire pour apprendre et jouer.
  • 242 cas de violence sexiste et de protection de l’enfance ont été pris en charge grâce à un soutien ciblé.
  • Des campagnes d’hygiène ont touché plus de 16 000 personnes, tandis que 3 572 ménages ont reçu des trousses d’hygiène.

Le soutien en matière d’hébergement jette les bases du relèvement au camp de Dougui

Un lieu de vie sécuritaire constitue souvent la première étape vers la reconstruction d’une vie.

En étroite collaboration avec les communautés de réfugiés et les organismes de coordination du camp, le projet a construit 600 abris d’urgence, offrant des conditions de vie plus sécuritaires à 3 600 personnes, dont 1 123 filles, 1 037 garçons, 750 femmes et 691 hommes. Des membres de la collectivité, y compris des femmes, ont également reçu une formation pour effectuer des réparations mineures et des travaux d’entretien, ce qui a renforcé l’appropriation locale et les capacités.

Pour de nombreuses familles, l’impact a été immédiat.

« Avant, on vivait dans la rue. Maintenant, on a un foyer. Merci! »

Les réfugiés ont indiqué que les abris avaient permis de réduire la surpeuplement, offraient une meilleure protection contre les intempéries et renforçaient leur sentiment de sécurité et de bien-être.

Améliorer l’accès à l’assainissement, à l’eau potable, à la sécurité et à la dignité

L’accès à l’eau potable a une incidence sur tous les aspects de la vie quotidienne, de la santé et de l’hygiène à la sécurité et à la dignité.

Afin d’améliorer les conditions d’assainissement, le projet a permis la construction de 830 latrines familiales à proximité des abris. Conçues dans un souci d’intimité, ces installations ont été séparées par sexe et équipées de serrures, ce qui a contribué à réduire les risques liés à la sécurité, en particulier pour les femmes et les filles.

Le projet a également investi dans des solutions durables d’approvisionnement en eau. Des systèmes d’approvisionnement en eau alimentés à l’énergie solaire et dotés de pompes automatisées ont été installés à des endroits stratégiques dans tout le camp, fournissant de l’eau salubre à plus de 5 000 personnes, tant parmi les réfugiés que dans les communautés d’accueil. Ce qui exigeait autrefois de longs trajets potentiellement dangereux est désormais accessible à partir d’un robinet à proximité.

À la fin du projet, un sondage a révélé que 17 participants sur 20 ont déclaré avoir accès à de l’eau potable, à des installations sanitaires et à des services d’hygiène adaptés aux besoins des différents membres de la communauté — des services qui n’étaient auparavant pas disponibles dans certaines parties du camp.

Comment les espaces adaptés aux enfants aident ces derniers à se remettre de leur déplacement

Les conflits et les déplacements forçés privent souvent les gens de bien plus que de leurs biens matériels. Ils peuvent également priver les enfants de leur sentiment de sécurité, de normalité et de joie.

Afin de favoriser le bien-être des enfants, le projet a mis en place un espace adapté aux enfants où ceux-ci peuvent jouer, apprendre et tisser des liens avec les autres dans un environnement sécuritaire. Grâce à ces activités, les enfants peuvent développer leur résilience, renforcer leurs liens sociaux et retrouver des moments d’enfance normale.

Comme l’a fait remarquer un membre de la communauté:

« Ça me réjouit de voir les enfants redécouvrir quelque chose qui se perd souvent pendant un conflit: la capacité de sourire à nouveau. »

Pour de nombreux membres de la communauté, le fait de se sentir écoutés était tout aussi important.

« Même si nous sommes des réfugiés, nous avons reçu du soutien et nous avons été écoutés. Cela nous a donné de l’espoir », a confié Fatima, une adolescente du camp de Dougui.

Renforcer la protection communautaire des réfugiés

Les services de protection ont été intégrés à l’ensemble de l’intervention afin de s’assurer que les membres de la communauté exposés à des risques accrus sachent où trouver de l’aide.

Grâce à des campagnes de sensibilisation, à des mécanismes d’orientation, à des comités de protection communautaires et à la collaboration avec des partenaires locaux, 242 cas de violence sexiste et de préoccupations liées à la protection de l’enfance ont été signalés et traités. Les membres de la communauté ont été mieux informés des services offerts, notamment les lignes d’assistance téléphonique, les espaces sécuritaires confidentiels et les mécanismes de rétroaction.

Il est important de noter que la participation accrue des femmes aux structures communautaires a permis de mieux cerner les problèmes de protection et de les signaler en toute sécurité, ce qui a contribué à renforcer la confiance dans les systèmes de protection locaux.

La préparation a fait toute la différence lorsqu’une autre crise a frappé

En juillet 2025, le camp de Dougui a dû faire face à un nouveau défi lorsqu’une épidémie de choléra s’est déclarée.

Heureusement, les communautés étaient mieux préparées. Les réseaux d’approvisionnement en eau, les installations sanitaires et les activités continues de sensibilisation à l’hygiène mises en place dans le cadre du projet ont constitué une base essentielle pour la réponse à l’épidémie. Les campagnes de promotion de l’hygiène ont touché plus de 16 000 personnes, tandis que 3 572 ménages ont reçu des trousses d’hygiène pour faciliter le ramassage et le stockage sécuritaires de l’eau ainsi que le respect des pratiques d’hygiène personnelle.

Les membres de la collectivité ont eux-mêmes joué un rôle central dans la maîtrise de l’épidémie.

« Les séances de sensibilisation nous ont permis de mieux comprendre les bonnes pratiques d’hygiène et comment nous protéger, et nous mettons maintenant ces conseils en pratique au sein de nos familles et de notre communauté. »

Un autre participant a ajouté:

« Les gens connaissent désormais mieux les règles d’hygiène et les appliquent davantage à la maison qu’au début du projet. »

À la fin du projet, la confiance envers les mécanismes de protection communautaires était élevée, quatre participants sur cinq se disant confiants dans ces systèmes.

L’impact sur les populations au-delà de l’intervention humanitaire

Il règne dans des endroits comme Dougui un courage discret — un courage constant, déterminé et inébranlable. Grâce au soutien du gouvernement du Canada et d’autres partenaires, ce courage a trouvé écho dans la dignité, la protection et l’espoir.

Si l’on devait résumer cette histoire en un seul message, ce serait tout simplement: « Merci. » Merci d’avoir aidé les familles à trouver un refuge, à avoir accès à de l’eau potable, à protéger leurs enfants et à commencer à reconstruire leur vie après des pertes inimaginables.

Les réalisations des 17 derniers mois ont jeté des bases importantes, mais elles ne constituent qu’une étape d’un long parcours. L’histoire de Dougui est avant tout celle de la résilience — mais cette résilience se renforce lorsqu’elle s’accompagne d’un soutien et d’une solidarité durables.

Bien que des progrès significatifs aient été réalisés, le travail est loin d’être terminé. La poursuite des partenariats et des investissements sera essentielle pour aider les communautés à tirer parti des acquis d’aujourd’hui et à bâtir un avenir plus sûr, plus digne et plus porteur d’espoir. Dans notre monde interconnecté, investir dans la résilience dans des régions comme l’est du Tchad n’est pas seulement un acte de solidarité: c’est un investissement dans notre avenir commun.