Gilbert Bailly, un restaurateur de 42 ans, a trouvé une façon novatrice pour garder son établissement ouvert malgré le séisme qui a ravagé Port-au-Prince.
Durant la crise actuelle, bien peu de gens ont les moyens de manger au restaurant et M. Bailly manquait de combustible et l’énergie nécessaire pour garder ses trois restaurants ouverts, dont le nom est Muncheez Pizzeria.
Il a donc choisi de n’en garder qu’un seul ouvert en y servant des repas gratuits, préparés à l’aide d’aliments et de combustible donnés.
Le neveu de Gilbert, étudiant universitaire en République dominicaine, a pris l’initiative d’expédier par camion un chargement de nourriture offerte par ses camarades d’université, par des entreprises de sa région et par Vision Mondiale.
Grâce à cet envoi de nourriture, Muncheez a pu rouvrir ses portes peu après le séisme et servir quelque 1 000 repas de pâtes, de poulet, de riz et de haricots par jour.
Tendre la main aux gens dans le besoin
Le personnel de Muncheez distribue quotidiennement environ 1 000 bracelets de plastique dans les quartiers défavorisés de la ville. En fin d’après-midi, le restaurant ouvre ses portes aux porteurs de ces bracelets. S’il reste de la nourriture par la suite, quelques-unes des personnes massées par centaines à l’extérieur du restaurant sont invitées à se joindre aux convives.
À compter de cette semaine, Muncheez a également commencé à distribuer à ses convives, au moment de leur départ, des sacs de lentilles, de haricots et de farine de maïs offerts par Vision Mondiale, de même que des bouteilles d’huile de cuisson.
Selon Gilbert Bailly, cette façon de faire permet de veiller à ce que la nourriture se rende aux membres de la famille des convives qui sont peut-être trop grièvement blessés pour se rendre eux-mêmes au restaurant. « De cette façon, nous n’oublierons personne », dit-il.
En plus des sacs de nourriture de Vision Mondiale, le restaurant cuisine sur place à l’aide d’aliments offerts par l’organisme, puisque les aliments d’autres provenances se font rares.
Nourrir et redonner espoir
Jean-Pierre MacKenzy, un garçon de 15 ans faisant partie des convives du restaurant, décrit combien sa vie est difficile depuis que sa maison a été gravement endommagée par le séisme. Sa famille dort dans la rue et sa mère, seule à élever ses enfants et sans travail, peine à nourrir sa sœur et ses cinq frères.
Sa famille a dû compter sur la générosité des voisins, qui ont consenti à partager leurs ressources alimentaires.
« Je vais savourer ce repas », dit-il en parlant de l’assiette de pâtes qu’il vient de recevoir. Il est également certain que sa mère sera ravie en voyant les sacs de nourriture qu’il rapportera chez lui.
Une autre convive, une chef de famille monoparentale du nom de Marie Fernande Pierre, dit avoir échappé à l’effondrement de sa maison uniquement « par la grâce de Dieu ». Elle vit actuellement dans un parc public avec son fils de huit ans. Avant son passage au restaurant, son fils et elle n’avaient rien mangé de la journée puisqu’elle n’avait pas d’argent pour se nourrir, mais après avoir reçu sa ration de nourriture, elle avait très hâte de retourner auprès de son fils pour lui préparer un bon repas.
« Il est temps de s’unir. »
Gilbert Bailly se dit incapable de payer son personnel, qui s’investit bénévolement dans les activités du restaurant. Par contre, il compte venir en aide à ses employés qui ont perdu leur maison en leur offrant des tentes. Il leur fait également don de repas gratuits.
« Économiquement, la situation est désastreuse pour nous, mais j’ai tenté de bâtir un lien pour aller vers les personnes qui souffrent au sein de la communauté, explique-t-il. Il est temps de s’unir. Nous avons un pays à rebâtir. »
Veuillez donner dès aujourd’hui pour aider les familles haïtiennes à refaire leur vie.